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Et ça continue. On est dure ou on ne l’est pas. Voici un moment de dureté étalé spécialement pour vous.

 » Ou peut-être suis-je une Japonaise folle? Les nouvelles me rassurent : aucune grande femme brune n’a torturé ni molesté personne. Ni entraîné personne avec elle par-dessus la rambarde.

J’aimerais pourtant disparaitre, parfois. Mais avec fracas et glamour… Fondre sous les yeux des projecteurs. Être scandaleusement mince, même pour une Japonaise. Comme avant, quand j’étais belle et inaccessible.

Enfin, j’y touche, à ce Japon paradisiaque comme un magazine glacé. Vite, avant qu’il ne me glisse entre les doigts…

Le Japon m’a rendue remarquable. Il m’a prouvé, par la force des choses, que la minceur coïncidait avec la beauté. Que j’étais extraordinaire. Que j’étais forte. Que j’étais assez forte, en fait, pour n’avoir besoin – ni même envie – d’un homme. Car malheureusement, le Japon me fournissait les regards mais pas les mains. Ni même les bouches.

Mais de toute façon, qui a besoin de l’attention d’une seule personne alors que le monde entier l’adule – ou l’adulerait, du moins, s’il la rencontrait?

Cependant, j’allais de perte en perte. J’avais fait un tas de gras dans un coin de ma chambre, auquel je ne devais toucher en aucun cas. Un tas de larmes, aussi, à côté, de sorte que mon corps sec et dur craquelait au froid.

Mais qu’est-ce que perdre à côté de gagner? Un frêle squelette inutile. Une perte totale. Comme moi. Comme celle que tu ramasses d’un air victorieux. »

À suivre, ou pas.

Suite. Attention, ça brasse.

« Tous ces détours pour ne rien dire. Tous ces pas pour n’aller nulle part.

Un flash en plein milieu de la nuit. Un flash qui irradie si fort qu’il me fait mal. Et de la douleur ne peut naître que la plainte véritable. Car elle cherche à se faire entendre, cette douleur, peu importe le moyen.

Le problème, c’est qu’elle croit trop en moi. Elle se fait petite, se recroqueville dans le coin d’un muscle, pleine de confiance que je vais la remarquer, la prendre dans mes bras et nous bercer ensemble. Mais non. Le monde est là, sans aucune chaise berçante libre. Il m’offre plutôt des mouvements brusques, des sensations fortes. Une arcade assourdissante où toutes les machines m’adressent la parole, et où toutes les couleurs se précipitent dans mes pupilles immenses. J’ai deux trous noirs à la place des yeux. Rien de bien exceptionnel.

La douleur de pouvait plus endurer mon atonie. Elle m’a projetée par terre, tout d’un coup, en criant : « Gare à toi ! » Mais j’étais déjà écorchée, un tas de larmes et de sang indifférenciés. J’avais fait une chute de dix étages par-delà la rambarde de ma chambre. Et après la remontée, rien ne serait plus pareil.

La douleur aurait pu me projeter contre le mur de ma chambre, et me faire rebondir à l’infini dans son enceinte. Mais non, elle préfère le drame à la disparition. Elle ne veut pas que je sois japonaise. »

Suite bientôt.

J’ai envie de vous partager un texte que j’ai écrit alors que j’étais encore au Japon. Question de mélanger les inattentifs. Question de croire que j’y suis encore. Question de remplir du blanc de blogue avec du recyclage de textes. Question d’avoir l’air prolifique.

Ce texte étant plus long que d’ordinaire, je vais le publier en plusieurs coups pour ne pas vous écoeurer. Voici.

« Ah, le Japon. L’exotisme, l’incompréhension, le hors-de-soi. La fonte.

Le japonais a beaucoup de mots : mots sucrés criés de tous les comptoirs des cafés, mots englués dans les pages du Japanese Language Proficiency Test, mots qui collent tous invariablement à la même traduction anglaise ou française. J’avais envie de posséder tous ces mots, comme si le seul fait de les prononcer me ferait apparaître des réalités toutes neuves. Bien sûr, ils l’ont fait, parfois. Mais trop souvent, ils n’ont réussi qu’à me toquer et à me donner envie de vomir. Des mots, évidemment. Je ne peux vomir rien d’autre.

