Archives de la catégorie Français

Le coeur à ciel ouvert.
Le coeur, ce malaise incessant.

Le coeur, cause à la fois de cet étranglement et de ma vie.
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui bat deux tempos différents. Le coeur pluriel.
Le coeur, (le coeur), …, le c-c-coeur, (le coeur).
Le coeur et sa demi-pilule rose quotidienne.

Le coeur, as-tu aimé?
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui brise par en-dedans. Les éclats des côtes qui encaissent.

Le coeur et sa nausée. Le coeur et ses lèvres.
Le coeur qui tire jusque dans le bas du dos.
Le coeur, raison et victime des élans catastrophiques.

Le coeur sous la main.
Le coeur qui survit comme un grand.
Le coeur qui passe à travers le corps.

Le coeur en fumée.

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Ce poème est un ramassis (augmenté) de tweets sur le coeur, composés une nuit de mal de coeur, entre le 7 et le 8 mars 2014.

on fly
au sommet de Montréal
en bus bardé
de pub qui blesse les yeux

je ride un seul pied
à terre
toujours à moitié su’l’brake
— shake me

Montréal. ma couleur
« regardes-y le smug de béton
à la madame »
belle et brune

on vole
et revole sur ses courbes cassées,
dos encore au lit
et yeux couleurs de nuits

sur Saint-Laurent.
toujours ciel et terre
de la même estie de teinte
un homme étalé entre les deux

on touche
deux extrémités d’ile mais
ça connecte pas
le bus est vide

d’essence. cheap
parfum de coconut
bonne couleur, baby,
but now bum it back

— your back to me
on fly
chacun dans l’moment

puis on vire.

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Qu’est-ce qu’y m’a fait, au fait? Y a rien fait. Pis c’est dans ce rien-là que je me suis perdue.
– Suzanne, dans Le Météore, de François Delisle

***

entre mes deux yeux
ce beau rien plat,
la base du nez où reposent
les rêves de tombée
dans le vide du matelas —

ça glisse.
que le dos d’un canard
serait doux à flatter
mouillé et bleu
comme le poil d’une loutre

studieuse.
c’est là mon totem
et mon fardeau,
lourdeur du bois
qui encercle mon regard
et mes yeux noirs

si
seulement ma douceur de chat
pouvait être partagée
flanellette pour trois
soirs en ligne —

en attendant rien
ne passe(nt)
que des rêves massues
où je mets le feu avec douceur
et me réveille trempée
de sucre tendresse –

je reviens
adolescente, réussie
seule et vide et
épuisée, un bouton de rose
sec
dans une feuille de papier

je bois.
mes verres filtrent
le monde en bleu,
et le temps d’une hibernation
les hommes deviennent
des poupées en carton.

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Impro en écriture automatique ou presque. Pas d’écrit : qu’un dictaphone et une fille bored au bras dérinché.

Écoutez ici.

Ou sagesses ancestrales pour le gouter, placées simplement en ordre croissant.

1. « Tirer ou pointer la folie qu’elle revient au dalot. – Proverbe pétanque »

2. « Définition de la factorisation : processus par lequel on décompose toute en deux choses qui se reproduisent. »

3. « Patate, banane ou madade : même combat syllabique. »

4. « L’élégance (interminable) (de l’effeuilleuse) du rhododendron : je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, comme pas pantoute finalement, etc., etc. »

5. « Bouillon de cinq-épices pour l’âme du sapeur. »

Cet exercice d’écriture absolument peu sapide a été réalisé grâce aux gens et aux livres qui m’ont donné à intégrer les mots suivants : patate, banane, pétanque, biscuit, simplement, toute, comme, élégance, définition, gouter, bouillon, folie, rhododendron, factorisation.

Nouvelle année, nouveaux problèmes à résoudre en un tas de mouvements (plus de trois). Rien de grave : que des chiffres, pas de grands nombres. Du concret, de l’uni, des pierres retournées une à la fois.

Go.

