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J’aime à accumuler des morceaux de vie, d’envies, de vides, et à les retrancher de ma vie comme de vulgaires voyelles qui se suivent de trop près.

Chaque journée est une suite de moments découpés dans un carton de couleur, puis collés sur un fil qui fuit.

Ensuite les morceaux glissent et prennent le bord de la nuit.

A-t-on jamais une impression d’ensemble d’une vie, ou n’a-t-on au final (de chaque jour ou du total) qu’un ramassis de points saillants et faillants?

La seule façon d’en empreinter le sens ne reste-t-elle pas d’en concentrer l’essence dans une seule phrase, du type réponse à la sacro-feinte question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie »?

Le scrapbook demeure selon moi la meilleure version qu’il me soit possible de donner de mon existence.

(Entrecouper ici cette lecture d’une paire de ciseaux – d’une visite de votre fil Twitter – d’un carton à défaire qui vous appelle – d’une phrase quelconque.)

Je ne fais ici que lancer des boulets dans les airs en espérant qu’ils retombent sous forme de confettis.

Finalement, les phrases et les phases se succèdent et se ressemblent peut-être, mais je ne m’en souviens pas.

Qu’est-ce que la constance si tous les paramètres ont déjà changé alors que j’avais le dos déjà détourné?

Chercher à se découvrir est peut-être voué à l’échec, surtout si on veut tirer sur le bout qui dépasse pour en extirper plus.

Ce qui sortira du sable pourrait n’être déjà plus, pas plus qu’un reste sans intérêt de nulle part.

L’amoncellement de morceaux est une course sans fil d’arrivée, un tricot sans fil d’achevée.

Une chance que j’aime la course.

(Placer, en point final de cette lecture d’un moi qui vient de disparaitre, une photo d’un moment beaucoup trop souriant – une citation sous forme de haiku fuyant – ou encore une parole de chanson qu’on a eu l’illusion de comprendre pendant un bref instant.)

 

 

Un peu de pathétisme ne me tuera pas.
J’écris de ma terrasse au soleil couchant comme si je n’y étais pas. Les gorgées de vin ont bien meilleur gout en pesanteur… car la nostalgie fait le poids, y a pas à dire. Se refaire Paris, la larme de vin au verre, le motton de poil de chat à la gorge, c’est comme quitter le carcan pour me replonger dans un autre.
Un carcan prémoulé, encore chaud d’espoirs de plus de temps, de plus de vie, de plus d’art de larmes.
Je viens d’entrer au musée de la nostalgie, et je me découvre dans les toiles que je perce. Au jour le soir, je cours comme jamais, je suis bien.
L’accent sent le déjà-vu, le déjà-senti par procuration. Un autre moi, celui que tu n’as pas connu, s’élançait vers toi sans le savoir, vers où tu es maintenant dans ces vers qui nous réparent.
J’ai plié la distance en quatre et l’ai glissée entre deux mots. La trouveras-tu? Moi, je l’ai déjà et perdue et reprouvée.
Je cherche l’ivresse parisienne mais ne trouve que pas. Il ne suffirait pourtant que d’un peu plus de mal de vivre, de solitude, de tourment. Un pas et j’y suis, pourtant, presque revenue. J’arpente en pensées et rubans toutes les rues menant au malaise, au malaise de ne pas y être justement.
J’embrouille sans doute tout mais ce mal-être nécessaire. M’as-tu trouvée errante et trainante, comme un Gil francophone mais tout aussi décalé? Non, car j’avais déjà fui la salle de ciné. Et toi, tu n’y étais pas, car tu vivais en chair et en prose.
Et moi, je ne vis qu’un poème, un poème comme pari.

De retour à la mer et aux terres d’origine, je me sens rafraichie. Deux jours de retraite en pleine civilisation trop connue mais à redécouvrir.
Premier arrêt : moi. Je revêts d’anciennes froques et des murs d’antan, et pourtant, rien n’est là que je reconnais. Le spleen pèse léger cette fois, et j’en suis fort aise.
Jadis, et même pas tant, le vent me battait du large au long, m’envoyant toutes sortes de culpabilités, de stress, de nombrilismes en tête. Aujourd’hui, l’air s’est tu et s’est mis au soleil. Le contrôle ne me sort plus par les narines. Le vent se pointerait que je me laisserais pogner dedans, enfin.
Les deux pieds sur terre, enfin? Je n’irais pas jusque-là, j’ai déjà fait ma part de route hier. Mais ça fait du bien de ne pas être alourdie de la peur d’un passé sans relâche.
J’ai un vide en dedans, qui ne m’effraie ni m’émeut.
(Ou alors si peu. Sinon cet article ne serait.)
Si grandir n’était ni se construire ni se détruire? S’il n’y avait que ça?
Devant mon sencha plus grillé que la mer, devant le sel sur mes lèvres, devant les absences et les présences, je tape des mots qui n’ont pas à se justifier. Je m’étale devant et je vis, sûre d’être déjà moi, Aimée.
Et dire que c’est là que tout a commencé.

