un coin de terre du bas-saint-laurent logé au coeur de la main droite
ma ligne de vie pointe et pique
les racines à l’air
sombre des ancêtres
je surnage sur le cul en plein bois glauque lichen
main dans la main dans un plaster
je suis infiniment plus bien que je pensais ici
mais en même temps moins bien que je le laissais croire

les phoques ne se seront pas pointés pour me saluer
seul un faon égaré reviendra nous voir
une langue de sable
pour les animaux marins
je compte les goélands les cris de frédéric par jour
retour dans le sentier du retour
ce n’est pas moi qui passe le plus aperçu ici
mais je ne suis pas non plus la meilleure camoufleuse

une volée de cartes à la main les meilleures de la table
je tire je pointe le coeur à l’air
les ongles plus jamais impec
une fois attelés
je ne sais plus qui gagne je suis dans le vin ou dans le flow
impossible à vérifier l’impossible
j’ai déjà plus de blessures qu’en arrivant
mais je m’en fous plus que je ne le laisse voir

certaines choses comme chez nous tes yeux denses ma blouse de cerfs
une rose des thés à la main
les pétales en couronne
de crevettes rose bonbon
d’autres comme chez moi avant que je me refasse
la peur en surplus de la peur
mais il m’aura fallu l’éloignement pour qu’enfin je
trouve comment me fondre dans le paysage.

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temps, autres moeurs
comme entrée en matière
papier plastique ampoules
et vitamine E en couches blanches sur
les bobos de deux semaines, un mois
traces de journaux intimes
indélébiles dans le recyclage

tu penses que tu as assez déchiré
de mots en leur plein coeur
mais tu continues à rapetisser
tout sauf les muscles de tes épaules
taillés exprès sur le bottin
le fond de tes armoires blanc
comme une camisole au vent

comme un de ces journaux que tu n’as pas su
meurtrir avant de redonner piteux
neufs après cinq déménagements
tu as de l’expérience vois-tu
en ramassis en classage poubelle
ou recyclage recycler c’est poser
un geste ça tu le sais bien

toujours trois sacs par semaine ça
parait pas les trous dans les meubles
tu ronges ta vie de papier tu fais
du vide pour une autre après
ventilo courir après des parallélogrammes
cartonnés surlignés jaune rouge
mottes de poils ça ça se recycle pas

les deux mains dans le vide
tu te demandes pourquoi ne pas
avoir retourné tes armoires
direct dans le sac blanc
fouillé dans la transparence
pêché le compte d’hydro impayé
à la pince à épiler

l’épuration totale mardi matin
sortie complète des matières
enterrables sans remords
papier plastique verre
appareils en fouillis sur les bras

ton casse-tête 2005-2010 pièces
dans les mains d’un badaud peut-être
épuré

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je suis la fille aux animaux. je porte sur les pointes du cou
des cerfs brodés et sur les seins
je porte le cri
de la souris qui monte
sur deux orteils aux toilettes
parfois je porte l’absence
de cri du jaseur d’Amérique
mort pour rien au bout des pieds
dans la ruelle trop sale pour son plumage pâle.

je suis celle qui accorde son ramage
à celui de ses hôtes, celle qui
échappe ses histoires en ouvrant trop
le bec, les pupilles radar qui se posent
sur les animaux sacs de billes -
casques de poil
morts, éléphants dans jardin zen -
et peaux tracées sur murs -
chats de rue, oiseaux
listen!
aux pieds levés
hors de leur tourtière.

je suis la femme aux chats crailleurs
et au corbeau botté Converse
je porte au ventre les dents
d’une panthère noire
de monde, les plumes d’un lion
à la griffe véloce, la douceur des peaux
de renard arctique et des fesses
de rat, les bois de cerf
in fur wrapped
et confettis début 80

quand je n’étais pas encore née
humaine.

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une série de haïkus dont plusieurs ont été publiés aujourd’hui sur Twitter (@meme_aimee)

1.
vacances
je prends 15 livres
à la bibliothèque

2.
vacances :
va donc jouer dehors!
j’apporte un livre.