Parce que mon histoire d’amour-haine avec le Japon court main dans la main avec celle qui sévit entre la bouffe et moi. Une longue course à obstacles où excès succèdent forcément à effacements. Le Japon sera toujours là, la bouffe aussi. Que cela me plaise ou non.

Je voudrais être capable de commencer par le début, par mes yeux de jeune fille émerveillée, par le retour au point zéro qui devrait suivre tout bon foreshadowing, par les débuts et non les fins de parenthèses, mais je n’y arrive pas. Veuillez donc pardonner, je vous en conjure, chers lecteurs, le fil inconducteur de mes propos. Il finira bien par nous mener quelque part, j’ai confiance, si vous ne l’avez pas. »

Suite la semaine prochaine, où lorsque ça me chantera.

Ce blogue doit retrouver une raison d’être.

Le Japon m’aime-t-il toujours même si je l’ai lâchement abandonné ? L’aimé-je encore autant ?

Loin des yeux, loin du coeur, clameront certains d’un air de défi. Loin des yeux, près du coeur, répliqueront d’autres, plus larmoyants.

Je n’ose pas user d’un proverbe d’une façon aussi tranchante. Bien sûr, la neige et le froid de Montréal occupent ma vue et mes muscles depuis mon retour, mais le Japon revient souvent, tel un frisson parfois doux, parfois désagréable. En fait, un frisson qui réchauffe parce qu’il est ce qu’il est, soit une contraction quelque peu déplaisante.

Le Japon est partout, que je le veuille ou non : dans ma bouche qui le raconte sans cesse, dans ma théière qui en infuse les feuilles, dans mon Internet qui me rappelle les amis là-bas, et même dans ma recherche d’un emploi qui y fasse honneur.

Le Japon est dans mon coeur, quoi. Même si la dure vie japonaise n’est pas ce que je cherche, et que j’y préfère le croustillant et la mollesse de la vie montréalaise, le Japon que j’aime peut rester en moi. Je n’ai pas besoin de le nier; de toute façon, ce serait comme renier une part de moi.

Mes mille projets parleront d’eux-mêmes.

 

Distance Makes the Heart Grow Fonder

This blog needs a new raison d’être.

Does Japan still love me even if I’ve left it so cowardly? Do I still love it even so?

Some will dare defy me and proclaim, “Out of sight, out of mind”. Others will let go between their tears, “Absence makes the heart grow fonder”.

I can’t use such sharp sayings. Of course, since I came back to Montreal, my sight and muscles have been busy dealing with snow and frost, but Japan has kept showing up a lot, making me shiver in a sometimes sweet, sometimes unpleasant way. In fact, this shivering, just because it is a shivering – not so pleasant a contraction – has actually warmed me up.

Japan is everywhere, whether I like it or not: in my mouth when speaking endlessly about it, in my teapot while steeping its leaves, in my Internet when remembering friends are alive and well there, even in my search for a job that would honour this country.

Right, Japan is in my heart. Even though I’m not looking for the harsh Japanese life, and I prefer the crispier but mellower Montreal life, Japan as I love it can still stay in my heart. I don’t have to deny it; anyway, denying it would be like denying a part of myself. From now on this blog’s tone may be different, but the main thema will stay unchanged in essence: how a foreigner’s sensitivity feels Japan. I may feel it from a distance now, but I am confident that this love-hate relationship will endure. I’ll keep you posted on how I get a foothold in this shifting relationship.

A thousand projects will speak for me.

Pas facile, rester. Rester quelque part. Rester soi-même. Rester en vie. Si j’avais pris une résolution pour 2011, ça aurait été ça, me planter quelque part et ne plus partir.

Mais bon, les résolutions, c’est pas ma tasse de thé. Et de toute façon, ça me prend plus que ça, une théière en général.