Écrire, non mais. Mais je ne dis jamais « jamais ». (Peut-être dis-je trop « toujours »?)

Vous inquiétez, j’arrêterai pas d’écrire comme ça. En fait, je n’arrêterai pas de ce pas. Rien à faire, il y a trop de mots en moi, et même plusieurs qui se répètent. Si certains s’épuisent, eh bien j’en apprendrai d’autres, voilà.

C’est seulement le vieux milieu de l’Écriture et de la Littérature qui me pue la poussière au nez. Celui qui ne retient pas ses soupirs lorsque ce qu’il entend dans un colloque ou une lecture ne colle pas avec ce qu’il considère comme littéraire. En fait, pour lui plaire, j’ai l’impression qu’il faudrait imiter les Anciens sans que ça paraisse, en changeant un mot ou deux. Et bien sûr, il s’inclut dans les Anciens.

L’authenticité est pourtant primordiale, à mon sens. Je ne peux qu’écrire que des faussetés quand j’emprunte des mots, mal formés à mes pieds.

Une lecture de poésie m’a mise dans cet état de drame. Le ton général était respectueux, généreux… et jeune, aussi. Mais quelques figures autoritaires étaient là, établies, écrasantes de leur seule présence. (Peut-être mon vin était-il lourd aussi…) L’ambiance était à la critique alors que pour moi, la littérature est un amour des mots, un jeu avec la langue, une échappatoire à la raison.

Suis-je naïve? Sans doute. Suis-je en train de transposer des tensions vécues au Forum sur la création littéraire du Québec? J’en doute… au moins un peu.

Le poète écrit sur papier ou sur écran, se vide le coeur en ouvrant le sac entre lui et ses lecteurs. Bref, même s’il leur vomit dans la face, il se garde une petite gêne de plastique aseptisé. Le poète n’est pas nécessairement à l’aise de déblatérer ses textes à froid; il préfère être lu puis n’être questionné qu’une fois le texte infusé chez l’autre.

Le poète a-t-il envie, en exposant son texte nu, de s’exposer à un mur de soupirs? J’en doute.

J’espère que les murs tomberont en poussière. Que des critiques resteront, mais qui construisent, cette fois.

« Victor Hugo disait que « La forme, c’est  le fond qui remonte à la surface »: intuition fulgurante, car en  manipulant les signifiants, de nouveaux signifiés surgissent pour nous propulser ailleurs. En effet, Ricardou voyait l’histoire comme une conséquence émanant d’un dispositif choisi : le contraire donc d’avoir l’idée d’une histoire et de la disposer sur un support. »

Je cite texto l’article d’@Aurise tellement la reformulation ne peut se faire. Tout est dit, mais pas encore au fond. Je veux brandir comme un drapeau ce bout de texte racommodé et m’en démasquer. 

Voilà : je n’écris rien. Que des mots.

La forme me séduit d’abord; le contenu suit – naturellement – son contenant. J’attire vers moi un plein seau d’argile et l’eau qu’il contient se meut jusqu’à moi – à moins qu’elle ne s’éloigne? 

Une collègue artiste m’a dit, après que je lui ai révélé, la sueur de l’insignifiance et de la grandeur trop tôt présumée au front, que « j’écris », et bien elle m’a dit, puisqu’il faut bien que je finisse cette phrase pour prouver ma maitrise de la ponctuation : « Donc moi (en tant que designer) je m’occupe du contenant, et toi du contenu. » Et moi de lui répondre : « En fait, je n’écris que du contenant. »

Fin de la discussion. L’essentiel PR meurt souvent sans contenu, faute d’avoir eu le temps ou l’occasion de connaitre l’oeuvre autre au préalable. 