3.
vacances
je me brule
les rétines sur les pages

4.
vacances
le ventilateur tourne
les pages trop vite

5.
vacances
quelle chaleur
dans nos cartes postales

6.
vacances
les pieds sur le sable
les yeux dans l’eau

7.
1er juillet
des boites et des boites
de livres à lire

8.
1er juillet
je déménage
mes poèmes sur papier

9.
1er juillet
je lègue un mur mauve
à la postérité

10.
1er juillet
visité l’appartement
et la bibliothèque

*** (Ah, et j’ai aussi mis un petit texte, écrit il y a quelques jours dans le bus, sur mon tumblr.) ***

le jour se déploie comme un ruban lent
tenu par une gymnaste aux bras ballants
en vain j’attends qu’il claque drapeau fier
mais ce monde est résolu à demeurer lent

même le soleil ballon en suspens dans l’air
le temps file mais les objets n’en ont pas l’air
peut-être comme le vin ne s’agite qu’à l’intérieur
mes pensées ne créent nul bouillon dans l’air

je lis un vers en monte le parfum d’une fleur
plus je vieillis plus je m’émeus des fleurs
quand le jour n’offre rien de grand à voir
je sens la beauté de ce qui vit puis meurt

la gymnaste laissera tomber son ruban au soir
elle ira vivre portes closes comme tous le soir
je boirai un verre pour faire tourner le monde
car rien de plus immobile que la nuit noire

je cherche un rythme qui pulse les secondes
du vide de la nuit je crée mon propre monde
où de ma coupe de vin en fleurs s’élèvent
en rubans toutes les effluves du monde

coupe tiens bon jusqu’à ce que le jour se lève
dans les vapeurs de vin que des bras s’élèvent
qu’ils tiennent en l’air sans tremblement
un ballon rouge rubis en bons élèves

*** Je viens de lire Rubayat d’Omar Khayam (trad. Armand Robin chez Gallimard) et j’ai eu envie d’écrire des quatrains perses moi aussi.***

16 ans, toutes mes dents dehors

et la sagesse à moitié à l’air,

à chaque pas la taille basse en marteau-piqueur

et les seins strappés en une seule poitrine

faussement dure,

laissant dans sa trainée

une poudre de mia

 

je m’en allais à la maison je m’en allais à la perte

d’un bout de moi

 

quand les poules auront des

orgasmes dans mes oreilles parfaites

quand les gars cesseront de

remplir leurs briquets de pets je

serai belle;

plus le monstre auquel on lance

des jetons de casino

dans sa propre tête

va jouer

dans le trafic

poudrée en parchemin

roulée

pour l’instant je craque

claque grasse dans’ face

que je suis donc laitte et

que j’ai donc ben envie de biscuits

 

peut-être m’en allais-je plutôt au gain

d’un bout de ventre

 

de mon futur diplôme

de bonne vivante avertie

 

verre de lait, biscuits

après le dur gardiennage

redevenir enfant

 

2 heures, 24 biscuits et 1 bleu nuit

plus tard, le mal de ventre

comme quand je m’étais dit

"plus tard, le mal de ventre",

avec les affres des tampons-cactus

prises

blanc plâtre ou blanc souris

toutes griffes dedans

plus tard, les larmes

pour la part

de gâteau

des anges qui ne me revient pas.

ce que je crache a des ailes, a du ciel,

a du mont en neige

 

non je ne suis pas enceinte d’un playtex

noir de monde,

ni d’une boite de biscuits

oblongue

et d’un ange short cake

mais ce que j’ai au ventre

est dur pour vrai

 

sous anesthésie

on peut enlever bien des choses

même quelques biscuits

 

pris dans un appendice.

je le sais, le médecin me l’a soufflé

en même temps que mon guts

 

je ne m’en vais plus à ma perte j’y rentre 

et j’ai déjà quelque chose

de moins que tout le monde

 