Mais bon, c’est pas ça que je voulais dire, j’ai encore perdu mon fil. Je voulais dire que cette fois-ci, même sans résolution, je sens que j’arriverai à rester. Je suis bien. Je pigrasse dans la neige puis, le soir, je m’endors avec les pieds au chaud. Et avant de m’endormir, ce soir, je suis la neige des yeux de mon 9e étage, des nuages perdus dans le ciel pourpre jusque sur les lumières calmes ou mouvantes de Montréal.

J’ai fait il y a quelques jours le même itinéraire qu’elle.

Seulement, je ne fondrai pas au printemps. Mon coeur fond déjà. Et je me fonds dans le paysage.

Même mon livre est à Montréal pour y rester : http://bit.ly/fcqkf8

Les livres ont toujours raison. Toujours raison de rester.

Me voilà de retour à Osaka pour les Fêtes.

Quoi de mieux comme intermédiaire entre la nouvelle Hiroshima et le Montréal déjà si vécu ?

Je me retrouve assise à la même place au comptoir de mon bom vieux Starbucks, compagnon jazzé et capitonné de mes jours silencieux. Et la muscade sur le lait moussé, c’est que j’ai également renoué avec ce bon vieux cappucino, pelleté à la cuiller tout en regardant passer les Japonais sous des arcades illuminées. Ici, c’est encore Noël.

Je venais ici pour fuir dans ma tête tout en m’entourant de gens inoffensifs et, en un sens, protecteurs. Un nuage d’anglais et d’odeur de café.

Les refuges, on sait toujours les retrouver, peu importe le temps qui s’est écoulé depuis sa dernière cachette.

La tête me tourne. Je suis en plein coeur du Japon. Je suis en plein coeur de l’Amérique. Je suis en plein coeur de moi. Encore.

Sérieux, on s’y croirait, dans l’hémisphère Sud. Une promenade de temple en temple dans les montagnes sous le soleil brûlant, et me voilà bien hâlée. Transportée. Puis, finalement, à bon port.

(Je sais que ça ne fait pas très sérieux de commencer un article par « Sérieux… » Les probabilités que le mot suivant soit « man » sont élevées. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis pas rendue là.)

Avant-veille de Noël 2010 au Japon : 15 degrés sous le soleil ; une visite de 25 temples bouddhistes et du musée des manekineko (les chats avec une patte levée, parfois mouvante, si accueillants à l’entrée des commerces asiatiques désireux de faire de l’argent) ; un matcha dans un jardin avec vue sur un tas d’îles menant à Shikoku ; un déambulage sur le catwalk en pierre capté par un appareil photo vieux de 80 ans ; une erreur de train qui m’amène trop tard dans une gare obscure ; un souper de pains moches (boulangerie chaude mon oeil) et de biscuits inespérés ; un jazzband comme une île dans une mer de chandelles ; une révélation.

Oui oui, j’ai bien dit une révélation. J’ai compris ce qui m’anime, ce qui fait ma particularité, ce qui pourrait être mon deuxième nom si la loi le permettait : Détails. Avec un D majuscule. Hé oui, je suis une analytique pur-sang. Mes journées ne sont qu’une accumulation de courts moments, de prises de conscience soudaines, de tweets isolés, de trouvailles improbables, de tasses de plaisir. Pour moi, faire une synthèse ou un résumé est difficile ; je commence immanquablement par vous donner un ou deux détails que j’ai glanés et qui, pour moi du moins, suffisent à rendre toute l’importance de l’oeuvre à résumer.

Cette révélation m’est venue alors que je prenais une photo d’un chat. En fait, je cadrais le chat dans le coin, et ce seul chat méritait une photo à lui seul. Les temples, non. À moins qu’ils mettent en scène des statues de boddhisatvas portant bonnet et bavette, ou encore des poignées de petits daruma ronds aux expressions faciales étonnamment abouddhiques.

Cette révélation s’étire, reste dans mon esprit sous la forme d’un rayon de chaleur qui s’éternise depuis le midi. Elle me fournit le fil conducteur de mon écriture.

Une image s’impose à moi alors que je vais regagner ma chambre surchauffée : une rangée de hinomaru, de grosses balles rouges sur un mince fond blanc, qui mettent leur chaleur de côté pour sombrer doucement dans la mer.

