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Cette nuit sinistre me porte des idées macabres et, surtout, le courage de remplir un défi. Geneviève Gauthier m’en a envoyé un pas piqué des vers : « un poème en prose qui glace le sang et traumatise les enfants, bref quelque chose de spooky, pour que ton lecteur ait peur ». Aie peur, lecteur, aie peur pour que je n’aie pas à recommencer ce défi inquiétant. Et nourris-moi de défis aussi, pas de gummies.

Go.

Tu m’enlèves les vers de la bouche mais ne les pose pas dans ce poème. Tu les apprêtes les mets dans les sacs d’enfants grouillants, les laisse ramper à travers les vêtements provisoires jusqu’au profond des peaux énervées.
Les vers jouent une décomposition de leur cru. De chair en chère ils se régalent laissant les cris de douleur se mêler aux rires des sorcières mécaniques et aux trucs de traite d’enfants.
Roulent les cris des gueules les vers des tombes les corps muets sur le sol mou comme une poche. Autour des orbites roule le noir de l’appréhension de l’incompréhension de la consternation.
Une constellation d’enfants abandonnés s’étale sur le givre qui s’attaque aux vers les mord mais trop tard.
Tu passes devant de nouvelles décorations d’Halloween les juge réalistes te dis : « C’est fou ce qu’un simple poème peut faire. »

Et ce doigt, je le franchirai allègrement ici. Dans le lait 3.25 crémant mon café, je plonge un doigt déformé par l’écriture papier et un autre par l’ustensile japonais.

Qu’y trouvai-je en compensation du doigt de lait perdu? L’envie de me défier, de me méfier de mes écritures en boîtes et entassées, de confier un mot trop utilisé autrefois au vent qui passe. L’envie de sortir de mes gonds. (C’est peut-être le café, quoi. Largement réintroduit dans mon corps, massivement réapprécié.)

Voici donc le deal, my dears : mettez-moi au défi, challengez-moi, je veux de la consigne, et peu de conserve. Comme les Défis Ducharme le font – ou pas, puisque je cherche à être déstabilisée, l’ai-je déjà mentionné? (Si oui, la part peur de moi l’a oublié.)

Le marathon de pouèmes fut trop court; je cherche à me faire dire quoi faire puis à l’écrire.

Vous voyez, j’ai même plus de mots; cette poste commençait bien, pourtant. C’est votre faute, toutefois; voyez, même le « ne » y est plus, déjà.

Jetez-moi commandes en commentaires ou tweets (@meme_aimee). J’en ai déjà une, d’ailleurs (merci @cvoyerleger) : faire rimer « cyprine » et « supprime ». Ou « surprime », selon la façon dont je corrige ma bourde de normative refoulée.

Difficile parce que ça rime pas
La rime restera interne parce que
Les mots qui sortent qui refluent
Remoulent une féminité en pierre

Les relents resteront entiers
Citrine ou cyprine ou autre
La poésie restera externe
Alterne ou supprime ou autre
Contrôle
Ou autre

La rime restera pauvre parce que
Les fins de ligne sont dures
Les fins de comptes
Les fins de courbes
Difficiles.