Yo! Fait longtemps. Je suis roaming, en itinérance dans les Europes. J’écris donc que des cartes po, parce que c’est chouette, écrire des cartes po sur une terrasse in the sun, especially in Europe.

Voici les instructions de l’opération, rédigées dans l’avion, avec trop peu d’heures de sommeil mais trop d’enthousiasme. Je publierai bientôt un exemple de texte de carte, lorsque celle-ci se sera rendue à son destinataire.

Stay posted!

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This is the year of dark and moist forests
of your smile piercing branches
when the moon is too big to see
what is really hidden

On a complementary day
yellow + purple
you lifted your fingers to say hi
they spelled victory
I read two, I read light

Two days before we had tea
yellow, red
if we are to give things their real names
2+3=5
just like they make purple
to my unbalanced eyesight
just like
they make sense

The coming year is one of sherbet
mango, strawberry
soft-colored on your palate
acrid on mine
because I am addicted to the brownish kind of
stories

As the moon decreases it shows
how much of ourselves
so that taste and color
can melt one into another
so that we can add numbers
to each other’s presence

***

Written for today’s Meeting the Bar, where Victoria C. Slotto invited us to write about synesthesia, which I have a very mild form (every digit has its color).

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Un eye-contact à la bibliothèque
un peu trop long pour être vrai
et déjà tu rêves de pirates et de singes au gros postérieur rouge

Son corps sent le vieux papier poussiéreux
c’est sûr
les livres qu’il laisse
un muséum nature de sa vie
et de celle que vous aurez
à vous faire la lecture

Pour l’instant
des centres de la terre, des lieux sous les mers
où le retrouver
et d’étranges marques de doigts en trois rangées
dans la fenêtre
ces signes qu’il laisse
un dossier policier de sa vie
et de celle que tu auras
à le traquer
des cernes gras, des majeurs il semble

Pour qu’il te trouve
tu y ajoutes des tiennes
une par rangée
et l’observes le lendemain
ouvrir son livre, compter, feuilletter, recompter, refeuilletter, refermer son livre
quitter

Tu as voulu aller trop vite
son livre ne va pas jusqu’à la page 384.

I am a lunar girl
every single one of my steps is lit
when nobody else’s is

when everybody else is

nighttripping

I am at work, gazing
into the past that’s
decreasing and the
future that’s all the same

– cause I know you all from the past,
where we’ll return to –

I am no sunshine girl
wearing more than half a suntanned face
at a time, taking off
sunglasses
even at night
singing

– cause you know how the song goes,
and how we used to be –

tripping

at the northeastern corner
of a circle that’s
hard to explain geometrically
just like
other things real

I am a lunar girl
whose nimble feet are lit, sandals
and pain
at the tip of my toes, dainty

– cause we all know how blessed light-
ness is
after dark nights of

increasing.

***
This poem was written for tonight’s dVerse Poets Pub, which is about trips. This week’s theme inspired me so much I had to scribble something and come out with it, even though I have a hard time editing and viewing my texts tonight – see you guys tomorrow for the reading and commenting part.

Session d’écriture avec contraintes, avec étudiants contraints. Résultats wow, peut-être en raison du relâchement de la pression de la session.

(Sérieux, il faut aller les suivre sur Twitter, @PoesieChamplain.)

J’ai joué le jeu (j’avais de la pression aussi, autant sur moi qu’en dedans). Voici un cinq-minute poème, lu à voix haute après les leurs, pour les envoyer jouer dans les champs.

***

Fin de session :
sur ma grosse montre s’écoulent
pas ben ben vite
les minutes qui me séparent de dehors

dans ma gorge s’égoutte
un peu plus vite
l’eau vitaminée qui me tient en dedans
qui me tient occupée –

tiens
au lieu d’un trait sur ma carte de géo
une goutte d’eau jaune
sur ma prochaine destination

Fin de session
j’suis en cours mais j’sais pas pourquoi
j’suis pas déjà partie
faire tinter mes clés au vent

***

(Contrainte : intégrer les 4 objets que sont une grosse montre, une bouteille d’eau vitaminée à moitié vide, une carte de géo et un porteclés, et ce, en 5 minutes. Poème non retravaillé.)

