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Elle maniait la boite à thé comme elle maniait le crayon, et d’un trait vif déposait quelques grains de couleur dans le fond d’une théière. Puis, elle versait l’eau sans un regard pour l’aquarelle qui s’y déployait : blanc, vert, ocre. Elle n’avait pas le temps de laisser trébucher son regard : d’autres tables attendaient leur boisson, il lui fallait courir aux devants de la soif.

En un mouvement soyeux elle ajoutait théière après théière sur son bateau, formant une tapisserie de porcelaine, une mosaïque de points sur une to-do list.

La vie avançait ainsi, de thé en thé, de branche en branche, de coeur en coeur. Elle laissait les feuilles se détendre lentement puis en goutait la liqueur. Lorsque la saveur était assez éclatante, elle transvidait le liquide dans une autre théière. Et ainsi coulait le thé, comme de l’encre sur les peaux et les estomacs vierges.

Parfois, entre deux mouvements, elle s’arrêtait pour chanter une pièce de Total Life Forever de Foals. Et si elle trébuchait sur une ligne, elle reprenait ses infusions avec humilité.

 

* Texte écrit à partir de la liste de mots fournie par Roxane Gosselin : table, branche, tapisserie, courir, chanter, trébucher, soyeux, éclatant, vif. Ce faisant, j’ai copié le concept du dVerse Poets Pub de samedi dernier, qui demandait d’intégrer des mots fournis par un tiers et une référence à une pièce de musique. Done! *

Ai délaissé le blogue, trop de moments, trop de vie, peut-être. En ai capturé quelques-uns – les voici.

1.
Raquette en solo
je reprends mon souffle et vois
mes poumons dans l’arbre

(J’aurais donc dû prendre une photo de ces poumons de neige… Le lendemain, ils n’étaient évidemment plus là, emportés par le souffle de la tempête.)

2.
Dans l’instant présent
un seul battement; il n’y a
aucune arythmie possible.

3.
C’est facile, la vie :
qu’une seconde
à traverser

(N’est-ce pas?)

4.
La lune
reflet de ma beauté
satori

(d’il y a trop longtemps)

5.
Raquettes sur la neige
crissement
silence
crissement
immobilité

6.
De sous le four
deux sursauts
deux cris
la souris
bourrée d’herbe à chat

7.
Fragments de vie :
rien ne se perd,
tout s’écrit.

(Me semble que je l’avais déjà fait, celui-là. Bon, il était vrai dans ce moment-là aussi, ok?)

8.
Un jeu de Tetris
que je laisse aller :
les évènements s’empilent.

9. Ichigo, ichie :
une fraise,
une rencontre.

(Ça va du moins au plus absurde. Ou du plus au moins sain…)

chouette_lune

Je n’ai pas les mots pour décrire tout ce qui me flotte dans le ventre depuis quelque temps. Il y a bien sûr de l’amour, beaucoup d’amour, de la douleur, du soulagement, de la peur, et une émotion en particulier qui se laisse effleurer, mais pas énoncer.

Elle est motion : imaginez un sac rempli de sarrasin (du type de ceux qui vous laissent chaud ou froid) sur lequel vous passez votre main avec une pression suffisante pour l’écraser un peu. Eh bien, il change de forme. Vous pouvez même y tracer des cercles du bout de votre doigt; ils s’effaceront, en quelque sorte, lorsque le tissu reprendra sa place. Seules les billes sont disposées en rond, mais vous ne les voyez pas. Vous ne pouvez pas leur toucher, sauf oh si doucement, puisque vous en changerez ainsi la disposition… et tout serait à recommencer.

Vous êtes Judas qui ne peut pas croire s’il ne voit pas qui est de l’autre côté de la porte, ou ce qui est de l’autre côté du tissu.

En fait, non, vous n’êtes pas Judas : vous avez une certaine conscience du fait que vous avez délibérément passé votre doigt à la surface du Sac magique, et ce, il y a à peine quelques instants. Donc ce geste doit avoir eu un impact quelconque sur cet objet, parce que vous croyez à la loi de cause à effet et que vous avez des notions de biologie et de physique rudimentaires, vous semble-t-il. Les nerfs sensoriels, les propriétés des corps ronds… Vous les avez testés à maintes reprises en allant jouer dans les boules chez McDo.

Cependant, vous n’êtes pas assez calé en physique pour pouvoir modéliser les mouvements des grains de sarrasin et voir apparaitre, en trois dimensions dans votre tête, leur place respective dès le retrait de votre main.

Vous êtes un – minuscule – judas finalement. Vous savez que ça a sonné à la porte, vous êtes pas con, donc qu’il y a quelqu’un derrière la porte. Ça a toujours été ainsi : un bruit de sonnette, vos pas jusqu’à la porte, un coup d’oeil dans le petit trou, et voilà, quelqu’un se tenait là.

Votre raisonnement est irréprochable.

Et voici que je suis vous. Je remue des pièces dans mon estomac, je les modèle un peu comme j’aimerais qu’elles soient placées (imaginez votre mère qui fait son casse-tête sans prendre la peine d’allumer la lumière, et que la noirceur tombe) et quand j’enlève ma main, je sais pas vraiment ce que j’obtiens. Je sais que ça a bougé, par contre, et c’est ça qui compte. Je pense.

