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En bonne chercheuse (hum hum), je pars en quête du chawan manquant. Celui qui manque dans ma valise, celui que mes lèvres veulent toucher. (Non, il ne s’agit pas d’un chaînon en métal; si vous vous inquiétez pour ma santé mentale et buccale, c’est que vous avez mal compris.)

Destination Hagi, ville de poterie et de vieilleries, préfecture de Yamaguchi. Direction ryokan avec un aubergiste bête qui me trouve déjà conne, sinon en tant que Japonais il n’aurait pas le droit de m’envoyer des courriels aussi bruts. Mais bon, comme d’hab, on sourira et on pensera au prochain matcha. Dans mon prochain chawan !

On espère fort qu’il y aura un yukata de fourni, et qu’on pourra tinquer du thé vert en poche en écoutant une émission d’humour absurde sous-titrée à minuit, assise en indien (sacrilège !) sur un coussin posé par terre. Et qu’on gèlera des doigts, comne hier nuit à bicyclette, question de rapporter quelques engelures en souvenir.

Ouah, ça va être un voyage épatant, je le sens. (Pourquoi ai-je toujours cette vague impression que tout ce que j’écris est teinté d’ironie ?)

Bon, mon but était de faire une métaphore filée sur le chawan manquant… Faute de connaissances en anthropologie et en évolution tout court, je l’ai pas fait. Pardonnez ce trou dans mon texte; je tenterai de le remplir (de thé ?) et de raccorder tout ça bientôt.

Ce faisant, je vais aller continuer à m’éparpiller. Je suis bonne là-dedans.

Je tape cet article sur le clavier de mon iPhone. Ouf, plus que plusieurs phrases encore.

Lentement mais sûrement, j’y arriverai. Lentement mais sûrement, j’arriverai à partir.

Je me pratique en m’échappant de temps en temps. Pas vraiment nécessaire, en fait, puisque c’est facile pour moi de partir. C’est dans ma nature : je suis une partante. Une trotteuse. Une eau qui fuit.

Cette fois-ci, je partirai, mais pour mieux apprendre à rester quelque part. À ne pas m’inventer d’excuses pour ne pas me sentir chez moi. « De toute façon, c’est temporaire. » À accepter d’être bien, et qu’il ne manque rien.

Pour l’instant, il ne manque rien en fait, surtout pas du temps. La pluie l’allonge à longs traits blancs. Et elle me cloue dans la vase.

– Qu’est-ce qu’on fait, veux-tu boire un autre thé ?
– Ouais. Tu le sais, je dis jamais non.

Sauf maintenant. Je dis le plus gros NON de ma vie, et j’en suis fière. Je l’ai taggé sur mes murs, peint sur mes vêtements, inséré dans toutes mes phrases. Pour une fois, je ne l’ai pas murmuré, le dos tourné, un pied déjà sorti de la pièce.

– Et non, j’ai pas fini.
– T’as pas fini quoi ?
– Mon thé. Mes valises. Ma vie.

Je ne suis pas japonaise.

Bon, c’est dit. Le chat sort la main du sac.

Et j’ai pas envie de l’être. Pas envie de mettre mes « ne » dans mes phrases. Pas envie de mettre trois couches de t-shirts pour être sûre qu’on voie pas de bout de peau. De pas rire fort. De pas donner mon opinion rapidement. D’endurer.

Voilà, alors me voilà, moi-même, dans un pays qui m’aime pareil. Même si on sait jamais trop trop. Et qu’y a peut-être que les gens les plus bizarres qui m’aiment vraiment. Même… j’m’en fous, parce que j’en profite au max et que mon japonais s’améliore à vue d’oreille (copyright F on this expression). J’ai même réussi à acheter un iPhone en comprenant la moitié de ce qu’on me disait (ce qui est quand même pas mal). Et il marche en plus.

Alors au cas où vous voudriez savoir, je vous écris du café universitaire où je viens tout le temps pour utiliser Internet tout en sirotant un Assam en poche (y ont pas de thé vert !?!) presque bon et en buvant de verre d’eau en vitre que je leur demande gentiment à chaque fois parce que les verres en carton minuscules, ça me fait ch.

Et dès que les cours que je comprendrai pas auront commencé, je vous en donnerai des nouvelles. D’ici là, je m’amuse avec mes bébelles : iPhone susmentionné, dico électronique Casio full-equipped avec cossin pour crayonner les kanjis direct dessus, caméra numérique rose pétulant. Qui aurait cru ? Moi.