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Il y a de cela un mois déjà, je m’embarquais dans la folle aventure du 20-Day ArtGift Challenge du fantastique AndHeDrew juste pour voir. Je devais donner une oeuvre d’art par jour, de préférence à un inconnu. Bon, j’ai plus ou moins respecté cette seconde partie, finissant par en donner la moitié à des amis slache connaissances.

Mais j’ai quand même pilé sur ma fierté de fille qui veut être lue mais pas dans sa face, et j’ai donné, de même, des haïkus souvent inspirés par la personne elle-même et ce que mon fouinage m’avait permis d’obtenir : titre du livre lu, sujet de la conversation au cellulaire, etc.

Ça a marché en maudine. Les gens étaient contents. J’ai eu des superbes conversations. Pis en plus, un poème (assez) bien écrit sur une fiche cartonnée, ça fait un maudit beau signet.

Je suis rendue accro (quoique toujours aussi gênée au moment du don), de sorte que j’ai décidé de continuer sur ma chire – et même d’en virer une plus solide encore. @Josianes m’a demandé un poème pour mettre sur son chien, et évidemment, j’ai immédiatement accepté. Je pense qu’y a pas que les humains qui méritent de s’orner de beauté (lire : je n’approuve la mode pour animaux que lorsque c’est BEAU).

Résultat : j’ai lancé, il y a de cela 15 jours, la série #poemsforpets (vous l’aurez peut-être vu passer sur Twitter, FB ou Instagram). Après avoir vu une photo de l’animal et eu quelques infos sur lui (son âge, son nom bien sûr, son caractère), j’écris un haïku (en français or in English) pour lui et son maitre. Pis je vous l’envoie par la poste en plus… tout cela au même prix que l’affection de votre pitou-minou-chou, c’est-à-dire rien. Ben, rien pour la seule place qui reste. Après, ça va changer.

Voici quelques exemples (rendus plus beaux grâce à Instagram) :

Pour le Winston à @Josianes

For @alimisses’s Igor

Pour Grégory Charles et Marlon à @annakarenine

Écrivez-moi un commentaire ici ou sur Twitter (@meme_aimee) si vous en voulez un.

1.
soleil éclatant
mes yeux brulent de voir facebook
converger enfin

2.
la cour intérieure
des papillons volent en groupe
il y a une issue

3.
matin d’insomnie
un masque pour rafraichir
mon visage rougi

4.
au gré de la vie
les itinéraires changent
tout le monde le sait

5.
la terre tourne carré
mon cerveau suit égaré
fenêtre bouchée

6.
je n’ai plus cours mais
je suis livrée à vous tous
mes dignes professeurs

7.
barbecues en feu
le chat qui dort rêve plutôt
de sushis bien frais

Je m’incline sous les charges de travail et décline la fatigue sous toutes ses inflexions.

– Sous mes yeux, des demi-cercles dont les pointes tendent vers le haut, certes, mais qui au fond me creusent et m’évident. Des sourires qui m’évitent… ou plutôt, que j’évite.

– Sous mes cernes, des joues qui se serrent, des dents qui compriment de l’air au rythme des allées… et des allées. Les venues n’en sont que trop courtes.

– Sous mes joues, un cou penché vers l’avant (la fin de semaine) ou vers l’arrière (la fin de semaine) dans une rotation sans fin. Le poids et les craquements, l’éclatement.

– Sous mon cou, des épaules qui se tendent pour le saut, comme si le coeur allait exploser et qu’il fallait s’y tenir préparée. En flottement, l’indifférence.

– Sous mes épaules, une poitrine serrée de caféine et de manque de, puis une poitrine desserrée par le flot – le flux – le chosy chose là. Du mouvement perpétuel.

– Sous ma poitrine, un ventre qui a peur – de lui, de moi, des autres ventres. Des cris. Du prix des choses. Des choses de la vie.

– Sous mon ventre, le rejet de la journée de la femme.

– Sous le rejet, il y a moi. Il y a l’amour tapi qui se manifeste dès qu’il peut, dès que mes yeux sont ouverts. Il y a le sol aussi, et mon chat qui s’y tient à coeur de jour. Il y a des morceaux de coeur que je balaie le matin avec la litière. Il y a tout un réveil à construire.

Je me lève. Bon matin.

Vous attendiez du frais, vous en aurez, même s’il ne sera malgré tout que du réchauffé. J’ai décidé de recycler mon article le plus populaire, celui sur lequel tombent tous les infortunés qui googlent « noel hemisphere sud », à la recherche d’information véridique : voici.

