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Comme plusieurs, j’aimerais avoir le beurre et l’argent du beurre. Ou plutôt, le gout et l’argent du beurre. Car le produit dans mon corps ne m’intéresse pas; seule la saveur m’importe.

(Mais l’odeur du beurre qui reste imprégnée tout autour de ma bouche après le blé d’Inde, je sais pas.)

Le Bi Luo Chun que je bois est tout en beurre. J’y goute les après-midis de fous rires arrosés de P’tit Beurré (en chinois, Dayulin). J’y goute aussi les deux biscuits Petit Beurre qu’on pouvait manger chez grand-maman, avec une salade de fruits en canne – et si on pognait une cerise, le jack pot!

Attendez, je pense que c’était plutôt des Social Thés. L’esprit est un serpent qui se mange la queue, pensai-je en me reversant une tasse.

Le gout du beurre : Montréal, toutes les théières vidées, les fous rires répandus, les crèmes glacées testées, les belles personnes checkées, les danses transées, les cafés-clopes pris sur le coin de la rue en se pensant (plus hot qu’) à Paris.

(Wait… did I just make this last one up? Oh well.)

L’argent du beurre : New York, la vue sur le pont Geo Washington Br, les cerisiers dans le parc, le marché aux puces hip de Brooklyn, les lucioles, toutes ces photos pas encore prises, et même du bon thé, maintenant.

New York, et toutes ses insécurités. New York qui veut apparemment que je reste, lui qui me bombarde d’Arcade Fire et de Bi Luo Chun.

New York, c’est l’argent qui brille sur la table comme un couvercle de théière qui nous renvoie notre sourire. Qui nous rappelle qu’on existe, et qu’on peut donc bouger, aussi. Explorer. Gouter.

Le gout du beurre s’altèrera peut-être un peu – surtout si on le laisse sur le comptoir – mais il restera là, un réconfort un peu tourné à laisser fondre dans sa bouche pour se donner du courage.

To my dear Arman & Mélodie

1.
Cancelled vacation waved like a form
a disease, Montréal-like vibe.

2.
His Copenhagen waved like a flag
a regret, Oslo-night colour.

3.
Their Berlin, vibrant still like a wave
regretted, cemetery days.

Poems written for FormForAll, dVerse Poets Pub. Photos taken at Camellia Sinensis teahouse, and modified with Instagram.

J’ai pas que perdu ma France; j’ai aussi perdu une stabilité, une prise sur le sol ambiant, un peu de souffle aussi. Je suis entrée dans un labyrinthe de couloirs, j’en suis ressortie avec une poignée de sureté qui ne dure que le temps d’une avalée.

Gulp. Ce son dans ma gorge, cette trace d’amertume sur ma langue : la culpabilité d’être malade?

J’ai le vertige d’être si haut, plus haut qu’un arc de triomphe, la tête penchée et secouée par les tours du vent de Montparnasse. Non, ce n’est pas le vin; mon coeur se serre à l’idée d’y gouter, je panique à l’idée de gouter, de quoi que ce soit.

Le voyage part. L’autre départ arrive. Le tournis n’est qu’un symptôme.

Mais quand même le coeur de soi tangue, on ne peut que s’agripper à la rambarde, prendre un grand coup d’eau salée, et se souhaiter le meilleur.

Et si on tourne la tête, on voit les meilleurs des amis, secouant des mouchoirs pour soi. Et on se dit que le parcours est balisé, après tout.

Il n’y aura pas de chute.

There was once a convoy heading for the West
bound together they were, of the same bones
lying down their path in front of their hooves
lying about their path as the snow would heave

they had packed up heaps of what they had but
as they had not much there was not much weight
piling on them as their feet were grinding what
was left of their fears and defeated minds

they had stories to count on to help them stay
awake and at stake – they had horror stories,
histories to recall and call on when all that was
was a vast no-one – they had fear possibilities

what was it that they found in them was it
a cord that laid consistency in front of them
was it blood that had them dream of a liquid to
grasp was it a gasp or was it an enchantment

there was snow cutting them down in their skin
there were horses refusing to live long and cold
there were hopes thrown like a handful of flakes
on a snow bank there was – a mere dying hand

they had an issue that was no exit they had
their own bodies and minds, restless chilled, blained
bones that they had ground finely until they were
part of the soil again part of the sole plain

they had
no other
escape

just like we had no other
when we met them drenched
covering their needs
on a pure floor

In the subways I
I learnt to thrive
and you told me we’d never survive
grab your town’s handles we’re leaving

(we’re living
in a song
we’re living
in an arcade that’s out loud
that’s in there down there)