Cela me conforte de lire que cette façon d’écrire par amour pur des mots existe ailleurs que chez moi, sur tous mes petits papiers. Une histoire? Peut-être en surgira-t-il une à travers mes divagations. Les champs lexicaux me la serviront sur un plateau, sans doute.

Cette écriture de rien ne donnera ni beste-selleur ni film populaire; sans doute que des images fortes… de rien. Mais je prends le risque et me sauce quand même, les manuscrits et appliances dans un ballot sur ma tête.

Et si vous pensez que je planifie ces postes, eh bien, pensez-le si ça vous chante. Mais l’impro est une conseillère hors perte : rien ne se perd, tout s’écrit devant soi, tout seul, et les liens se tissent. Le sens se calcule de tous ces mots et s’étend, se détend, jusqu’à faire une histoire… qui ne plaira peut-être pas.

J’ai déjà écrit que la fébrilité est un état d’art (« Febrility is a state of art »); j’aurais pu le dire de l’émotivité en général. Et mes touches pour rendre cet art vivant sont les mots, les sons. Le reste, c’est de la parure.

Alourdie dans mon lit, je cherche le soleil. La pluie gicle toujours sur ma ville, de l’autre côté du verre, dans le verre, dans mon ventre.

Le tambourin se fait l’écho de mon coeur plein. Le chocolat a parlé un peu trop fort, et les cigarettes avalées en douce n’ont pu le bruler. Résultat : j’ai l’estomac en friche et la tête en chiffe. Dure. Dure la nuit qui me rend ces heures perdues à dormir.

Le calcul des heures négatives : s’en foutre ou s’en faire? Faire résonner les chiffres dans sa tête. Rien ne fait le poids, sauf moi, qui le fais sans doute toujours plus. Celui que je ne veux pas.

L’insomnie est une arme intranchable. Seul dormir en guérit. On ne se refait pas. 

Entre dormir et résister, mon corps balance sans cesse au bout de mes bras. Il y a la passivité et l’agressivité. Le laisser-aller et le parti pris. L’insondable et le resondé, encore et encore. Le jugé d’avoir pris la voie du jugement. L’impossible satisfaction sans qu’il s’agisse d’une récompense. L’impossible récompense puisque rien ne la vaut.

Je cherche en ma tête d’oreiller un endroit mou, sans rancune, une trace de féminité. Je cherche l’onctuosité d’un amour de soi mais je ne trouve pas.

Il doit être dehors, sous la pluie, à secouer ses plumes.

Je promène mon regard, mon oreille, mon stuff dans un forum sur la création littéraire en cette fin de semaine au tain réfléchi. Hautaine, n’ai-je pas dit, car pour moi le snobisme n’est pas – encore – possible. Seuls l’errance, le louvoiement, le recueil me mènent.

Me mèneront-ils quelque part? Oui, j’en doute, surtout si j’en crois la plaisante en moi, celle qui veut plaire à ceux qui complaisent. Impossible d’avoir une voix qui débouche quelque part si je dois pour cela siphonner des mots autres, des respects et irrespects interchangés, des os déjà pourris.

Ça passe ou ça casse, comme on dit. Fais avaler ou tu te casseras le cou.

Et si aucune n’était une option? Je sais que la création me veut dans son équipe. Je n’ai peut-être rien fait, peut-être tout fait. Ou peut-être pas encore. Mathieu Lippé, en d’autres mots puisqu’il est autre, signalait que la création partait du soi, authentique, vraie. (Je le cite tout croche mais la mémoire et les guillemets me manquent. L’effort se mêle de paresse intello. Bref, ma citation ressemble plus à une plogue.) 

Bref, je suis une piste comme une autre mais commune. Une voie parallèle ou perpendiculaire où je prends mes propres raccourcis j-walkants, glissant du je au jeu en talons hauts rabotants. 

Si j’étais improvisatrice, on m’accuserait de décrochage. J’aime. Ne décroche pas qui veut.

Je vois une chaine devant moi, un espace à improviser, une vie à courir au mot le mot. Voir ce que je n’ai pas fait (encore), c’est voir un néant en couleur, un tube aveuglant. 

C’est voir que ma voix porte conseil, toujours, et ce, malgré les dissensions de peur et d’autre.

Ambiance tropicale, thé glacé et petites bombes sucrées : voilà mon Pâques. Non, je ne suis pas étendue dans le sable chaud; je suis en nage sous une tente couvre-lit, le cerveau mouvant, la gorge comme un champ de cristaux de sucre.