Je l’actualiserai tellement que vous n’y verrez que du feu. Sérieux, vous aimerez, tout comme moi, faire un retour dans le temps pour voir où était cet avant-Noël passé.

Go.

Sérieux, on s’y croirait, dans l’hémisphère Nord. Une promenade de magasin en magasin sur les plateaux sous le soleil pétillant, et me voilà bien gelée. Charriée. Puis, finalement, dans un autre port.

(Je sais que ça ne fait pas très sérieux de commencer un article par “Sérieux…” Les probabilités que le mot suivant soit “doude” sont élevées. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis toujours pas rendue là. Enfin presque.)

Une semaine avant Noël 2011 à Montréal : -15 degrés sous le soleil ; une visite de 25 boutiques dont le Mondou (le chat au ventre en l’air, souvent ronronnant, si accueillant à l’entrée de mes bottes renversées, est désireux de se faire faire un cadeau) ; deux lattés dans une boulangerie avec vue sur un tas d’îlots de cuisine industrielle et de robots nippons ; un déambulage à pas de chats dans la ruelle glacée et un captage de bas à l’appareil iPhoto ; une erreur de jour qui me fait croire trop tard que nous sommes samedi alors que c’est dimanche ; un souper de pizzas réchauffées (boulange chaude pour mon estomac) et de gâteau pas gouté ; une radio sur le divan comme une île dans une mer froide ; une révélation.

Oui oui, j’ai bien dit une révélation. J’ai compris ce qui m’anime, ce qui fait ma particularité, ce qui pourrait être mon middle nom si la loi le permettait : Dimanches. Avec un D majuscule. Hé oui, je suis une profiteuse pur-sang. Mes dimanches préférés ne sont qu’une accumulation de courts moments, de prises de conscience inespérées, de tweets isolés, de trouvailles improbables, de tasses de plaisir. Pour moi, attendre le dimanche est difficile ; je commence immanquablement à imaginer un ou deux détails que j’ai glanés dans un des dimanches précédents et qui, pour moi du moins, suffisent à rendre à l’attente de la beauté toute son importance.

Cette révélation m’est venue alors que je prenais une photo de trois bas. En fait, je cadrais les bas en plein centre, et ces seuls bas évoquaient le plaisir simple de Noël. La lumière aussi. Parce que cette charmante mise en scène de trois bas rouges suspendus à une corde à linge suffisait sans doute à donner à une poignée de grands enfants ronds des expressions faciales étonnamment simplistes.

Cette révélation s’étire, reste dans mon esprit sous la forme d’un rayon de chaleur que j’aimerais qu’il s’éternise jusqu’à minuit. Elle me fournit le fil conducteur de bien des écrits.

Une image s’impose à moi alors que je vais regagner ma chambre froide : une rangée de verres de vin, de gros ballons rouges sur un fond sombre, qui garderont leur chaleur jusqu’à ce qu’ils fassent doucement sombrer les grands enfants dans le rêve du prochain dimanche.

Sa vie : un amas de chiffres qui manquent. Une éternelle soustraction, à laquelle ne résistent même pas les ratures dans sa to-do list. Tout doux à son oreille son oeil, le son de sa vie. Car les ellipses ne cachent trop souvent que ses fuites paralysées dans le rien.

Dans le vent, ses fiertés écourtées. Dans le ventre, ses peurs éparpillées. Dans le sang, ses rêves émerveillés.

Elle égrène ses verbes un à un dans son verre de vin, revivant le creux qui se trouve devant ses pieds. Ce creux, elle le connait bien pour l’avoir vécu dans toutes ses aspérités; à dire vrai, elle le redépose dans toute sa splendeur devant chaque matin, pleine d’espoir de revivre la même chose.

Sa vie est un trou en forme de spirale. Un entonnoir qui n’avance pas, comme tous les entonnoirs. La radio qui s’éteint en plein milieu d’une chanson. Un ver condamné à se répéter et à tourner en rond.

Rond, comme un zéro. Bleu. Blanc. Les couleurs du néant, de l’anéantie. Pour elle les chiffres ont chacun leur couleur, et ce, depuis la nuit de ses temps. Ainsi va le monde, pense-t-elle, s’additionnant de toutes les couleurs jusqu’à ce que quelqu’un appuie sur la touche Delete. Ce quelqu’un, ce pourrait être elle, ce pourrait être son chat. Ce pourrait être la personne qui ne se manifeste pas, qui ne disparait pas dans son trou à sa place.

Chaque soir, avant de s’évanouir sous sa couette, elle fait le décompte de sa journée : elle énumère les choses qu’elle n’a pas faites puis, après en avoir conclu à son inexistence, elle se fond dans le sommeil.