Pourquoi je mets un point après mes titres ? Pour faire plus vrai. Plus authentiquement détonnant. Plus directement tombant. C’est tout.

Mais bon, veuillez pardonnez cette digression – si on peut parler de digression alors que le texte n’est même pas commencé. En tout cas, le Japon m’aime, il me l’a prouvé aujourd’hui. Je suis tentée de faire ma plate et de vous faire une bête liste de ce que j’ai fait aujourd’hui qui me fait dire ça, comme je ferais dans mon journal si j’avais un journal. Mais je vais vous épargner cela en vous disant simplement que l’aubergiste m’aime bien, que j’ai trouvé (et acheté, évidemment, puisque je suis pauvre) le bol à matcha et la tasse de mes rêves, que j’ai dégusté un matcha servi dans un pavillon de thé par une sensei en kimono, et que je suis arrivée au musée exactement au moment où une expo des prix de poterie contemporaine commençait.

(L’art de mettre une liste sous forme de phrase pour pas que ça paraisse.)

Je suis bénie. Alléloûiah.

Hagi, tu m’auras réconcilié avec le Japon. Merci de m’avoir rappelé que c’est pas grave de ne pas être fan d’anime, et qu’il y a encore des Japonais pour qui le matcha est un drink qui se boit chaud.

Ça y est, je pleure presque. J’ai pus de bière.

En bonne chercheuse (hum hum), je pars en quête du chawan manquant. Celui qui manque dans ma valise, celui que mes lèvres veulent toucher. (Non, il ne s’agit pas d’un chaînon en métal; si vous vous inquiétez pour ma santé mentale et buccale, c’est que vous avez mal compris.)

Destination Hagi, ville de poterie et de vieilleries, préfecture de Yamaguchi. Direction ryokan avec un aubergiste bête qui me trouve déjà conne, sinon en tant que Japonais il n’aurait pas le droit de m’envoyer des courriels aussi bruts. Mais bon, comme d’hab, on sourira et on pensera au prochain matcha. Dans mon prochain chawan !

On espère fort qu’il y aura un yukata de fourni, et qu’on pourra tinquer du thé vert en poche en écoutant une émission d’humour absurde sous-titrée à minuit, assise en indien (sacrilège !) sur un coussin posé par terre. Et qu’on gèlera des doigts, comne hier nuit à bicyclette, question de rapporter quelques engelures en souvenir.

Ouah, ça va être un voyage épatant, je le sens. (Pourquoi ai-je toujours cette vague impression que tout ce que j’écris est teinté d’ironie ?)

Bon, mon but était de faire une métaphore filée sur le chawan manquant… Faute de connaissances en anthropologie et en évolution tout court, je l’ai pas fait. Pardonnez ce trou dans mon texte; je tenterai de le remplir (de thé ?) et de raccorder tout ça bientôt.

Ce faisant, je vais aller continuer à m’éparpiller. Je suis bonne là-dedans.

Voilà, je suis de retour de « l’endroit utile ». Non, ce n’est pas Montréal, ce sont les toilettes, en japonais. Mais si ça peut vous intéresser, je suis également de retour de Montréal.

J’y ai fait le plein de neige et de froid, question de geler mon esprit. En fait, on y voit plus clair, après la tempête de neige. Et le Japon apparaît tel qu’il est vraiment : un pays pas si triste que ça. Ou plutôt, un pays à la façade enjouée, qui cache des gens tristes. Comme moi… avant que je choisisse de ne pas m’y fondre. Je préfère la neige.

Et le vin. Parce qu’une dégustation impromptue de Beaujolais nouveau avec des profs français et des étudiants francophiles, c’est neuf, rafraîchissant. Et ça confirme en même temps mon envie d’être ailleurs. Qui veut d’une chaire de recherche en littérature française dans une université au fond des bois ? Des gens extraordinaires. Pas moi.

En attendant, je fuis. Il y a plein d’endroits qui m’attendent, pour quelques jours. Plein de matchas à boire, plein de céramique à toucher du regard, plein de gens à revoir avec du lustre sur les yeux. Pleins de Japons à revivre. Lentement.