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New York, plus tôt aujourd’hui.

C’est le calme avant la tempête. « Est-ce que ça va être comme ça dans l’oeil du cyclone? » as-tu demandé. « Pas tout à fait, » a-t-il répondu avec son stoïcisme habituel.

Il a une façon de te rassurer qui te plait bien : il expose les faits, prépare pour le pire, ne tombe pas derrière les oeillères que tu te mets habituellement.

« Un moteur qui roule sans moi / en acier dur et froid / et je cours et j’enchaine / que la chute me surprenne »

Ça, c’est la tempête qui souffle dans tes oreilles avec la voix d’Ariane. C’est ton esprit d’aventurière du dimanche qui te fait regarder droit devant en tremblant.

Vous avez fait des blagues de fin du monde. Tu n’y crois pas – tout de suite – mais tu as peur, comme toujours. Lui, il rit gentiment, et puis tu ris toi aussi.

Tu te rappelles quand tu t’es vue emportée vers la mort, la tête in and out d’un courant sans merci. Tu as lutté, tes jambes étaient pleines de bleus après. Tu en as eu la preuve après, après les pleurs.

Aujourd’hui, c’est différent. À part le vent qui secoue les arbres et les torrents de gens à l’épicerie, rien ne laisse présager une mort soudaine. Pourtant, tu y penses pendant quelques minutes.

Le calme avant la tempête… à moins que la fin ne soit pas la tempête attendue?

Au creux de toi, ce même calme, ce même oeil bienveillant qui te fait dire : « Ça se peut que je meure en fuyant. » Et qui te fait penser, à la fois froidement et chaudement, aux messages que tu laisserais à tous ces amours.

La paix.

Entre Albany et Saratoga Springs, présent

L’urgence n’est plus, la paix est toujours là.

Tu as fui juste à temps, il est en sécurité, barricadé avec ses chandelles et son caviar.

Mais tu sais très bien qu’une autre fin du monde est possible. Qu’à cela ne tienne, ton âme est prête.

De retour à la mer et aux terres d’origine, je me sens rafraichie. Deux jours de retraite en pleine civilisation trop connue mais à redécouvrir.
Premier arrêt : moi. Je revêts d’anciennes froques et des murs d’antan, et pourtant, rien n’est là que je reconnais. Le spleen pèse léger cette fois, et j’en suis fort aise.
Jadis, et même pas tant, le vent me battait du large au long, m’envoyant toutes sortes de culpabilités, de stress, de nombrilismes en tête. Aujourd’hui, l’air s’est tu et s’est mis au soleil. Le contrôle ne me sort plus par les narines. Le vent se pointerait que je me laisserais pogner dedans, enfin.
Les deux pieds sur terre, enfin? Je n’irais pas jusque-là, j’ai déjà fait ma part de route hier. Mais ça fait du bien de ne pas être alourdie de la peur d’un passé sans relâche.
J’ai un vide en dedans, qui ne m’effraie ni m’émeut.
(Ou alors si peu. Sinon cet article ne serait.)
Si grandir n’était ni se construire ni se détruire? S’il n’y avait que ça?
Devant mon sencha plus grillé que la mer, devant le sel sur mes lèvres, devant les absences et les présences, je tape des mots qui n’ont pas à se justifier. Je m’étale devant et je vis, sûre d’être déjà moi, Aimée.
Et dire que c’est là que tout a commencé.