Que ça fait des conneries, un chat. Mais que ça vit, aussi.

Me pâmer au point de mettre une photo de Mine dans mon portefeuille et sur mon profil Facebook, c’est pas pour moi – du moins pas encore. Mais à défaut d’être groupie finie, je serai au moins bavarde du moindre fait (trivial) et geste (maladroit) de mon chaton. Presque aussi bavarde que lui, m’enfin.

Je sens que je me suis fait avoir comme une maman débutant accidentellement sa vie de couches, de manque de sommeil et de sourire ahuri. Pis je suis pas trop à l’aise avec ça.

Quand je suis sortie, je m’ennuie de cette absurde boule de poils miaulante. Est-ce que c’est ça, avoir 26 ans? Sentir que le fil qui relie à la maison n’est somme toute qu’un élastique, et que c’est moi qui le fais rebondir. Je joue toute seule, quoi.

Reste que calquer sa journée sur celle d’un chat, c’est se tremper les pattes dans un mode de vie inconnu jusqu’alors. C’est mordre dans les coussins pour en sentir le tissu au lieu de juste y toucher du bout des fesses ; c’est passer du saut au sommeil en un instant, sans les longs instants d’insomnie maniaque ; c’est aller chercher ce qu’on veut coute que coute, dent pour dent ; c’est ne connaitre ni rancune ni hypothèse folle.

Finalement, être un chat, c’est être fou, délicieusement fou. C’est être trop beau pour être vrai, et s’en foutre complètement. C’est être dans un rêve de lucidité où les pensées fuient devant comme de petites souris.

Bon, le travail m’attend : j’ai une petite bête à nourrir, une plante à rempoter, des racines à prendre à Montréal. Et des petites dents qui ont envie de croquer.

Y a-t-il de l’espace en moi? Autour de moi? Je sais pas. 

Faut sonder le terrain, miner la planque, en tout cas autour de parce que si ça saute, autant que ce soit pas moi, ça.

Dans mon hôtel y a que moi, ah et puis peut-être un petit autel pour toi, tant que tu viens sans ta guitare.

Je fabule. C’est ça que ça donne, un cerveau soudainement plaqué de néant : on veut le meubler. Mettre des vacances en forme de tables et d’animaux, en forme d’évènements qui n’en finissent plus d’allonger le bras. Quelques dollars par ci, quelques rebords par là, quelques tas. Et quelques mois aussi, doublés… de mois. (Ils sont vraiment doublés, quoi.)

Je suis dans ma chambre californienne, vue sur la plage de papier journal. La radio se déplie et joue la farniente, la pétanque, la gelateria. Y a toujours un risque de bombe mais ça reste la crème, donc y a pas de mal. 

On a déjà vu pire que des raisins qui explosent parce que des taureaux leur pilent dessus.

Cette chambre n’est plus libre, non, non, vous n’avez pas vu le bordel? Le papier m’encombre, quand je n’ai pas les mains dans les poches, sur un verre, sur toi.

Ou sur un livre. 

Mais pas un récit de voyage. Parce que celui-là, j’y ai pas de place. « No vacance », ça dit sur ma porte. Let’s get back and work it.

You got to love this country as much as me – do. I know « as much » is a bad formula, one fed to newborns to this land and language, but on Holidays you can’t ask for too much of me.

And all my prepositions went wild for a spilt second (this expression is not mine but I can’t recall whose – sorry, please read my entire TL to know). Coffee and split sight sure are a panacea for the day’s festive atmosphere.

A sun ray woke me up this morning. In fact, it arose my eyes before my consciousness, and I had a light circle heavily stamped on my left eyesight. The kind that foreshadows many headaches to come, caffeines to crave, story endings to discover.

And this national holiday ends up – again – being apolitical, almost aphoristical as I am trying so much to write, to write so much. In spite of my limitations, or should I say, with my limitations in mind.

Why am I writing in English anyway? Is this a political choice? Just wandering.

Canada, our land of promised auroras, my land of waving auras. Land of moose or muses, country of more or less. 

I just don’t know what to say. Should go out and get some light. An illumination is coming, I sense it; such an opportunity ought not to be missed. 