Jusqu’à ce qu’un parfum de manque l’attire hors de ses gonds. Saisissant son carnet de rêves, elle le remplit de tâches multicolores, vidant par le fait même ses stylos et son potentiel.

Un jour fera-t-elle peut-être table rase, et sa rage enverra alors valser toutes les couleurs qu’il lui reste.

Que ça fait des conneries, un chat. Mais que ça vit, aussi.

Me pâmer au point de mettre une photo de Mine dans mon portefeuille et sur mon profil Facebook, c’est pas pour moi – du moins pas encore. Mais à défaut d’être groupie finie, je serai au moins bavarde du moindre fait (trivial) et geste (maladroit) de mon chaton. Presque aussi bavarde que lui, m’enfin.

Je sens que je me suis fait avoir comme une maman débutant accidentellement sa vie de couches, de manque de sommeil et de sourire ahuri. Pis je suis pas trop à l’aise avec ça.

Quand je suis sortie, je m’ennuie de cette absurde boule de poils miaulante. Est-ce que c’est ça, avoir 26 ans? Sentir que le fil qui relie à la maison n’est somme toute qu’un élastique, et que c’est moi qui le fais rebondir. Je joue toute seule, quoi.

Reste que calquer sa journée sur celle d’un chat, c’est se tremper les pattes dans un mode de vie inconnu jusqu’alors. C’est mordre dans les coussins pour en sentir le tissu au lieu de juste y toucher du bout des fesses ; c’est passer du saut au sommeil en un instant, sans les longs instants d’insomnie maniaque ; c’est aller chercher ce qu’on veut coute que coute, dent pour dent ; c’est ne connaitre ni rancune ni hypothèse folle.

Finalement, être un chat, c’est être fou, délicieusement fou. C’est être trop beau pour être vrai, et s’en foutre complètement. C’est être dans un rêve de lucidité où les pensées fuient devant comme de petites souris.

Bon, le travail m’attend : j’ai une petite bête à nourrir, une plante à rempoter, des racines à prendre à Montréal. Et des petites dents qui ont envie de croquer.

Sérieux, on s’y croirait, dans l’hémisphère Sud. Une promenade de temple en temple dans les montagnes sous le soleil brûlant, et me voilà bien hâlée. Transportée. Puis, finalement, à bon port.

(Je sais que ça ne fait pas très sérieux de commencer un article par « Sérieux… » Les probabilités que le mot suivant soit « man » sont élevées. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis pas rendue là.)

Avant-veille de Noël 2010 au Japon : 15 degrés sous le soleil ; une visite de 25 temples bouddhistes et du musée des manekineko (les chats avec une patte levée, parfois mouvante, si accueillants à l’entrée des commerces asiatiques désireux de faire de l’argent) ; un matcha dans un jardin avec vue sur un tas d’îles menant à Shikoku ; un déambulage sur le catwalk en pierre capté par un appareil photo vieux de 80 ans ; une erreur de train qui m’amène trop tard dans une gare obscure ; un souper de pains moches (boulangerie chaude mon oeil) et de biscuits inespérés ; un jazzband comme une île dans une mer de chandelles ; une révélation.

Oui oui, j’ai bien dit une révélation. J’ai compris ce qui m’anime, ce qui fait ma particularité, ce qui pourrait être mon deuxième nom si la loi le permettait : Détails. Avec un D majuscule. Hé oui, je suis une analytique pur-sang. Mes journées ne sont qu’une accumulation de courts moments, de prises de conscience soudaines, de tweets isolés, de trouvailles improbables, de tasses de plaisir. Pour moi, faire une synthèse ou un résumé est difficile ; je commence immanquablement par vous donner un ou deux détails que j’ai glanés et qui, pour moi du moins, suffisent à rendre toute l’importance de l’oeuvre à résumer.

Cette révélation m’est venue alors que je prenais une photo d’un chat. En fait, je cadrais le chat dans le coin, et ce seul chat méritait une photo à lui seul. Les temples, non. À moins qu’ils mettent en scène des statues de boddhisatvas portant bonnet et bavette, ou encore des poignées de petits daruma ronds aux expressions faciales étonnamment abouddhiques.

Cette révélation s’étire, reste dans mon esprit sous la forme d’un rayon de chaleur qui s’éternise depuis le midi. Elle me fournit le fil conducteur de mon écriture.

Une image s’impose à moi alors que je vais regagner ma chambre surchauffée : une rangée de hinomaru, de grosses balles rouges sur un mince fond blanc, qui mettent leur chaleur de côté pour sombrer doucement dans la mer.