Des fois, c’est mon estomac qui bouge tout seul, qui cogne contre ses propres parois. Et là, j’aimerais ben ne pas voir, mais j’ai laissé le judas ouvert pour vous expliquer tantôt.

Parce que je me croyais pas moi-même.

Note : On me fait remarquer que l’incrédule dans la Bible, c’est Thomas, et non Judas. On voit toute l’étendue (sic) de ma culture biblique… Un morceau de robot à ceux qui auront trouvé l’erreur pendant la lecture. Ahem.

I no longer write / long poems
Je peux pus / écrire au long

Je redouble d’intensité / je vis
I intensify / I live / I see

the open field / of my dreams
le champ s’ouvre / je rêve

de thé / et d’eau fraiche
tea flows / as fresh as water

I run / to this poem’s fall
toute bonne chute / a une fin

la mienne n’est pas / écrite
so many ends / left to write

ciel_sale

PIS UN AUTRE

mon coeur s’emballe / pour moi
and then my heart / unwraps itself

ciel_propre

PIS UN DERNIER

I thought the clouds / would fit
Suis-je trop / pour les nuages

Il y a des jours comme ça où mon coeur se meut mais que moi je veux juste me lover. Lui il fait boum boum boum mais juste par en dedans par exemple. Ça sonne dur, surtout quand il se pitche de tous bords tous côtés, arrachant presque une couple de ligaments en passant.

Tsé, quand il y a juste la basse qui te réconcilie avec le rythme naturel des choses, ben tu te dis que t’as le choix entre te ploguer des fils blancs en intraveineuse (monitorage au RPM près) ou ben te crisser des autres pis juste danser quand ça tente à ton coeur.

L’autre jour, je vous mens pas, il a tellement jumpé que j’en ai avancé de deux pouces, drette de même là. J’ai crié, j’avais pas le choix. On se fait pas avancer de même par son coeur, dans la vie; me semble qu’on décide le moindrement d’habitude. Là je savais pas trop où il voulait me mener, ça fait que je l’ai pas suivi. J’avais peur de pus juste avancer qu’en sautant.

Moi j’avais envie de me sacrer à terre pis de brailler en me tenant sur mes poignets pis en regardant le béton. En voyant pas le béton. En faisant semblant que je retournais en enfance pis que je savais pus que si je me cachais les yeux pour pus voir, ben le monde existait encore.

J’aime ça le béton. C’est frais, pis ça réveille en clisse quand tu te cognes dessus. Ou ben ça endort, ça dépend des jours.

On dirait que la vie, ça avance par (à-)coups. Des fois ça recule aussi, mais ça a au moins la décence de bipper pour avertir quand ça va le faire. Mon coeur, l’autre fois, il m’a rien dit : il m’a juste précipité dans le vide. Bon, le vide, ça a l’air que c’est relatif, cette affaire-là. Mais pour moi, une craque dans le trottoir, c’est comme un petit vide. Un espace entre deux pas où j’avais pas prévu de piler, aussi. On a les vides qu’on peut.

Des fois on a des pleins aussi. Plein de battage de cage thoracique, genre. Plein d’amour à donner qui se perd à chaque envolée rythmique. C’est plate, parce que là j’ai tellement peur de mon coeur pis de ses humeurs (bileuses) que je me sacre à terre dès qu’il capote.

Pis là, je me tape soit une commotion, soit une crise de braille en voyant pas le béton. Faique au lieu des gens touchés, ben y a juste un trottoir.

J’avance peut-être pus, mais on peut pas dire que je recule non plus. Je fais juste rester là. Encore une couple de beats.

« I am not going to list buckets, since I am not planning on dying soon », lança-t-elle mi-fake mi-raison.

La syntaxe n’était pour elle qu’un artifice, et ses expressions idiomatiques devenaient idiosyncratiques… ou tout simplement idiotes. Elle aimait à aligner les mots de cette façon particulière qu’elle avait, à aligner les voyelles en les entrechoquant de coups de glotte aussi.

Elle n’était pas polyglotte : elle était polyvalente, voilà tout. Ou du moins le paraissait-elle; mais lorsqu’on scrutait son registre au cornet, qu’on plantait celui-ci bien creux dans ce foisonnement métallique qu’est l’oreille, on percevait un masque de cire, une étendue sirupeuse bouchant tous les trous. Et des trous, il y en avait : incapable de traduire quoi que ce soit d’une langue à l’autre, ni d’une oreille à l’autre d’ailleurs, elle avait créé deux partitions superposées où toujours un seul des instruments jouait.

En fait, toujours jouait l’instrument qui lui tombait dans les bras en premier, que ce soit le tuba des profondeurs de l’amour newyorkais ou la flute des politesses japonaises sans conséquence.

« I’m not stepping in and out of voice, I’m not stepping in and out of love. Voice and love are the ones stepping out of me. And only out. »

Elle laissait tomber ainsi, de temps en temps, une perle de sagesse dans le grand seau refroidissant le vin. Parfois, on aurait dit une dent cariée; d’autres fois, il s’agissait plutôt de son oeil brillant et brulant de larmes.