And I’ll go moving around discarded flags and furniture, drawing circles in the air like a princess, watching intently what fellow Montrealers are making out of this Canada Day.

J’aime à accumuler des morceaux de vie, d’envies, de vides, et à les retrancher de ma vie comme de vulgaires voyelles qui se suivent de trop près.

Chaque journée est une suite de moments découpés dans un carton de couleur, puis collés sur un fil qui fuit.

Ensuite les morceaux glissent et prennent le bord de la nuit.

A-t-on jamais une impression d’ensemble d’une vie, ou n’a-t-on au final (de chaque jour ou du total) qu’un ramassis de points saillants et faillants?

La seule façon d’en empreinter le sens ne reste-t-elle pas d’en concentrer l’essence dans une seule phrase, du type réponse à la sacro-feinte question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie »?

Le scrapbook demeure selon moi la meilleure version qu’il me soit possible de donner de mon existence.

(Entrecouper ici cette lecture d’une paire de ciseaux – d’une visite de votre fil Twitter – d’un carton à défaire qui vous appelle – d’une phrase quelconque.)

Je ne fais ici que lancer des boulets dans les airs en espérant qu’ils retombent sous forme de confettis.

Finalement, les phrases et les phases se succèdent et se ressemblent peut-être, mais je ne m’en souviens pas.

Qu’est-ce que la constance si tous les paramètres ont déjà changé alors que j’avais le dos déjà détourné?

Chercher à se découvrir est peut-être voué à l’échec, surtout si on veut tirer sur le bout qui dépasse pour en extirper plus.

Ce qui sortira du sable pourrait n’être déjà plus, pas plus qu’un reste sans intérêt de nulle part.

L’amoncellement de morceaux est une course sans fil d’arrivée, un tricot sans fil d’achevée.

Une chance que j’aime la course.

(Placer, en point final de cette lecture d’un moi qui vient de disparaitre, une photo d’un moment beaucoup trop souriant – une citation sous forme de haiku fuyant – ou encore une parole de chanson qu’on a eu l’illusion de comprendre pendant un bref instant.)

 

 

Un peu de pathétisme ne me tuera pas.
J’écris de ma terrasse au soleil couchant comme si je n’y étais pas. Les gorgées de vin ont bien meilleur gout en pesanteur… car la nostalgie fait le poids, y a pas à dire. Se refaire Paris, la larme de vin au verre, le motton de poil de chat à la gorge, c’est comme quitter le carcan pour me replonger dans un autre.
Un carcan prémoulé, encore chaud d’espoirs de plus de temps, de plus de vie, de plus d’art de larmes.
Je viens d’entrer au musée de la nostalgie, et je me découvre dans les toiles que je perce. Au jour le soir, je cours comme jamais, je suis bien.
L’accent sent le déjà-vu, le déjà-senti par procuration. Un autre moi, celui que tu n’as pas connu, s’élançait vers toi sans le savoir, vers où tu es maintenant dans ces vers qui nous réparent.
J’ai plié la distance en quatre et l’ai glissée entre deux mots. La trouveras-tu? Moi, je l’ai déjà et perdue et reprouvée.
Je cherche l’ivresse parisienne mais ne trouve que pas. Il ne suffirait pourtant que d’un peu plus de mal de vivre, de solitude, de tourment. Un pas et j’y suis, pourtant, presque revenue. J’arpente en pensées et rubans toutes les rues menant au malaise, au malaise de ne pas y être justement.
J’embrouille sans doute tout mais ce mal-être nécessaire. M’as-tu trouvée errante et trainante, comme un Gil francophone mais tout aussi décalé? Non, car j’avais déjà fui la salle de ciné. Et toi, tu n’y étais pas, car tu vivais en chair et en prose.
Et moi, je ne vis qu’un poème, un poème comme pari.

