Archives de la catégorie Sur prose / Breaking Prose

Ai délaissé le blogue, trop de moments, trop de vie, peut-être. En ai capturé quelques-uns – les voici.

1.
Raquette en solo
je reprends mon souffle et vois
mes poumons dans l’arbre

(J’aurais donc dû prendre une photo de ces poumons de neige… Le lendemain, ils n’étaient évidemment plus là, emportés par le souffle de la tempête.)

2.
Dans l’instant présent
un seul battement; il n’y a
aucune arythmie possible.

3.
C’est facile, la vie :
qu’une seconde
à traverser

(N’est-ce pas?)

4.
La lune
reflet de ma beauté
satori

(d’il y a trop longtemps)

5.
Raquettes sur la neige
crissement
silence
crissement
immobilité

6.
De sous le four
deux sursauts
deux cris
la souris
bourrée d’herbe à chat

7.
Fragments de vie :
rien ne se perd,
tout s’écrit.

(Me semble que je l’avais déjà fait, celui-là. Bon, il était vrai dans ce moment-là aussi, ok?)

8.
Un jeu de Tetris
que je laisse aller :
les évènements s’empilent.

9. Ichigo, ichie :
une fraise,
une rencontre.

(Ça va du moins au plus absurde. Ou du plus au moins sain…)

chouette_lune

A New Year’s come,
and all I’m left with
is uncertainty and holes
to fill my days with.

Every hour is
too simple,
every minute is
too deep

I lose myself in time.

The night’s back,
and all I have with me
is blank ink and virgin sheets
to write my fate on.

Every silence is
too slow,
every step is
too resounding

I multiply myself in them.

The same yearly thoughts are
there, though I don’t wear any-
thing but white – snow
white, to be cold in.

Every snowflake is
too unique,
every footprint is
too detailed

so

I melt
my self
in snow

this year
I
vanish anew

Je n’ai pas les mots pour décrire tout ce qui me flotte dans le ventre depuis quelque temps. Il y a bien sûr de l’amour, beaucoup d’amour, de la douleur, du soulagement, de la peur, et une émotion en particulier qui se laisse effleurer, mais pas énoncer.

Elle est motion : imaginez un sac rempli de sarrasin (du type de ceux qui vous laissent chaud ou froid) sur lequel vous passez votre main avec une pression suffisante pour l’écraser un peu. Eh bien, il change de forme. Vous pouvez même y tracer des cercles du bout de votre doigt; ils s’effaceront, en quelque sorte, lorsque le tissu reprendra sa place. Seules les billes sont disposées en rond, mais vous ne les voyez pas. Vous ne pouvez pas leur toucher, sauf oh si doucement, puisque vous en changerez ainsi la disposition… et tout serait à recommencer.

Vous êtes Judas qui ne peut pas croire s’il ne voit pas qui est de l’autre côté de la porte, ou ce qui est de l’autre côté du tissu.

En fait, non, vous n’êtes pas Judas : vous avez une certaine conscience du fait que vous avez délibérément passé votre doigt à la surface du Sac magique, et ce, il y a à peine quelques instants. Donc ce geste doit avoir eu un impact quelconque sur cet objet, parce que vous croyez à la loi de cause à effet et que vous avez des notions de biologie et de physique rudimentaires, vous semble-t-il. Les nerfs sensoriels, les propriétés des corps ronds… Vous les avez testés à maintes reprises en allant jouer dans les boules chez McDo.

Cependant, vous n’êtes pas assez calé en physique pour pouvoir modéliser les mouvements des grains de sarrasin et voir apparaitre, en trois dimensions dans votre tête, leur place respective dès le retrait de votre main.

Vous êtes un – minuscule – judas finalement. Vous savez que ça a sonné à la porte, vous êtes pas con, donc qu’il y a quelqu’un derrière la porte. Ça a toujours été ainsi : un bruit de sonnette, vos pas jusqu’à la porte, un coup d’oeil dans le petit trou, et voilà, quelqu’un se tenait là.

Votre raisonnement est irréprochable.

