Archives de la catégorie Both langues

Vous connaissez cette joie de lire des mots qui sonnent, résonnent, donnent un sens à votre pensée? Cette joie de lire trop et de tomber, sous le soleil tel un projecteur, sur votre coeur dessiné à coups de mots?

Cette joie d’écrire trop, aussi. Mais ce n’est pas tous les jours qu’on trouve une justification à son blogue. (Pourquoi cette manie de toujours chercher à justifier, d’ailleurs? Ce blogue existe donc il est, voilà tout. Comme moi, même combat.)

Alors voilà cette perle. Attention, c’est en anglais, comme si j’avais besoin de vous avertir.

« Happiness is much more difficult to write about than sorrow, just as the longing for love is easier to describe than its fulfillment. Still, I suspect that many writers secretly wish they could write from a deep well of happiness at least once just to know how it feels. (…) But the reality is when a writer’s happy, the last thing she wants to do is dissect the ephemeral; she wants to exult in her euphoria, not explain the miracle. » (Sarah Ban Breathnach, Moving On, p. 262)

J’ai déjà écrit de la beauté, de l’amour en barre. Mais l’ironie en moi craint de me fondre dans la guimauve si j’y reste enfoncée. Elle m’accroche donc par le mordant à quelque chose de croquant, dur, solide : la mélancolie des montagnes dépaysées, la peur du roc noir sans tain, le sarcasme de la chute acérée.

Mais bon, y a pourtant des jours où la vie just gives you smores. When your legs burn in the sun, and tea picks you (and your delight) up. Quand de petites touches d’espoir et d’expectatives se profilent dans le pétillant du bouillon. Quand même les plans qui se retracent au gré de la journée n’apportent que ravissement.

Je pourrais élaborer une liste de gratitudes sous forme de métaphores pendant des heures – et vous ne vous rendriez même pas compte que je parle toujours de la même chose étant donné mon langage évaseux. Mais à elle seule, la trouvaille de ces mots familiers vaut bien une journée – et, qui sait, quelques minutes de votre temps. Comme Céline le chantait, je suis avare de mots, je veux qu’on m’en écrive pour ma musique. Des fois. Quand j’en écris pas.

Il y a de ces journées où je suis. Et il y aura de ces articles, aussi.

Ce blogue doit retrouver une raison d’être.

Le Japon m’aime-t-il toujours même si je l’ai lâchement abandonné ? L’aimé-je encore autant ?

Loin des yeux, loin du coeur, clameront certains d’un air de défi. Loin des yeux, près du coeur, répliqueront d’autres, plus larmoyants.

Je n’ose pas user d’un proverbe d’une façon aussi tranchante. Bien sûr, la neige et le froid de Montréal occupent ma vue et mes muscles depuis mon retour, mais le Japon revient souvent, tel un frisson parfois doux, parfois désagréable. En fait, un frisson qui réchauffe parce qu’il est ce qu’il est, soit une contraction quelque peu déplaisante.

Le Japon est partout, que je le veuille ou non : dans ma bouche qui le raconte sans cesse, dans ma théière qui en infuse les feuilles, dans mon Internet qui me rappelle les amis là-bas, et même dans ma recherche d’un emploi qui y fasse honneur.

Le Japon est dans mon coeur, quoi. Même si la dure vie japonaise n’est pas ce que je cherche, et que j’y préfère le croustillant et la mollesse de la vie montréalaise, le Japon que j’aime peut rester en moi. Je n’ai pas besoin de le nier; de toute façon, ce serait comme renier une part de moi.

Mes mille projets parleront d’eux-mêmes.

 

Distance Makes the Heart Grow Fonder

This blog needs a new raison d’être.

Does Japan still love me even if I’ve left it so cowardly? Do I still love it even so?

Some will dare defy me and proclaim, “Out of sight, out of mind”. Others will let go between their tears, “Absence makes the heart grow fonder”.

I can’t use such sharp sayings. Of course, since I came back to Montreal, my sight and muscles have been busy dealing with snow and frost, but Japan has kept showing up a lot, making me shiver in a sometimes sweet, sometimes unpleasant way. In fact, this shivering, just because it is a shivering – not so pleasant a contraction – has actually warmed me up.

Japan is everywhere, whether I like it or not: in my mouth when speaking endlessly about it, in my teapot while steeping its leaves, in my Internet when remembering friends are alive and well there, even in my search for a job that would honour this country.

Right, Japan is in my heart. Even though I’m not looking for the harsh Japanese life, and I prefer the crispier but mellower Montreal life, Japan as I love it can still stay in my heart. I don’t have to deny it; anyway, denying it would be like denying a part of myself. From now on this blog’s tone may be different, but the main thema will stay unchanged in essence: how a foreigner’s sensitivity feels Japan. I may feel it from a distance now, but I am confident that this love-hate relationship will endure. I’ll keep you posted on how I get a foothold in this shifting relationship.

A thousand projects will speak for me.