We’re moving past
we’re already passed

(there’s no such thing as staying
open
doors close anywhere around you
beware
of tripping fingers)

And all of the walls they built in the sixties never fall
and all of the art they built in the sixties never fall

(we fall on them
stick to them as flies attracted
primarily by colours)

Sometimes I can’t believe it

(and I don’t)

I’m moving into the night

(and as we fade we become
the same exact hue as
every other passenger)

BONUS TRACK (from 57,5 [ajku])
Ciel couleur métro
mes pas me mènent encore là
où je ne vais pas

*This poem was inspired by today’s dVerse Poets Pub and their inspiring prompt: Subway. As I am fond of my own town’s metro -Montréal- I wanted to share these poems and pictures (modified with Instagram) that represent it well. Please put some Arcade Fire and move to their sounds… as you wonder if you should fall asleep with the rumble or wake up with bright colours. And don’t forget to read other poets’ poems as well!*

(This poem integrates a few modified quotes from the song The Suburbs, by Arcade Fire.)

Ceci est un poème qui n’en sera pas un qui aura un titre qui n’en sera pas un

Ainsi le thé coule le long des parois puis des mêmes parois
de la tasse
ainsi va
le train des gens qui ne vont nulle part mais ne font que
revenir
le train de ceux qui ont des titres mais qui n’en sont pas

Je suis assise à la gare celle où je connais tout le monde
qui va
ça va
et je regarde les épaules se tendre les lèvres se crisper
j’entends les pas aller venir s’égrener
le long des courbes des croupes dessinées

Le thé fait naitre chez les uns ce qu’il soulage chez les autres

Des fardeaux s’écoulent que d’autres repêchent
une ligne lancée au fond de la théière
une ligne
puis deux
j’avais commencé à tracer des pensées noires pour les autres
blanches

Et la nuit tombe déjà m’enfermant dans le carcan des respirs
celui où rien ne se passe
qui n’arrivera pas

J’étire le liquide jusqu’à ne plus m’entendre penser
la douleur
je remballe mes nerfs avant de partir les effondrer
dans une poubelle
stoïque
statique

L’électricité me meut dans la coulisse jusqu’à la tasse
jusqu’à la prochaine
gare

Ceci est un voyage qui n’en aura pas été un

Le Japon m’est rentré dans le ventre comme un coup de poing. Les yeux pleins d’eau, le corps plié dur, j’ai marmonné : "Ça y est, l’année s’annonce cinglante".

Jusqu’à maintenant, on m’avait épargnée, croyant peut-être que mes papilles américaines ne seraient sensibles qu’aux subtils steaks hachés, oeufs et tranches de pain blanc. Résultat : je pensais que seuls les gens autour de moi avaient changé. Ah, et que les portions avaient rapetissé. Tout comme mon estomac, malmené par les changements de pression en et hors vols.

De toute façon, même si j’avais pu manger, tout me glissait des baguettes, tellement elles partaient dans tous les sens. Et des morceaux d’oeufs crevés, repris puis retombés – pas toujours à l’intérieur de l’assiette -, cela ne m’appétissait guère.

Mais voilà que mon assiette brillait de feux d’écailles et d’huiles de poissons : on me servait des sashimis, enfin! Si je plissais assez les yeux, je pouvais les voir se dandiner et lancer leurs éclats comme des avertissements.

"On ne regarde pas d’anime en mangeant!", ai-je mis dans la bouche de ma mère d’accueil, qui fermait la télé afin que nous ne soyons pas stimulés autrement que par le contenu de nos assiettes.

C’était en 2002. Ma digestion ne serait plus jamais le même.

Chaque morceau laissait une longue trace fraiche, de la langue jusqu’au fond de l’estomac, où il serait tombé en laissant entendre un « poc! » peu ragoutant s’il n’y avait pas eu la brulure.

Le poisson cru s’était introduit en moi pour me rappeler à la fois mes origines fluviales et mon exil insulaire; et à la dure, il m’avait donné le gout des choses délicates, desquelles je ne pourrais plus jamais me passer.

Pas tant, mais ça va vite. La pluie, les jours, les éléments de ma vie se déchainent au même train où les mots s’enchainent en suites de poèmes désarticulés.

On s’accroche en dedans comme en dehors de la voiture, les fesses adhérant à la chaleur qui reste. On lit une pancarte à l’envers comme si c’était une page tournée. On fricote avec l’imprévu, le temporaire, la saute d’humeur.

Comment ne pas aimer cette sphate qu’on ne fait qu’effleurer, symbole de tant de phases et strates de vie aplanies?

Le toit s’ouvrira bientôt au lancement de milliers de pages qui me collent à la peau. Et on roulera toujours, en quête de soleil, de sommeil et de vacances. Jamais l’un sans les trois.

