La synesthésie est embarquée dans le bus ce matin, avec Saint-John Perse, et on est partis faire un p’tit tour de jaune et vert sur Beaubien.
Il y avait toutes sortes d’arbres que je ne peux nommer ni encore moins décrire, les yeux plissés derrière mes lunettes en plastique pare-pollen. Tant pis, les poèmes feront la job, moi je ne connais que le monde de béton et de peinture déjà appliquée.
Ce soir je connaitrai celui des astres enchevêtrés. Peut-être deviendrai-je meilleure poète, ainsi bardée de vues téléscopiques et de vin. Peut-être pas. Mais j’ai le sentiment d’un vert sombre de forêt poignante, d’une ombre mouillée sur la pelouse dans laquelle je me trempe les pieds, d’une fontaine luisant sous un soleil lourd.
C’est ce que je me souhaite pour cette année. Ça, et un vent chaud qui sort d’une bouche de métro et qui me siffle un air de jazz. Toujours ce verre de vin.
On est maintenant dans les avenues, mon livre, ma folie des chiffres et moi – carrément « dans » puisque au-dessous du sol, au frais, bien à l’abri des dangereux collégiens en vacances. On se conserve bien ici : la poésie coule comme un miel jaune, les voeux s’envolent comme des grains de pollen neigeux. Il fait frais, il fait réconfortant.
Je ne sais pas où le bus nous a menés. Ce n’est pas le terminus, ici. Je suis encore dedans, et nous roulons dans les parcs bien arrosés. Dommage qu’il n’y ait plus de fleurs roses odorantes, me dis-je, un relent japonais en dedans de l’estomac.
Il y aura du beau, aujourd’hui; mon ventre le sent. Il y aura de la nature en ville, comme toujours. Il y aura d’autres natures, d’autres villes. Et au centre de tout ça, il y aura un livre mûr et moi, encore verte de ne pas savoir pourquoi.
In the subways I
I learnt to thrive
and you told me we’d never survive
grab your town’s handles we’re leaving
(we’re living
in a song
we’re living
in an arcade that’s out loud
that’s in there down there)
We’re moving past
we’re already passed
(there’s no such thing as staying
open
doors close anywhere around you
beware
of tripping fingers)
And all of the walls they built in the sixties never fall
and all of the art they built in the sixties never fall
(we fall on them
stick to them as flies attracted
primarily by colours)
Sometimes I can’t believe it
(and I don’t)
I’m moving into the night
(and as we fade we become
the same exact hue as
every other passenger)
BONUS TRACK (from 57,5 [ajku])
Ciel couleur métro
mes pas me mènent encore là
où je ne vais pas
*This poem was inspired by today’s dVerse Poets Pub and their inspiring prompt: Subway. As I am fond of my own town’s metro -Montréal- I wanted to share these poems and pictures (modified with Instagram) that represent it well. Please put some Arcade Fire and move to their sounds… as you wonder if you should fall asleep with the rumble or wake up with bright colours. And don’t forget to read other poets’ poems as well!*
(This poem integrates a few modified quotes from the song The Suburbs, by Arcade Fire.)
*The contest is over… I used RANDOM.ORG to generate a random number… and the 2nd comment (chronologically) won! Bravo à Patrick Levesque, de http://legrosbonsens.net! Thank you so much to all of you for your participation!*
It’s National Poetry Month (chez nos voisins états-uniens), and I am taking part in Kelli Agodon’s Big Poetry Giveaway!
Ce mois d’avril, je sors (encore!) mon meilleur langage de vente – ou plutôt de don – et j’offre deux livres à une des personnes qui commentera cet article. Oui, deux livres : un des miens, soit Le Cahier mauve, et une de mes lectures récentes favorites en anglais, soit Pleiades, by Sui Solitaire.
I chose Sui’s book because of both its (her!) crude honesty and ability to show how fragile human beings and their relationships are. Sui plays with English sounds gracefully, in a way that I would like to be able to emulate. She is beautiful.