Et voici que je suis vous. Je remue des pièces dans mon estomac, je les modèle un peu comme j’aimerais qu’elles soient placées (imaginez votre mère qui fait son casse-tête sans prendre la peine d’allumer la lumière, et que la noirceur tombe) et quand j’enlève ma main, je sais pas vraiment ce que j’obtiens. Je sais que ça a bougé, par contre, et c’est ça qui compte. Je pense.

Des fois, c’est mon estomac qui bouge tout seul, qui cogne contre ses propres parois. Et là, j’aimerais ben ne pas voir, mais j’ai laissé le judas ouvert pour vous expliquer tantôt.

Parce que je me croyais pas moi-même.

Note : On me fait remarquer que l’incrédule dans la Bible, c’est Thomas, et non Judas. On voit toute l’étendue (sic) de ma culture biblique… Un morceau de robot à ceux qui auront trouvé l’erreur pendant la lecture. Ahem.

I no longer write / long poems
Je peux pus / écrire au long

Je redouble d’intensité / je vis
I intensify / I live / I see

the open field / of my dreams
le champ s’ouvre / je rêve

de thé / et d’eau fraiche
tea flows / as fresh as water

I run / to this poem’s fall
toute bonne chute / a une fin

la mienne n’est pas / écrite
so many ends / left to write

ciel_sale

PIS UN AUTRE

mon coeur s’emballe / pour moi
and then my heart / unwraps itself

ciel_propre

PIS UN DERNIER

I thought the clouds / would fit
Suis-je trop / pour les nuages

Life is a long preparation for something that never happens.

— William Butler Yeats

 

I am foreseeing things

You are foreseeing things

Who is ahead?

 

My back to the past

My forehead to the future

I am facing my heart

 

My head is full with

Both the best and the worst cases

A new scenario unfolds

 

You are afraid to die

From fear of dying from fear

Alone in your head

 

Meditating, you think

You are getting prepared

To live in the moment

 

I must prepare to write

A poem, I thought

But it was already finished

 

 

* Those are a few notes — micropoetry style — on the idea of preparation, which is dVerse Poets Pub‘s theme for today. I borrowed the quote from them, and it inspired me to write about the — sometimes — foolish nature of preparation.

And for those of you who read French or like beautiful objects, please check out my offer — it lasts until the end of the world, due Dec. 21st. *

20121103-190820.jpg

Her heart on the brink of
exploding concrete
she wanted to fight through
the woman in her
the bramble on her
but she counted her colours
as blessings instead.

White
her knuckles as she ruffled
depleted bones
and their crushed leaves.

Brown
a lock catching her wild eye
her least favourite colour
her own hues.

Yellow
her envy of bright gold
bullions in her pockets
to ground her in oolong leaves.

Red
the heart of the problem
sowing too many beats
around the saddened bush.

Purple
her head blossoming
in all different directions
violet – was she dancing.

Black
her sleep so tight and dear
a grip of delusions and falls
on top of her world.

And back to white
morning light that saw her temple
shining through her bark
who was she now

who was she not
risen from a day of painful strokes
on her inside skin
and left gazing at another reflection
of her own tortured being
on the sky’s infinite
openness?

*Contribution to dVerse Poets Pub – Artwork by SueAnn*

New York, plus tôt aujourd’hui.

C’est le calme avant la tempête. « Est-ce que ça va être comme ça dans l’oeil du cyclone? » as-tu demandé. « Pas tout à fait, » a-t-il répondu avec son stoïcisme habituel.

Il a une façon de te rassurer qui te plait bien : il expose les faits, prépare pour le pire, ne tombe pas derrière les oeillères que tu te mets habituellement.

« Un moteur qui roule sans moi / en acier dur et froid / et je cours et j’enchaine / que la chute me surprenne »

Ça, c’est la tempête qui souffle dans tes oreilles avec la voix d’Ariane. C’est ton esprit d’aventurière du dimanche qui te fait regarder droit devant en tremblant.

Vous avez fait des blagues de fin du monde. Tu n’y crois pas – tout de suite – mais tu as peur, comme toujours. Lui, il rit gentiment, et puis tu ris toi aussi.

Tu te rappelles quand tu t’es vue emportée vers la mort, la tête in and out d’un courant sans merci. Tu as lutté, tes jambes étaient pleines de bleus après. Tu en as eu la preuve après, après les pleurs.