Elle maniait la boite à thé comme elle maniait le crayon, et d’un trait vif déposait quelques grains de couleur dans le fond d’une théière. Puis, elle versait l’eau sans un regard pour l’aquarelle qui s’y déployait : blanc, vert, ocre. Elle n’avait pas le temps de laisser trébucher son regard : d’autres tables attendaient leur boisson, il lui fallait courir aux devants de la soif.

En un mouvement soyeux elle ajoutait théière après théière sur son bateau, formant une tapisserie de porcelaine, une mosaïque de points sur une to-do list.

La vie avançait ainsi, de thé en thé, de branche en branche, de coeur en coeur. Elle laissait les feuilles se détendre lentement puis en goutait la liqueur. Lorsque la saveur était assez éclatante, elle transvidait le liquide dans une autre théière. Et ainsi coulait le thé, comme de l’encre sur les peaux et les estomacs vierges.

Parfois, entre deux mouvements, elle s’arrêtait pour chanter une pièce de Total Life Forever de Foals. Et si elle trébuchait sur une ligne, elle reprenait ses infusions avec humilité.

 

* Texte écrit à partir de la liste de mots fournie par Roxane Gosselin : table, branche, tapisserie, courir, chanter, trébucher, soyeux, éclatant, vif. Ce faisant, j’ai copié le concept du dVerse Poets Pub de samedi dernier, qui demandait d’intégrer des mots fournis par un tiers et une référence à une pièce de musique. Done! *

1.
Eyes
swollen
desire

2.
Tongue
salty
impulse

3.
Ear
malleable
crunch

4.
Buttock
resisting
manicure

5.
Thumb
swallowed
adulthood

6.
Labia
cloudless
minds

7.
Cry
pinched
innervation

8.
Heart
beaten
sheets

(Written for dVerse Poets Pub, tonight on short verse)

Des biscuits chinois apportés au lit,

de la sagesse à déguster au lit.

Un message me demande où est mon coeur,

et un autre me dit de pleurer au lit.

Tombent autour de moi des larmes et des miettes,

que le chat s’en vient ramasser au lit.

Bouche pleine et yeux pleins d’eau, je me dis que

j’ai toujours voulu déjeuner au lit.

Mon chat et moi, nous dormons en cuillère,

parmi celui que j’ai aimé au lit.

Here are a few more (see yesterday’s post) micropoems (haiku… or most probably senryu) in French. Tonight, at dVerse Poets Pub, we are allowed (even encouraged!) to write in another language than English. I then decided to write in my first language, French… and added a few Japanese words to them.

(I guess I should record myself reading them out loud like… right now and join the file, so that you can at least hear the sound of them. Sorry I didn’t provide an English translation this time.)

My reading out loud (open in a new tab)

Voici :

1.
Dans la ruelle
derrière le bar
l’odeur des croissants

2.
Ce monde
toujours plus blanc
il neige

3.
Deux adolescents
se racontent
leurs voyages imaginaires

4.
Le chawan* de mes rêves
imparfait
trop cher

5.
Lecture de haiku
au salon de thé :
issa nomi**

6.
Soir de tempête
les néons du cinéma
ciel orangé

7.
Sous la lune
impossible de mentir :
je suis une femme

8.
Il y eut une neige
il y eut une pleine lune
superpositions

9.
La théière vidée
puis remplie
un autre invité

10.
Dans l’arbre gelé
les pépiements redoublent
aware ari***

11.
Gomme balloune
qui attrape la langue
couleur de pantalon

* A chawan is a bowl made especially for tea-drinking.

** Issa is/was a haiku master. His nickname literally means ‘one tea’, ‘one cup of tea’. The noun nomi means ‘drinking’.

*** Aware is a feeling of compassion, or sensitivity to the ephemeral nature of things. I thought it interesting that it writes the same as the English word aware. (Ari simply means that it’s there.)