Archives des articles tagués vin

un de ces matins d’eau douce

à la décharge, acharnée

la casse des cheveux

la main comme lien avec soi

je tire arrache un trait

sur le moule à souvenirs,

les peaux cristal des soirs

aux gorges amies chantent

je me retrouve catimini.

mon insula à fleurs de mauve,

les racines en potée en liesse

des patchs de vin à la ronde

il y a dans le bleu perle

des vérités qui s’entremollent

une main sur un chat gris plume

l’autre sur ma tête de repousse.

le jour se déploie comme un ruban lent
tenu par une gymnaste aux bras ballants
en vain j’attends qu’il claque drapeau fier
mais ce monde est résolu à demeurer lent

même le soleil ballon en suspens dans l’air
le temps file mais les objets n’en ont pas l’air
peut-être comme le vin ne s’agite qu’à l’intérieur
mes pensées ne créent nul bouillon dans l’air

je lis un vers en monte le parfum d’une fleur
plus je vieillis plus je m’émeus des fleurs
quand le jour n’offre rien de grand à voir
je sens la beauté de ce qui vit puis meurt

la gymnaste laissera tomber son ruban au soir
elle ira vivre portes closes comme tous le soir
je boirai un verre pour faire tourner le monde
car rien de plus immobile que la nuit noire

je cherche un rythme qui pulse les secondes
du vide de la nuit je crée mon propre monde
où de ma coupe de vin en fleurs s’élèvent
en rubans toutes les effluves du monde

coupe tiens bon jusqu’à ce que le jour se lève
dans les vapeurs de vin que des bras s’élèvent
qu’ils tiennent en l’air sans tremblement
un ballon rouge rubis en bons élèves

*** Je viens de lire Rubayat d’Omar Khayam (trad. Armand Robin chez Gallimard) et j’ai eu envie d’écrire des quatrains perses moi aussi.***

« I am not going to list buckets, since I am not planning on dying soon », lança-t-elle mi-fake mi-raison.

La syntaxe n’était pour elle qu’un artifice, et ses expressions idiomatiques devenaient idiosyncratiques… ou tout simplement idiotes. Elle aimait à aligner les mots de cette façon particulière qu’elle avait, à aligner les voyelles en les entrechoquant de coups de glotte aussi.

Elle n’était pas polyglotte : elle était polyvalente, voilà tout. Ou du moins le paraissait-elle; mais lorsqu’on scrutait son registre au cornet, qu’on plantait celui-ci bien creux dans ce foisonnement métallique qu’est l’oreille, on percevait un masque de cire, une étendue sirupeuse bouchant tous les trous. Et des trous, il y en avait : incapable de traduire quoi que ce soit d’une langue à l’autre, ni d’une oreille à l’autre d’ailleurs, elle avait créé deux partitions superposées où toujours un seul des instruments jouait.

En fait, toujours jouait l’instrument qui lui tombait dans les bras en premier, que ce soit le tuba des profondeurs de l’amour newyorkais ou la flute des politesses japonaises sans conséquence.

« I’m not stepping in and out of voice, I’m not stepping in and out of love. Voice and love are the ones stepping out of me. And only out. »

Elle laissait tomber ainsi, de temps en temps, une perle de sagesse dans le grand seau refroidissant le vin. Parfois, on aurait dit une dent cariée; d’autres fois, il s’agissait plutôt de son oeil brillant et brulant de larmes.

« When will I stop losing my body? », gémit-elle. « Everytime I let my own words out, it feels like I set free a part of me, and it never comes back. Soon I’ll have departed – »

Tôt ou tard les trous vinrent à apparaitre. Elle parlait mais s’arrêtait constamment, laissant toujours exactement l’espace nécessaire pour le mot qu’elle voulait prononcer mais ne trouvait pas. Ses paroles s’égrenaient sur la serviette posée sur ses genoux, roulaient puis tombaient une à une sous sa chaise, dans un fracas métallique. Bientôt la cadence de la perte augmenta, changeant le fracas en rythmes percussifs entrainants.

S’effaçant, elle avait trouvé sa nouvelle voix.

Et cela, grâce à celui qui l’avait entendue mais pas écoutée, et qui avait placé le grand seau sous sa chaise.