***

Ce poème a été écrit à partir de deux listes d’objets perdus énoncées dans des sketchs des Appendices ici et ici (Objets perdus 2 et 5… à voir!). Je voulais essayer de passer par-dessus le caractère absurde de ces objets et les introduire dans un poème racontant une histoire qui fait sens (en elle-même et avec l’absurdité des objets). Voici les listes rassemblées :

x deux poèmes sur le thème des biscuits
x un cactus dans le plâtre
x les larmes de Michel Dumont quand qu’y a appris que La Part des Anges ça revenait pas
x une impression de déjà vu (x 2)
x des outils habillés en putes
x de la poudre de hip-hop
x une brassière monoboule
x un certificat de l’académie du bon vivant
x des jetons d’un casino qui existe juste dans la tête d’un monstre
x un CD d’orgasmes de poules
x un vieux parchemin sur lequel c’est écrit "t’es laitte!"
x un briquet rempli de pets

***

 

 

Une autre de ces journées qui durent des journées. Une autre.

Puis une autre de ces nuits qui ne sont pas vraiment des nuits, nuits écourtées qui craignent les douches froides.

Ça sent la nuit de redondance, de récursivité presque. Pourtant l’appli météo dit que c’en est une d’étoiles filantes.

Woodkid, lui, dit que c’est une nuit de conquête d’espaces. Passés, présents, futurs, entremêlés, trop forts dans les oreilles, tout ça.

Une nuit de conquête de clubs vidéo par l’autre bord, celui qui n’existait pas avant, le seul qui existe maintenant.

Une nuit de film à rapporter vite mais seulement pour ce soir, seulement pour ce soir.

Une nuit de rattrapage de bus en un jet de lettre d’amour pas trop tard. Un sourire du chauffeur parce qu’on souriait pas pour lui.

Une nuit de râpage d’étoiles pour en garder plus longtemps les traces sur les doigts. Une nuit de gout de patate douce.

Une nuit de demi-lune, de demi-portion, de double chat. Une nuit de mars et vénus félins, une nuit de même affaire.

C’est aussi une nuit de restes
de mains de coudes de viande
de touchers à distance
d’une fourchette
un peu sale

Une nuit de recyclage de chemins et de bourrage de vieux reflets de lune dans des sacs bleu nuit.

Puis un matin vient, et on y survit en rêvant d’une nuit dans une autre nuit.

*** Rédigé à partir de tweets publiés le 9 avril 2014 et modifiés ***

parce qu’il ne se passe rien.

je suis l’une des seules vivantes ici la musique est encore matérielle
j’assiste au test de projecteurs-marées comme celles que tu jettes dans mon corps
il est sept heures, le bar n’a pas vu la lumière du jour depuis longtemps
et les spectateurs sont trop visibles, trop individuels encore
ils ne boivent pas, ils sont bus par leurs écrans dévastateurs
outils à poésie ou autres
deux gars replacent leur mèche en popping dans le vide
une femme en sac à dos à pois est trop fan
de rien, pour l’instant
et je me dissimule derrière une paroi de façon à n’être pas vue du bar
je pense à toi et aux endroits où tu repasses sans mitaine rouge à tenir
et je vis dans mon monde-colonne comme celui des autres
contre celui des absents
la poubelle est dans mon champ de vision, étrange
car pourquoi aurais-je un champ de vision ici
et même d’espace pour me casser les cheveux une cent-trentième fois aujourd’hui

j’aligne des images de Peter Doig dans l’espace béton
celui-là c’est l’homme penché à la piscine, mais noir et vêtu
et ce couple discute du jeu de couleurs rectangulaires en renversant sa bière
sur ses chaussures de musée

stag.
nation des hommes
silence
et projecteur sur un peu de fumée blanche, c’est tout

adonis.
ça y est, tu y es
tandis que mes pieds ne font pas mieux que des ombres chinoises
d’acouphènes à la sauce de poisson
de clamato au navet mariné
de wulong vieilli à l’aurevoir pétrole
doux

j’ai une journée dans le corps
et l’envie infinie de danser contre les murs
j’ai l’estomac qui a envie de résonner de beats fauves
et le coeur qui touche tout depuis deux semaines

plus les gens entrent plus je suis seule
plus je suis bien
les colonnes enflent et restent hermétiques
comme seuls les seuls savent le faire
la marée de voyants ne monte plus le niveau est atteint
ça y est.
tu y es
j’y suis.