« When will I stop losing my body? », gémit-elle. « Everytime I let my own words out, it feels like I set free a part of me, and it never comes back. Soon I’ll have departed – »

Tôt ou tard les trous vinrent à apparaitre. Elle parlait mais s’arrêtait constamment, laissant toujours exactement l’espace nécessaire pour le mot qu’elle voulait prononcer mais ne trouvait pas. Ses paroles s’égrenaient sur la serviette posée sur ses genoux, roulaient puis tombaient une à une sous sa chaise, dans un fracas métallique. Bientôt la cadence de la perte augmenta, changeant le fracas en rythmes percussifs entrainants.

S’effaçant, elle avait trouvé sa nouvelle voix.

Et cela, grâce à celui qui l’avait entendue mais pas écoutée, et qui avait placé le grand seau sous sa chaise.

Non, je ne vous parlerai pas d’horreur. Il sera plutôt question de jouissance, ou de ce qui en est le plus près – si cela ne la dépasse pas. Il sera question de mots comme de mouvements, de locations comme de dislocations.

Je laisserai ici
trace de mes pas
piétinant l’ordinaire

Il n’y a pas d’avancée; il n’y a qu’une impression de surplace, mystifiée par les grands cercles que les bras décrivent comme étant la panacée. Ici, la linéarité n’est pas la seule façon de se déplacer dans l’air : les couches de sens vibrent, l’une – avec – par-dessus – l’autre. Regardez, ce texte ne peut le rendre. Ce texte avance en même temps que la piste, mais peine à la suivre. Car la piste est à la fois creuse et superficielle.

Je parle de démembrements comme je parle de remembrements. Je parle de dépression comme je parle de pression.

Le coeur peut-il être guéri
une fois pour tous ses battements
par l’extraordinaire?

Je parle d’extraordinaire comme je parle d’ordinaire.
Je parle des sons comme je parle des sondes déployées au fond de l’être, puis retirées avec tout ce qu’il y a de meilleur accroché dessus. Je parle de meilleur, mais je ne parle pas de morale. Je parle d’art comme je parle de raté.

Je ne parle plus. Je danse, ou appelez ça comme vous voulez. Je suis le beat, je suis, le beat.

Après le coeur qui bat
y a-t-il un coeur qui a
perdu envie de frapper?

La caféine, elle, frappe. Elle possède le double avantage de faire connaitre la fébrilité (which is a state of art, ai-je déjà statué) et de plonger les papilles dans l’extraordinaire. Ajoutez-y un soubresaut de basse et le corps vibre entier. Le coeur n’est plus qu’un prétexte.

La danse : vient-elle du coeur de nous? Vient-elle de l’extérieur? Vient-elle? Est-elle nous? Est-elle l’extérieur?

Il n’y a pas de danse; peut-être n’y a-t-il que musique et réponse.

La musique comme question
voir les yeux des gens
des points dans l’espace.

* Délire écrit sur fond de The Gulf Stream. Si le coeur vous dit ok, cliquez sur le lien et faites jouer en relisant. Ça se peut que ça donne rien de plus au texte, mais au moins vous aurez découvert un son pas mal du tout.

1.
soleil éclatant
mes yeux brulent de voir facebook
converger enfin

2.
la cour intérieure
des papillons volent en groupe
il y a une issue

3.
matin d’insomnie
un masque pour rafraichir
mon visage rougi

4.
au gré de la vie
les itinéraires changent
tout le monde le sait

5.
la terre tourne carré
mon cerveau suit égaré
fenêtre bouchée

6.
je n’ai plus cours mais
je suis livrée à vous tous
mes dignes professeurs

7.
barbecues en feu
le chat qui dort rêve plutôt
de sushis bien frais

Ex -iste
Base ta vie sur tout ce qu’elle a déjà été
tout ce qu’elle t’a promis en te nouant un ruban
au ventre
Devient partisan de ta reconstruction
et de ce que le temps t’a coulé comme carapace
autour

Pers -iste
Reçoit les ordres qui se peuvent
ceux qui te démontent les morceaux lourds de fonte
au fond
Perce tes yeux du rayon le plus blanc
jusqu’à t’en bruler les cônes de ton chemin
autant

être
exister

Passé -iste
Rétrograde jusqu’au centre mou puis clanche
fonds-toi comme une crotte de nez au mur
au palais
Passe outre tes règles de salubrité
celles qui t’enveloppent de ruban plastique
Achtung

sois
existe

Quelle moyenne aria se joue là
Des mots qui se placent en ordre seuls
Peignent la dure journée que voilà
Traits et rides que la vieillesse esseule

Rimes molles comme la peau qui plie
Schwas qui se lovent inaccentués
Dans les résonances entre l’ampli
Et mes alternances habituées

Ma paix est un produit du mouvement
Dans lequel chaque forme d’art m’entraine
Le poème n’est dans son élément
Que lorsque sons et lumières s’égrènent

Tout autour de lui dans un grand encore
Toute source valse dans le décor

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