Sa vie : un amas de chiffres qui manquent. Une éternelle soustraction, à laquelle ne résistent même pas les ratures dans sa to-do list. Tout doux à son oreille son oeil, le son de sa vie. Car les ellipses ne cachent trop souvent que ses fuites paralysées dans le rien.

Dans le vent, ses fiertés écourtées. Dans le ventre, ses peurs éparpillées. Dans le sang, ses rêves émerveillés.

Elle égrène ses verbes un à un dans son verre de vin, revivant le creux qui se trouve devant ses pieds. Ce creux, elle le connait bien pour l’avoir vécu dans toutes ses aspérités; à dire vrai, elle le redépose dans toute sa splendeur devant chaque matin, pleine d’espoir de revivre la même chose.

Sa vie est un trou en forme de spirale. Un entonnoir qui n’avance pas, comme tous les entonnoirs. La radio qui s’éteint en plein milieu d’une chanson. Un ver condamné à se répéter et à tourner en rond.

Rond, comme un zéro. Bleu. Blanc. Les couleurs du néant, de l’anéantie. Pour elle les chiffres ont chacun leur couleur, et ce, depuis la nuit de ses temps. Ainsi va le monde, pense-t-elle, s’additionnant de toutes les couleurs jusqu’à ce que quelqu’un appuie sur la touche Delete. Ce quelqu’un, ce pourrait être elle, ce pourrait être son chat. Ce pourrait être la personne qui ne se manifeste pas, qui ne disparait pas dans son trou à sa place.

Chaque soir, avant de s’évanouir sous sa couette, elle fait le décompte de sa journée : elle énumère les choses qu’elle n’a pas faites puis, après en avoir conclu à son inexistence, elle se fond dans le sommeil.

Jusqu’à ce qu’un parfum de manque l’attire hors de ses gonds. Saisissant son carnet de rêves, elle le remplit de tâches multicolores, vidant par le fait même ses stylos et son potentiel.

Un jour fera-t-elle peut-être table rase, et sa rage enverra alors valser toutes les couleurs qu’il lui reste.

Tonight I needed to start on a quote (Interpol, Memory Serves). Memory serves me, and I’ll wait to find if it serves you too.

I don’t know how my soul is served when I drench it back with the Sea of Japan, my own see of Japan, that is to say a cover. A crossover. A mix of filling music, and quenching readings. Quenching livings.

My stay was a whole lack of words.

Now I’m listening to its echo, glistening echo. And as I somehow feel it has come to a halt, I remember again, buckling up all these wineful tears. A bucketful of these.

Music serves me: It triggers a reaction in my soul, the same as I used to have. A reaction in my soul, the same as I used to. Have. An unused word.

A little more wine. A little more food. All the same, you fool. Me fool.

The bucket is not full to the rim yet. Try it on, cry a little faster, cry a little further, down to a place where there’s nowhere to stay.

How can a music crave its way so hard to my heart? How can I love so deep that a whole country in me shakes? How can sounds can move my body to a place it doesn’t belong to at all? How… can you love this shakiness in me?

How can I still be chasing my damage at the same tunes?

Maybe because it raised me.

Vous vous rappelez cette mode de mettre « attitude » après n’importe quel nom-anglais-utilisé-comme-adjectif, mode lancée en France, là où c’est tellement plus trendy d’afficher que t’es hype dans une langue – pas la tienne?

(Sans rancune, les Français, je vous aime, même les Parisiens. Surtout les Parisiens, en fait, depuis que j’y ai habité et fait du vélib’ avec un verre dans le nez.)

Ben moi, non seulement j’me la rappelle pas, mais j’me rappelle pas non plus ce que je disais deux paragraphes passés. J’me rappelle pas, j’me soule. 

Je me soule quand la vie me soule pas assez. Quand elle m’envoie pas assez de notes, de groove, au nez. Quand elle me retape sans cesse les mêmes films travaillés au Instagram, les mêmes Chardonnay extra beurre.

Un verre à la terrasse des Cavistes.

Me semble qu’y avait ni Earlybird ni beurre dans la recette d’origine. M’enfin. La version instagramée existe toujours.