2. En 1996, un conteneur arrimé faiblement au toit d’une Dodge Caravan blanche a lâché les amarres sur la 132 près de Cacouna et a rebondi 5 fois sur l’asphalte avant que le père de famille ne gare la van sur le côté, en descende et aille ramasser ledit conteneur en fulminant. Il attacha celui-ci à un poteau en se promettant de le ramasser à son retour, ce qu’il ne put pas faire puisque les gars de la voirie furent plus vites que lui (oui, vites l’adjectif, quins) : 32 minutes au lieu de 3 jours. L’asphalte a depuis été refaite 2 fois, dont une fois par pe beau-frère d’un de ces gars de la voirie, Gilbert Duguay. Si l’asphalte n’avait pas été arrachée puis reposée, a) qui serait Gilbert Duguay : le gars de la voirie ou son beau-frère? b) combien de fois Même aurait-elle pu passer sur cette trace pendant son aller-retour Montréal-Rimouski, en supposant qu’elle n’est pas sortie du tout de la maison lors de son séjour?

0. Le soir du 30 décembre, une famille un peu élargie fit une fondue chinoise à l’aide de bouillon Canton pour la sans-gluten, de propane et de jeux questionnaires pour réchauffer l’atmosphère. Deux cousines et une tante portaient chacune une couleur primaire sur elle. Les deux plus éloignées de la famille éloignée ont mangé deux assiettes de viande, puis elles ont fait bouillir le reste pour un sandwich ou un sauté chinois, de sorte qu’il ne restait plus de viande rouge – seulement un chandail.

1. Sous le sapin, entre les tas de cadeaux et les boutiques anglaises engluées dans la fausse neige en mousse trônait une crèche en bois, construite par l’oncle ébéniste (le même qui a construit la moitié de la maison). Dans cette crèche (ou à côté) figuraient des bonhommes démesurés, ceux de la Nativité. Tous regardaient avec amour et miséricorde un trou au centre, là où le berceau du petit n’était pas, puisqu’il était caché sous le divan quelques pieds plus loin, à la demande du jeune vénézuelien ayant habité cette maison dix ans auparavant. Cela aura pris une décennie à la famille pour arrêter de s’entêter que le petit Jésus était né avant le 25 décembre. Sachant cela, combien de Vénézueliens y a-t-il dans cette histoire?

4. Deux filles et leur mère faisaient les desserts pour le réveillon par un bel après-midi froid du 24 décembre. La mère avait retapé les recettes tachées de sa propre mère dans Word et les avait imprimées, pas toujours une par feuille. Une fille n’osait plus licher la cuillère de bois à cause du Crisco, l’autre mesurait puis échappait une bonne part de chaque ingrédient sur le sol, dont beaucoup de cacao sur la céramique blanche. Elles firent des recettes traditionnelles : dominos (aussi appelés « nanaïmos » par les gens qui n’en ont jamais vus au large), rouleaux de chocolat Baker’s et de guimauves pastel, macarons-pas-fancés (les tas à la noix de coco et au chocolat), gâteau froid aux biscuits Village et café instant. À la demande répétée d’une soeur, elles préparèrent aussi des biscuits au beurre de pinne, suivant pour ce faire la recette imprimée sur le pot de beurre léger, « parce que hein ». Considérant qu’au réveillon, le père et une amie se joindront à elles et qu’une soeur ira se coucher sans manger de dessert, a) dans quelle région du Québec habite la famille? b) pourquoi manque-t-il une soeur pour le réveillon? c) qui a installé le logiciel Word sur l’ancien ordinateur de la maison, un Pentium 486? d) combien de personnes ont gouté à l’un ou l’autre de ces fabuleux desserts de Noël ce soir-là, sachant qu’il n’y a pas eu la visite d’un voleur?

Solution :
« Toutte est dans toutte » qui est dans toutte.

Bonne fin d’année 2013 et bon début de 2014. Je vous souhaite une année de folie et de niaiseries. Trempées dans le chocolat Baker’s fondu.

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La nuit la plus longue sera une autre cavale de l’esprit.

L’esprit en tant qu’énergie coulant à travers les montagnes, la neige et la poudrerie, et laissant croire au spirituel parce que tant de beauté.

Tant d’arrêts du coeur. Tant de larmes figées.

L’esprit en tant qu’essence des choses, en tant que son sourdant des vibrations des côtes.

Oui, cette nuit la plus longue sera longue, parce que par la fenêtre fermée j’oserai lancer un appel, une suite de mots entrelacés en une guirlande de Noël improbable, une série de lumières clignotant au rythme des doigts sur un clavier miniature.

Par la fenêtre fermée j’oserai entendre un appel, celui du vent d’un avenir devenu proche de ma poitrine, serré comme seul un vent peut l’être.