Quant au Cahier mauve… il s’agit de l’oeuvre d’un départ, d’un retour au Japon, lequel meuble les pages de ses mots noirs. Le design en a été assuré par l’épatante Cheval-Marcel, qui y a infusé sa douceur et sa touche féminine (dis-je en me disant que c’est comme si je disais que je n’étais pas féminine… bon). She is beautiful, we are both beautiful too.
Well, in other -English- words, one of you is going to get two (paper)books just by commenting this post. And by « comment », I mean I’d like you to answer this question:
What are two good poetry books that shook you to the core? Pouvez-vous me donner le titre et l’auteur de deux livres de poésie qui vous ont profondément ébranlé?
(Two books in two different languages if you can!)
Vous avez tout le mois pour (trouver, lire des recueils de poésie et) répondre! I will draw (randomly) one comment, and the person will be sent the two books. Don’t forget your name, and email or Twitter account.
Merci et bonnes lectures!
PSsss If you are a blogger-poet too and would like to give away poetry as well, here is how to participate (on Book of Kells, Kelli Agodon’s blog).
Voici le texte prononcé au micro libre hier soir (25 mars 2012) à la soirée Last Chance Slam & Open Mic feat. Sophie Jeukens , présentée par Throw! Poetry Collective au Divan Orange. I was really thrilled (and also scared, I confess) to perform it on stage. It was an experience I’ll definitely try to repeat!
Bubble
C’est rien qu’une p’tite bulle innocente
que tu t’es gonflée
un bloc
qu’est devenue à force de souffler
fort
jusqu’à t’en vider les tripes
until you tripped on… but that’s not to be told yet.
You built yourself a cage out of gum
out of your gums
fell your teeth
une tite fille que tu voulais rester
une tite fille qui a pas besoin d’mordre
une tite chique qui a jus’ un gout d’mort
mais t’es jus’ devenue
une chique qui a pus d’jus.
Tu te pensais invincible
mais tu t’es
tue
et… t’as perdu la voix qui t’distinguait
des échos
you lost your voice that set you apart from
the echoes
t’as perdu la voix qui te distinguait des
échos
echoes
and you became just another pink spot
pis t’es devenue qu’un autre spot rose
une adolescence de plus
de perdue.
10 livres de perdues
rien d’autre de r’trouvé qu’une balloune de tête enflée
qui se cache en dessous d’la mer
de monde
« please don’t see me » you say from your deepest
but your hunger is diggin’ its way out
you’re appearant
t’est épeurante.
Mais
c’tait rien qu’une p’tite bulle innocente
que tu t’étais gonflée
rien qu’une cachette
dans une napkin s’es genoux
c’tait pas un bloc opératoire
au départ.
20 livres de perdues
rien d’autre de r’trouvé qu’une pognée d’ch’veux sur l’oreiller
where has your hair gone?
where has your air gone?
t’as l’air de rien.
Ta balloune a crevé, ma belle
j’sais pas si c’tait l’soluté
ou une coupe de doigts tendus où tu t’es agrippée
you tripped on those feet but you got up
somehow
your trip was over
for now
un nouveau trip pourrait p’têt commencer
un jour
le jour où t’es devenue un autre spot rose
une adolescente en plus
y a rien de perdu.
10 ans de perdus?
tu vas en r’trouver
t’es déjà en train d’infuser
drip by drip
grip by grip
and your voice could finally build up
when you stopped chewing gum
for a living.
Quelle moyenne aria se joue là
Des mots qui se placent en ordre seuls
Peignent la dure journée que voilà
Traits et rides que la vieillesse esseule
Rimes molles comme la peau qui plie
Schwas qui se lovent inaccentués
Dans les résonances entre l’ampli
Et mes alternances habituées
Ma paix est un produit du mouvement
Dans lequel chaque forme d’art m’entraine
Le poème n’est dans son élément
Que lorsque sons et lumières s’égrènent
Tout autour de lui dans un grand encore
Toute source valse dans le décor
Aujourd’hui a eu lieu la lecture de poésie de Yolande Villemaire, Claude Beausoleil et moi-même dans un espace qui m’est cher, soit l’école CLC.