Pourquoi le vin me rend-il instantanément nostalgique? Il me rappelle Paris, sans doute. Celui des pires bouteilles à deux euros, celui de l’insouciance, celui des sourires sur les photos.

Mais aussi, à bien y penser (autant que cela m’est possible avec ces bubulles envahissant les neurones restant), le Paris d’une détresse certaine, d’une certaine amertume. 

Tant pis : on prendra du blanc, question d’éviter l’astringence. Du coup. (Je suis pas arrivée à le placer dans la phrase celui-là. Je l’ai mis à l’extérieur, question que vous ne puissiez l’ignorer. Paris abhorre l’indifférence, en même temps qu’elle la cultive.)

Et si la nostalgie était acide, comme un traitement argentique qui fixait dans le temps, comme une lime qui figeait dans les dents? 

Cette douce mélancolie que je traine est peut-être celle de la poète. Celle qui se traine d’un café à l’autre pour un verre de sancerre, une clope, un booking. Cette mélancolie, j’apprends à l’apprivoiser, à lui laisser prendre l’air et déverser ses flaveurs. 

Si je ne me rappelle plus le propos de ce texte, je me rappelle toutefois que je disais déjà, au début du secondaire, que j’étais dans un « trip mélancolie ».

C’est presque de la millencollin attitude. Sad air. 

Un peu de pathétisme ne me tuera pas.
J’écris de ma terrasse au soleil couchant comme si je n’y étais pas. Les gorgées de vin ont bien meilleur gout en pesanteur… car la nostalgie fait le poids, y a pas à dire. Se refaire Paris, la larme de vin au verre, le motton de poil de chat à la gorge, c’est comme quitter le carcan pour me replonger dans un autre.
Un carcan prémoulé, encore chaud d’espoirs de plus de temps, de plus de vie, de plus d’art de larmes.
Je viens d’entrer au musée de la nostalgie, et je me découvre dans les toiles que je perce. Au jour le soir, je cours comme jamais, je suis bien.
L’accent sent le déjà-vu, le déjà-senti par procuration. Un autre moi, celui que tu n’as pas connu, s’élançait vers toi sans le savoir, vers où tu es maintenant dans ces vers qui nous réparent.
J’ai plié la distance en quatre et l’ai glissée entre deux mots. La trouveras-tu? Moi, je l’ai déjà et perdue et reprouvée.
Je cherche l’ivresse parisienne mais ne trouve que pas. Il ne suffirait pourtant que d’un peu plus de mal de vivre, de solitude, de tourment. Un pas et j’y suis, pourtant, presque revenue. J’arpente en pensées et rubans toutes les rues menant au malaise, au malaise de ne pas y être justement.
J’embrouille sans doute tout mais ce mal-être nécessaire. M’as-tu trouvée errante et trainante, comme un Gil francophone mais tout aussi décalé? Non, car j’avais déjà fui la salle de ciné. Et toi, tu n’y étais pas, car tu vivais en chair et en prose.
Et moi, je ne vis qu’un poème, un poème comme pari.

Voilà, je suis de retour de « l’endroit utile ». Non, ce n’est pas Montréal, ce sont les toilettes, en japonais. Mais si ça peut vous intéresser, je suis également de retour de Montréal.

J’y ai fait le plein de neige et de froid, question de geler mon esprit. En fait, on y voit plus clair, après la tempête de neige. Et le Japon apparaît tel qu’il est vraiment : un pays pas si triste que ça. Ou plutôt, un pays à la façade enjouée, qui cache des gens tristes. Comme moi… avant que je choisisse de ne pas m’y fondre. Je préfère la neige.

Et le vin. Parce qu’une dégustation impromptue de Beaujolais nouveau avec des profs français et des étudiants francophiles, c’est neuf, rafraîchissant. Et ça confirme en même temps mon envie d’être ailleurs. Qui veut d’une chaire de recherche en littérature française dans une université au fond des bois ? Des gens extraordinaires. Pas moi.

En attendant, je fuis. Il y a plein d’endroits qui m’attendent, pour quelques jours. Plein de matchas à boire, plein de céramique à toucher du regard, plein de gens à revoir avec du lustre sur les yeux. Pleins de Japons à revivre. Lentement.

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