Aujourd’hui, c’est différent. À part le vent qui secoue les arbres et les torrents de gens à l’épicerie, rien ne laisse présager une mort soudaine. Pourtant, tu y penses pendant quelques minutes.

Le calme avant la tempête… à moins que la fin ne soit pas la tempête attendue?

Au creux de toi, ce même calme, ce même oeil bienveillant qui te fait dire : « Ça se peut que je meure en fuyant. » Et qui te fait penser, à la fois froidement et chaudement, aux messages que tu laisserais à tous ces amours.

La paix.

Entre Albany et Saratoga Springs, présent

L’urgence n’est plus, la paix est toujours là.

Tu as fui juste à temps, il est en sécurité, barricadé avec ses chandelles et son caviar.

Mais tu sais très bien qu’une autre fin du monde est possible. Qu’à cela ne tienne, ton âme est prête.

In the 3 minutes and 14 seconds
that this song lasts
I went back and forth in time
3 and 14 times
respectively.

Safely seated in the bus
I pointed my chin forward,
let past and future unfurl,
let go
back first.

Paris and its wild lights / trajectories I couldn’t grasp / too high on my bike / and his blurry picture / before me

rays of light, laughs / did we roll on the grass / trying to pick up a friend / fallen apple too full of juice? / yes we did

and did I make a wish / meaningful and dear / while everyone was away / except me and / a shooting star?

She says, « but there was not
enough space for you /
I couldn’t find any place
for you / now it’s too late »;
is it ever?

I let go
and forth,
into this life
and the next

This form is already souvenirs,
the rest comes in flashes
on a bumpy ride:

bodies curled in fallen leaves, crying / tears to come

I, chasing a rush of stars / through loud sound

« everything will be alright », your voice / fading soft

your kiss again, and its apple taste / city to go

tea scents

dog spirit

dismembering

snow bed

rose drops;

sugar rush

head massage

bass pumping

seasons’ descent

blood dripping.

Time flies
but I make space for all lives
I could and could not have,
I will and will not have,
all the same

words fly
leave whiter holes
perfect

In 3 minutes and 14 seconds
I have found a place for this
one thing
that’s all

* Here is the song I am talking about : Too Late, by Ariane Moffatt. *
* Oh, and I missed dVerse Poets yesterday, but I used their prompt anyway. *

Mon âme aujourd’hui, une feuille d’érable
tombée, certes, mais aussitôt envolée
un appétit de terre et d’air
planté sur un corps de rosée

Il y a de ces jours où le coeur
veut aller plus vite que le respir
et s’enfarge dans la feuille sur le tapis
et ébrèche le bec de sa théière

Avec l’automne mon souffle est revenu
à la base, pu-er sur feuilles
question de décanter les battements
du reste des évènements réels

Les gestes ont dû reprendre le dessus
et les autres directions, dont la grâce
d’avoir été une feuille parmi tant d’autres
et peut-être aussi le chat

Mes mots coulent d’un coup, trois doigts
d’eau au fond du bol, et frappent
les parois pour rendre vert
ce qui reviendra à mon essence

Photos instagrammées. Suivez-moi: @meme_aimee.

Ce moment où tu prends une gorgée et ne chokes pas
ton moment avec toi-même
ta feuille empruntée
ta capacité à réfléchir
les lanternes à ta surface

tu es une gorge profonde
un puits aux parois rocheuses
mousseuses
presque moelleuses
selon la saison
tu acceptes

ce moment où tu relies les couleurs entre elles
d’une coulée de bouette sous les feuilles
au bec de ta théière
tu collectionnes les tons d’orangé
et les nuages complémentaires
tu réfléchis
les sourires sur tes lèvres

tu es une langue de feu
plus ou moins vivante selon la pluie
et le vent qui t’anime
le matin ou le soir
tu acceptes

ce moment où la douleur se raccroche à toi
comme à un tronc d’arbre salvateur
tu touches du bois
sans le vouloir
tu traces sur l’écorce quelques mots
un sacre dans la terre

tu revoles

tu es aux commandes malgré le saut
de quelque chose d’intangible
ton souffle reste à la surface
des cascades
des bougies
et balaie ta tasse de thé
avant que tu ne deviennes

l’automne
et toi
dans ton corps en jeu.

*Photo instagrammée*