De retour à la mer et aux terres d’origine, je me sens rafraichie. Deux jours de retraite en pleine civilisation trop connue mais à redécouvrir.
Premier arrêt : moi. Je revêts d’anciennes froques et des murs d’antan, et pourtant, rien n’est là que je reconnais. Le spleen pèse léger cette fois, et j’en suis fort aise.
Jadis, et même pas tant, le vent me battait du large au long, m’envoyant toutes sortes de culpabilités, de stress, de nombrilismes en tête. Aujourd’hui, l’air s’est tu et s’est mis au soleil. Le contrôle ne me sort plus par les narines. Le vent se pointerait que je me laisserais pogner dedans, enfin.
Les deux pieds sur terre, enfin? Je n’irais pas jusque-là, j’ai déjà fait ma part de route hier. Mais ça fait du bien de ne pas être alourdie de la peur d’un passé sans relâche.
J’ai un vide en dedans, qui ne m’effraie ni m’émeut.
(Ou alors si peu. Sinon cet article ne serait.)
Si grandir n’était ni se construire ni se détruire? S’il n’y avait que ça?
Devant mon sencha plus grillé que la mer, devant le sel sur mes lèvres, devant les absences et les présences, je tape des mots qui n’ont pas à se justifier. Je m’étale devant et je vis, sûre d’être déjà moi, Aimée.
Et dire que c’est là que tout a commencé.

Ces temps-ci ma vie n’est pas prose. Elle est faite d’un collage, d’un enchevauchement (copieright @freinque) de moments blisses, d’éclisses de trois lignes chacune, de doigts manquants et manqués.

Ma concentration s’efface dans tous ces instants à la fois – rien de neuf – et je ne peux que vivre des poèmes. En voici donc un échantillon, inspiré et respiré comme un air pressé – mais doux – de plateau ensoleillé. (C’est quand même mieux qu’un deux par quatre enfoncé dans la main.)

 

Entravalés

Trois bouts du monde

Passent par nos plumes

 

Mots de chaleurs

Cupcakes fondants

Dans les bouches des voyages

 

L’attente du vide

Le vide latent

Jusqu’au bout du banc

 

Péchés clairés par la pluie

Lattés jaunis sous les rayons

Deux journées en une

 

Une alarme se languit

De la droite se boucher l’oreille

Refaire le silence

 

Quand les tuyaux et cigarettes tracent

La légèreté de l’été

Je fais face aux apparitions

 

Je me suis posée

Un peu ici un peu ailleurs

Mais tout à fait là

 

Ton absence me cherche

Trouve au fond malgré moi

Ce centre égaré

 

Et je ne conclus pas.

Écrire, non mais. Mais je ne dis jamais « jamais ». (Peut-être dis-je trop « toujours »?)

Vous inquiétez, j’arrêterai pas d’écrire comme ça. En fait, je n’arrêterai pas de ce pas. Rien à faire, il y a trop de mots en moi, et même plusieurs qui se répètent. Si certains s’épuisent, eh bien j’en apprendrai d’autres, voilà.

C’est seulement le vieux milieu de l’Écriture et de la Littérature qui me pue la poussière au nez. Celui qui ne retient pas ses soupirs lorsque ce qu’il entend dans un colloque ou une lecture ne colle pas avec ce qu’il considère comme littéraire. En fait, pour lui plaire, j’ai l’impression qu’il faudrait imiter les Anciens sans que ça paraisse, en changeant un mot ou deux. Et bien sûr, il s’inclut dans les Anciens.

L’authenticité est pourtant primordiale, à mon sens. Je ne peux qu’écrire que des faussetés quand j’emprunte des mots, mal formés à mes pieds.

Une lecture de poésie m’a mise dans cet état de drame. Le ton général était respectueux, généreux… et jeune, aussi. Mais quelques figures autoritaires étaient là, établies, écrasantes de leur seule présence. (Peut-être mon vin était-il lourd aussi…) L’ambiance était à la critique alors que pour moi, la littérature est un amour des mots, un jeu avec la langue, une échappatoire à la raison.

Suis-je naïve? Sans doute. Suis-je en train de transposer des tensions vécues au Forum sur la création littéraire du Québec? J’en doute… au moins un peu.

Le poète écrit sur papier ou sur écran, se vide le coeur en ouvrant le sac entre lui et ses lecteurs. Bref, même s’il leur vomit dans la face, il se garde une petite gêne de plastique aseptisé. Le poète n’est pas nécessairement à l’aise de déblatérer ses textes à froid; il préfère être lu puis n’être questionné qu’une fois le texte infusé chez l’autre.