Le 14 mars dernier a eu lieu la troisième aube des mots-vivants au collège John Abbott. Alors que des cégépiens au crayon en feu se proposaient d’écrire toute la nuit dans une ambiance pour le moins zombie, je profitais de mon titre de poétesse en résidence (gracieusement attribué par Daniel Gosselin) pour gribouiller, jaser avec les invités (dont Simon Boulerice et Alain Farah) et prendre des photos pour alimenter la page Facebook de l’évènement. Je préparais également mon atelier "poésie français/anglais inspirée du rap de Dead Obies et de Loud Lary" (genre, quoiqu’il était simplement intitulé "poésie"), lequel était à 3 h 15 du matin.

À intervalles réguliers entre les ateliers, j’intervenais pour leur lire des extraits de Michaël Trahan, de Madeleine Gagnon, de Yolande Villemaire, de Bertrand Laverdure; je leur faisais rédiger un peu en fonction des poèmes lus; enfin, je leur lisais mes créations rédigées auparavant ou sur le spot. Voici ces deux créations : une suite de haïkus qui font parfois inside jokes, et un poème (retravaillé in brin) avec référence à un canard promptée par Daniel Gosselin et dont on ne se rappelle plus la raison.

 

Haïkus pour des mots-vivants

1.

Kit-kats et jujubes

tout auteur qui se respecte

nourrit son esprit

 

2.

L’amour s’écrit bien

se chante les yeux dans les yeux

dans les yeux d’un autre

 

3.

La pleine lune, pourtant

zombies accrochés aux planches

étudiants, aux textes

 

4.

On vient pour écrire

on repart avec le sac

plein des mots des autres

 

5.

Il fait froid cette nuit

le vent souffle nos barricades

mais les morts n’osent pas

 

Le canard et le camion de plumes

 

Avec ton containeur vivant tu m’as

avancé dedans

un camion de plumes contre

le dos d’un canard

coulant

 

Un camion de plumes fesse-t-il moins fort

dans une cervelle d’oiseau

qu’une enclume jetée par un coyote

de toute la force de la falaise?

Une tonne de plume permet-elle

d’écraser un canard

fait de la même matière?

ou le noie-t-elle seulement

dans un rêve édredon

de rivières sur son dos

qui lui fait tout

le plaisir du monde?

Lorsque la tête de linotte a absorbé le choc

des mots doux renversés

lesquels retient-elle au fond

de son sommeil rouge brique?

 

Elle retient toute la nuit

le même mot, le même x

comme une plume qui chatouille la cire

et a au bout du bec la même goutte de rêve

de viande, de chair

surgissant de sous le tas de plumes

comme un oiseau émergeant

d’une tonne de mots

d’amour qui sonnent

et éclatent les brakes

 

Le canard déchainé

verse la nuit

des larmes

de lacs

et se réveille dans les ailes

de l’autre, camion pimpant

au ronronnement tight

 

dans un seul

respir

sous l’eau.

 

 

Le coeur à ciel ouvert.
Le coeur, ce malaise incessant.

Le coeur, cause à la fois de cet étranglement et de ma vie.
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui bat deux tempos différents. Le coeur pluriel.
Le coeur, (le coeur), …, le c-c-coeur, (le coeur).
Le coeur et sa demi-pilule rose quotidienne.

Le coeur, as-tu aimé?
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui brise par en-dedans. Les éclats des côtes qui encaissent.

Le coeur et sa nausée. Le coeur et ses lèvres.
Le coeur qui tire jusque dans le bas du dos.
Le coeur, raison et victime des élans catastrophiques.

Le coeur sous la main.
Le coeur qui survit comme un grand.
Le coeur qui passe à travers le corps.

Le coeur en fumée.

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Ce poème est un ramassis (augmenté) de tweets sur le coeur, composés une nuit de mal de coeur, entre le 7 et le 8 mars 2014.

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