Même si ma pensée part en balade, j’ai envie d’écrire. Écrire pour ne plus rien faire, écrire pour être. Puisque même clouée sur mon sommier, je me trémousse, je n’accepte pas.

J’ai lu aujourd’hui un article intelligent de Miss Mary Max (en anglais) avançant que « être » n’excluait pas nécessairement « faire », et que se définir par ce qu’on fait ne fait pas de soi un être incomplet, une poule sans tête, sans profondeur. Bien sûr, lorsque je me définis principalement par ce que je fais (ou réussis/ne réussis pas), je me sens la tête et les jambes dans une tournade, et j’ai l’impression d’être partout sauf avec moi, chez moi.

Mais être, tout simplement, sans distraction, ça reste difficile. Être malade, c’est la quintessence de l’essence sans distraction : que faire quand le lit tangue et ne laisse d’autre choix que la position en croix?

Ne reste qu’à rouler sa pierre jusqu’à la pharmacie. Ou à faire ce qui nous fait être. Et pour moi, c’est écrire. Écrire pour mettre de l’ordre ou du désordre dans mes pensées. Écrire pour me dire, pour vous dire.

Voilà pourquoi, après une théière et quelques cocos, je parviens à me redresser et à vous suer ces quelques mots sur mon clavier. J’ai envie de continuer à les tordre dans les prochains jours et mois, et de rouler comme un oeuf vers d’autres publications!

Joyeuses Pâques quelles qu’elles soient!

Pourquoi cette fixation sur le transit comme thème de nos vies?

Peut-être parce que rien n’est fixé, justement. Tout passe… et laisse sa marque en passant. Les émotions, comme de gros chunks de chocolat avalés tout rond, irritent l’oesophage, font gicler des acides, débattent le coeur. Qu’on aime ou non, on ingère, prend ce qu’on peut quand ça passe, puis on doit recommencer, le chocolat étant ce qu’il est – c’est-à-dire fondant.

Je me sens parfois comme un gros bloc de chocolat, fort au gout mais friable et fondant, justement. Je me dis parfois que les femmes sont faites en chocolat – et non en bois, peu importe ce que vous en pensez. Elles émeuvent, font saliver, fondre, battre. C’est à se demander pourquoi j’ai utilisé le pronom elles au lieu de nous.

Je suis le chocolat pendu dans mon estomac, tentant de se reposer du mieux qu’il peut dans un environnement anxiogène. Je me sens aussi suspendue dans cet air qui passera à travers tous vos poumons, l’un après l’autre. Pas seulement en transit : en transition.

Je ne vais pas quelque part comme Hiroshima, cette fois. Je passe par quelque état pour arriver… à moi, toujours. C’est comme ça. On ne peut pas être partout.

D’un appartement à l’autre, d’un ménage à l’autre, je prends le temps pour moi, de m’écouter mais aussi de me mettre sur mute. Et j’en profite pour aimer… et pas que le chocolat.

Regarde, même le français, langue puriste par excellence, me permet pas de me donner des ordres.

Mais des fois, faut croire qu’avant d’être française, ma tête est humaine. Langagière. Vidangière. Parce qu’elle tient à frapper quelque part, sur quelqu’un qui porte des lunettes même, sur quelqu’un qu’elle maintient debout en perpétuelle vacillance.

Va, parle-moi au tu, tête. Le français te le permet. Tu peux continuer à crier… mais tu ne m’auras pas. Tu ne me seras pas, car je suis je. Et toi, tu es tue.

Encore faut-il que cette distance soit réelle, que ce dédoublement ne soit pas psychiatrique. Après tout, avec la perte du -s à la 2e personne du singulier de l’impératif, les verbes n’en deviennent-ils pas étrangement proches d’une 1re personne? Le tu étant sous-entendu, qui a dit qu’il était bien tu?

C’est le -e final, le euh de la distance et de l’hésitation. Comme dans : « Attends minute, euh… Parle-moi pas de même, toi[moi] là. »

Pour ma santé mentale et mon sens de complétude, je préfère croire à ma grammaire sans (plus) poser de question. Me fier à l’expérience, quoi.

Et quand cette voix du mauvais sens m’exhorte sans sens, je lui réponds au lieu de la prendre pour moi. Et quand elle s’évertue à me dire de pouvoir à l’impératif, j’use de mon pouvoir et lui réponds calmement, du plus fond que je le puis.

Puisse cette journée vous être aussi bienveillante que la mienne.