Le poète a-t-il envie, en exposant son texte nu, de s’exposer à un mur de soupirs? J’en doute.

J’espère que les murs tomberont en poussière. Que des critiques resteront, mais qui construisent, cette fois.

« Victor Hugo disait que « La forme, c’est  le fond qui remonte à la surface »: intuition fulgurante, car en  manipulant les signifiants, de nouveaux signifiés surgissent pour nous propulser ailleurs. En effet, Ricardou voyait l’histoire comme une conséquence émanant d’un dispositif choisi : le contraire donc d’avoir l’idée d’une histoire et de la disposer sur un support. »

Je cite texto l’article d’@Aurise tellement la reformulation ne peut se faire. Tout est dit, mais pas encore au fond. Je veux brandir comme un drapeau ce bout de texte racommodé et m’en démasquer. 

Voilà : je n’écris rien. Que des mots.

La forme me séduit d’abord; le contenu suit – naturellement – son contenant. J’attire vers moi un plein seau d’argile et l’eau qu’il contient se meut jusqu’à moi – à moins qu’elle ne s’éloigne? 

Une collègue artiste m’a dit, après que je lui ai révélé, la sueur de l’insignifiance et de la grandeur trop tôt présumée au front, que « j’écris », et bien elle m’a dit, puisqu’il faut bien que je finisse cette phrase pour prouver ma maitrise de la ponctuation : « Donc moi (en tant que designer) je m’occupe du contenant, et toi du contenu. » Et moi de lui répondre : « En fait, je n’écris que du contenant. »

Fin de la discussion. L’essentiel PR meurt souvent sans contenu, faute d’avoir eu le temps ou l’occasion de connaitre l’oeuvre autre au préalable. 

Cela me conforte de lire que cette façon d’écrire par amour pur des mots existe ailleurs que chez moi, sur tous mes petits papiers. Une histoire? Peut-être en surgira-t-il une à travers mes divagations. Les champs lexicaux me la serviront sur un plateau, sans doute.

Cette écriture de rien ne donnera ni beste-selleur ni film populaire; sans doute que des images fortes… de rien. Mais je prends le risque et me sauce quand même, les manuscrits et appliances dans un ballot sur ma tête.

Et si vous pensez que je planifie ces postes, eh bien, pensez-le si ça vous chante. Mais l’impro est une conseillère hors perte : rien ne se perd, tout s’écrit devant soi, tout seul, et les liens se tissent. Le sens se calcule de tous ces mots et s’étend, se détend, jusqu’à faire une histoire… qui ne plaira peut-être pas.

J’ai déjà écrit que la fébrilité est un état d’art (« Febrility is a state of art »); j’aurais pu le dire de l’émotivité en général. Et mes touches pour rendre cet art vivant sont les mots, les sons. Le reste, c’est de la parure.

Alourdie dans mon lit, je cherche le soleil. La pluie gicle toujours sur ma ville, de l’autre côté du verre, dans le verre, dans mon ventre.

Le tambourin se fait l’écho de mon coeur plein. Le chocolat a parlé un peu trop fort, et les cigarettes avalées en douce n’ont pu le bruler. Résultat : j’ai l’estomac en friche et la tête en chiffe. Dure. Dure la nuit qui me rend ces heures perdues à dormir.

Le calcul des heures négatives : s’en foutre ou s’en faire? Faire résonner les chiffres dans sa tête. Rien ne fait le poids, sauf moi, qui le fais sans doute toujours plus. Celui que je ne veux pas.

L’insomnie est une arme intranchable. Seul dormir en guérit. On ne se refait pas. 

Entre dormir et résister, mon corps balance sans cesse au bout de mes bras. Il y a la passivité et l’agressivité. Le laisser-aller et le parti pris. L’insondable et le resondé, encore et encore. Le jugé d’avoir pris la voie du jugement. L’impossible satisfaction sans qu’il s’agisse d’une récompense. L’impossible récompense puisque rien ne la vaut.

Je cherche en ma tête d’oreiller un endroit mou, sans rancune, une trace de féminité. Je cherche l’onctuosité d’un amour de soi mais je ne trouve pas.

Il doit être dehors, sous la pluie, à secouer ses plumes.