La lecture venait dans le cadre d’un vernissage qui réunissait plusieurs artistes de la région de Montréal et dont le thème était l’amitié (I saw my reflection come right off your face).
Reculant devant les oeuvres afin de mieux en apprécier les couleurs, nous avons relevé le défi de nous inspirer d’une d’elles pour l’intégrer à nos lectures. Le tableau suivant de Chantal Khoury (son site Gallerish ici) m’a enlevé les mots de la tête et me les a fait poser sur un papier (ou plutôt, un écran). Voici l’oeuvre en question et le poème qui ne l’est pas moins :
I saw my colours come right off your face
And I didn’t know what to do but
Leave
them on you
Leave
purple stains in my vision field
I saw them peel off
stains
and all was left was a purple crow
all was
left
I saw your colours come out
right
and you were left wearing nothing
but
friendship is a clear thing,
isn’t it?
You were transparent
I was left
stared at
There I was
transparent
too
transparent
Bursting as birches do
I am left on my own
Moss
Out of town
Most of my life has just passed away in a bonfire
Blurrying as blushes do
I am staying here in the mess of woods
I’ll build myself a house out of
Myself
A sky so blown
As a rooftop under which I’ll carry on
Picture after picture
I guess I’ll just pour myself some tea
Under leaves and heaps
Over lush
Let me disappear in between
Branches
Let me connect until I liquefy into mud
Dust
Spread on a bark with a brush
Ash
Blent in with moist
This poem has been prompted by Reena Walkling’s picture – thanks to dVerse Poets Pub and their prompt of today.
Une invitation pour vous tous, pouètes et artistes dans l’âme!
Ceci est un poème qui n’en sera pas un qui aura un titre qui n’en sera pas un
Ainsi le thé coule le long des parois puis des mêmes parois
de la tasse
ainsi va
le train des gens qui ne vont nulle part mais ne font que
revenir
le train de ceux qui ont des titres mais qui n’en sont pas
Je suis assise à la gare celle où je connais tout le monde
qui va
ça va
et je regarde les épaules se tendre les lèvres se crisper
j’entends les pas aller venir s’égrener
le long des courbes des croupes dessinées
Le thé fait naitre chez les uns ce qu’il soulage chez les autres
Des fardeaux s’écoulent que d’autres repêchent
une ligne lancée au fond de la théière
une ligne
puis deux
j’avais commencé à tracer des pensées noires pour les autres
blanches
Et la nuit tombe déjà m’enfermant dans le carcan des respirs
celui où rien ne se passe
qui n’arrivera pas
J’étire le liquide jusqu’à ne plus m’entendre penser
la douleur
je remballe mes nerfs avant de partir les effondrer
dans une poubelle
stoïque
statique
L’électricité me meut dans la coulisse jusqu’à la tasse
jusqu’à la prochaine
gare
Ceci est un voyage qui n’en aura pas été un
Disponible dès aujourd’hui, le numéro spécial 30e anniversaire de La Tribune juive, dans lequel se trouve un de mes textes :
(Vous aurez remarqué que j’y suis en plus qu’excellente compagnie.)
Il s’agit d’un numéro spécial poésie sur le thème de l’exil. Vous pouvez vous le procurer chez Olivieri, une de mes librairies préférées à Montréal… laquelle cherche d’ailleurs à ramener l’affluence dans ses rayons depuis que la côte des Neiges a été charcutée.
Je vous invite donc à aller mettre votre nez dans la revue et à en profiter pour explorer la librairie et le café attenant!
Bon exil!