Pendant que la FM rappelle à soi la jeunesse qu’il reste, la vie tonitrue dans la voiture en nage. On y arrivera…

… tout en se faisant doucement berner par le bruit de la vitesse. Étourdi, on ne remarquera pas que son espoir de trophée de course a été emporté par la berline japonaise, indépassable.

Inpensable, mais on s’est fait rouler, tout de même.

Un peu de pathétisme ne me tuera pas.
J’écris de ma terrasse au soleil couchant comme si je n’y étais pas. Les gorgées de vin ont bien meilleur gout en pesanteur… car la nostalgie fait le poids, y a pas à dire. Se refaire Paris, la larme de vin au verre, le motton de poil de chat à la gorge, c’est comme quitter le carcan pour me replonger dans un autre.
Un carcan prémoulé, encore chaud d’espoirs de plus de temps, de plus de vie, de plus d’art de larmes.
Je viens d’entrer au musée de la nostalgie, et je me découvre dans les toiles que je perce. Au jour le soir, je cours comme jamais, je suis bien.
L’accent sent le déjà-vu, le déjà-senti par procuration. Un autre moi, celui que tu n’as pas connu, s’élançait vers toi sans le savoir, vers où tu es maintenant dans ces vers qui nous réparent.
J’ai plié la distance en quatre et l’ai glissée entre deux mots. La trouveras-tu? Moi, je l’ai déjà et perdue et reprouvée.
Je cherche l’ivresse parisienne mais ne trouve que pas. Il ne suffirait pourtant que d’un peu plus de mal de vivre, de solitude, de tourment. Un pas et j’y suis, pourtant, presque revenue. J’arpente en pensées et rubans toutes les rues menant au malaise, au malaise de ne pas y être justement.
J’embrouille sans doute tout mais ce mal-être nécessaire. M’as-tu trouvée errante et trainante, comme un Gil francophone mais tout aussi décalé? Non, car j’avais déjà fui la salle de ciné. Et toi, tu n’y étais pas, car tu vivais en chair et en prose.
Et moi, je ne vis qu’un poème, un poème comme pari.

Sérieux, on s’y croirait, dans l’hémisphère Sud. Une promenade de temple en temple dans les montagnes sous le soleil brûlant, et me voilà bien hâlée. Transportée. Puis, finalement, à bon port.

(Je sais que ça ne fait pas très sérieux de commencer un article par "Sérieux…" Les probabilités que le mot suivant soit "man" sont élevées. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis pas rendue là.)

Avant-veille de Noël 2010 au Japon : 15 degrés sous le soleil ; une visite de 25 temples bouddhistes et du musée des manekineko (les chats avec une patte levée, parfois mouvante, si accueillants à l’entrée des commerces asiatiques désireux de faire de l’argent) ; un matcha dans un jardin avec vue sur un tas d’îles menant à Shikoku ; un déambulage sur le catwalk en pierre capté par un appareil photo vieux de 80 ans ; une erreur de train qui m’amène trop tard dans une gare obscure ; un souper de pains moches (boulangerie chaude mon oeil) et de biscuits inespérés ; un jazzband comme une île dans une mer de chandelles ; une révélation.

Oui oui, j’ai bien dit une révélation. J’ai compris ce qui m’anime, ce qui fait ma particularité, ce qui pourrait être mon deuxième nom si la loi le permettait : Détails. Avec un D majuscule. Hé oui, je suis une analytique pur-sang. Mes journées ne sont qu’une accumulation de courts moments, de prises de conscience soudaines, de tweets isolés, de trouvailles improbables, de tasses de plaisir. Pour moi, faire une synthèse ou un résumé est difficile ; je commence immanquablement par vous donner un ou deux détails que j’ai glanés et qui, pour moi du moins, suffisent à rendre toute l’importance de l’oeuvre à résumer.

Cette révélation m’est venue alors que je prenais une photo d’un chat. En fait, je cadrais le chat dans le coin, et ce seul chat méritait une photo à lui seul. Les temples, non. À moins qu’ils mettent en scène des statues de boddhisatvas portant bonnet et bavette, ou encore des poignées de petits daruma ronds aux expressions faciales étonnamment abouddhiques.

Cette révélation s’étire, reste dans mon esprit sous la forme d’un rayon de chaleur qui s’éternise depuis le midi. Elle me fournit le fil conducteur de mon écriture.

Une image s’impose à moi alors que je vais regagner ma chambre surchauffée : une rangée de hinomaru, de grosses balles rouges sur un mince fond blanc, qui mettent leur chaleur de côté pour sombrer doucement dans la mer.

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