À travers le ronronnement du lave-vaisselle et de l’actualisation des objets (sapin, odeur d’aiguilles, couette, thé vert, etc.), à travers le brouhaha de ma tête en fleur, un chant perce.

Une étoile filante vacille dans mon regard (fermé, vers l’intérieur).

Un chant perce. J’entends le soliste d’hiver. Sa voix apaise, coule autour de moi, épouse ma forme, flanellette. J’y perçois l’éraillement du voyage, mais aussi la lueur du matin qui viendra un jour, le jour.

Parce que c’est déjà le jour, et déjà plus le plus court.

Le soliste est reparti. Son écho persiste toutefois, neige après neige; le froid a figé son courant, parsemé mais parfait.

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il y a des fois où tout commence par une collision.

et toi tu es de celles-là
-bas, amant des vitesses
shiftées.

il y a des points qu’on n’ose pas mettre
à la fin de chaque mot,
par soupirs
ou par égards pour les pertes
chaque fois qu’on n’ose pas laisser
être.

je savais
comme tu savais
qu’il n’y avait d’espoir
que dans le mot lui-même,
que dans ce mot qui luit
même
dans la slotche des yeux
grafignés.

il y a des nuits où tout finit par une collision,
celle en laquelle tu crois
la retient entre ses doigts,
tiens.

Le premier jour de l’hiver, j’ai eu une tempête.

Quand je me suis réveillée, l’appartement était tout blanc et froid. Le bonhomme de neige à mes côtés avait été éparpillé au vent. Mon corps était sans marque, comme par magie. Mais ma tête était dans un blizzard terrible.

Je me suis levée, enroulée de flanellette, et j’ai mis mes mitaines rouges d’enfant. J’ai déterré Ce Chat, qui s’était creusé un fort sous la couette. Il y avait des glaçons de pris dans ses moustaches, mais il était intact, c’est-à-dire miaulant. Sa plainte se perdait dans le vent.

J’entendais un crépitement de radio dans mes oreilles piquantes : travail… fermé… aujourd’hui… maison… dodo. Mais mon appartement enneigé, je devais trouver mon cocon ailleurs, à l’extérieur, le temps de laisser fondre tout ça. Braver le froid qui déchire et met à nu. Perdre mes pensées une à une au rythme de mes orteils. Trouver une sorte de paix dans la grisaille miroir pour pouvoir mieux affronter le blanc perçant, ici, en dedans.

Aller voir ailleurs où je suis.

J’étais dans le bus, surchauffée. J’étais dans un café, branchée. J’étais dans une salle de spectacle, bondée de bonshommes sans neige. J’étais dans une pizzeria, cassée. J’étais sur le trottoir, errée. J’étais dans un salon de thé, noyée. J’étais dans un bar, empêtrée. J’étais dans le métro, trouvée.

Oui, j’étais là, dans le métro. C’était bien moi que tu as vue derrière la vitre plastique, celle sur laquelle j’ai cogné de ma mitaine rouge. Oui, cogner m’a réveillée. Oui, tu m’as souri, tu m’avais reconnue. Oui, je m’en allais chez moi.

La tempête s’était calmée. J’avais eu une tempête.

Je suis rentrée dans mon appartement nickel. La neige avait fondu avec le chauffage au fond. Il restait des flaques d’eau que Ce Chat léchait avec application. J’ai enlevé mon manteau et mes mitaines rouges pour poser mes doigts et mes cuisses aussi rouges dans les couvertures. Mes vêtements avaient été gris. Tout le reste de mon corps était blanc. Tout le reste de mon corps n’était pas de glace.

Le premier jour de l’hiver, il y a eu une tempête.

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En tout cas, des poèmes en 5 lignes. Un
soir de chauffage, de tisane et de poil. Originally published on my Twitter account, @meme_aimee.

1.
tu me dis si seulement
je te dis c’est mieux pas
pour toi
l’histoire se retourne
contre moi

2.
ajouter des espaces dans un poème
pour
laisser les mots respirer
à ma place

3.
créer de l’espace entre mes omoplates
là où l’amour est
coincé
juste comme il faut
(pas) aimer

4.
rose d’automne et
jour des morts si près
ce soir le thé me rappelle
à la vie
aux morts

5.
i’d like to love
but i don’t know how
(not) to
stay all open
to heartwaves

6.
life is just a matter
of timing
we are scattering ourselves
in all directions, expecting
to be crossed

***
and to cross me, follow my new tumblr, hiroshimem.

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