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Elle maniait la boite à thé comme elle maniait le crayon, et d’un trait vif déposait quelques grains de couleur dans le fond d’une théière. Puis, elle versait l’eau sans un regard pour l’aquarelle qui s’y déployait : blanc, vert, ocre. Elle n’avait pas le temps de laisser trébucher son regard : d’autres tables attendaient leur boisson, il lui fallait courir aux devants de la soif.

En un mouvement soyeux elle ajoutait théière après théière sur son bateau, formant une tapisserie de porcelaine, une mosaïque de points sur une to-do list.

La vie avançait ainsi, de thé en thé, de branche en branche, de coeur en coeur. Elle laissait les feuilles se détendre lentement puis en goutait la liqueur. Lorsque la saveur était assez éclatante, elle transvidait le liquide dans une autre théière. Et ainsi coulait le thé, comme de l’encre sur les peaux et les estomacs vierges.

Parfois, entre deux mouvements, elle s’arrêtait pour chanter une pièce de Total Life Forever de Foals. Et si elle trébuchait sur une ligne, elle reprenait ses infusions avec humilité.

 

* Texte écrit à partir de la liste de mots fournie par Roxane Gosselin : table, branche, tapisserie, courir, chanter, trébucher, soyeux, éclatant, vif. Ce faisant, j’ai copié le concept du dVerse Poets Pub de samedi dernier, qui demandait d’intégrer des mots fournis par un tiers et une référence à une pièce de musique. Done! *

Here are a few more (see yesterday’s post) micropoems (haiku… or most probably senryu) in French. Tonight, at dVerse Poets Pub, we are allowed (even encouraged!) to write in another language than English. I then decided to write in my first language, French… and added a few Japanese words to them.

(I guess I should record myself reading them out loud like… right now and join the file, so that you can at least hear the sound of them. Sorry I didn’t provide an English translation this time.)

My reading out loud (open in a new tab)

Voici :

1.
Dans la ruelle
derrière le bar
l’odeur des croissants

2.
Ce monde
toujours plus blanc
il neige

3.
Deux adolescents
se racontent
leurs voyages imaginaires

4.
Le chawan* de mes rêves
imparfait
trop cher

5.
Lecture de haiku
au salon de thé :
issa nomi**

6.
Soir de tempête
les néons du cinéma
ciel orangé

7.
Sous la lune
impossible de mentir :
je suis une femme

8.
Il y eut une neige
il y eut une pleine lune
superpositions

9.
La théière vidée
puis remplie
un autre invité

10.
Dans l’arbre gelé
les pépiements redoublent
aware ari***

11.
Gomme balloune
qui attrape la langue
couleur de pantalon

* A chawan is a bowl made especially for tea-drinking.

** Issa is/was a haiku master. His nickname literally means ‘one tea’, ‘one cup of tea’. The noun nomi means ‘drinking’.

*** Aware is a feeling of compassion, or sensitivity to the ephemeral nature of things. I thought it interesting that it writes the same as the English word aware. (Ari simply means that it’s there.)

I no longer write / long poems
Je peux pus / écrire au long

Je redouble d’intensité / je vis
I intensify / I live / I see

the open field / of my dreams
le champ s’ouvre / je rêve

de thé / et d’eau fraiche
tea flows / as fresh as water

I run / to this poem’s fall
toute bonne chute / a une fin

la mienne n’est pas / écrite
so many ends / left to write

ciel_sale

PIS UN AUTRE

mon coeur s’emballe / pour moi
and then my heart / unwraps itself

ciel_propre

PIS UN DERNIER

I thought the clouds / would fit
Suis-je trop / pour les nuages

Mon âme aujourd’hui, une feuille d’érable
tombée, certes, mais aussitôt envolée
un appétit de terre et d’air
planté sur un corps de rosée

Il y a de ces jours où le coeur
veut aller plus vite que le respir
et s’enfarge dans la feuille sur le tapis
et ébrèche le bec de sa théière

Avec l’automne mon souffle est revenu
à la base, pu-er sur feuilles
question de décanter les battements
du reste des évènements réels

Les gestes ont dû reprendre le dessus
et les autres directions, dont la grâce
d’avoir été une feuille parmi tant d’autres
et peut-être aussi le chat

Mes mots coulent d’un coup, trois doigts
d’eau au fond du bol, et frappent
les parois pour rendre vert
ce qui reviendra à mon essence

Photos instagrammées. Suivez-moi: @meme_aimee.

Ce moment où tu prends une gorgée et ne chokes pas
ton moment avec toi-même
ta feuille empruntée
ta capacité à réfléchir
les lanternes à ta surface

tu es une gorge profonde
un puits aux parois rocheuses
mousseuses
presque moelleuses
selon la saison
tu acceptes

ce moment où tu relies les couleurs entre elles
d’une coulée de bouette sous les feuilles
au bec de ta théière
tu collectionnes les tons d’orangé
et les nuages complémentaires
tu réfléchis
les sourires sur tes lèvres

tu es une langue de feu
plus ou moins vivante selon la pluie
et le vent qui t’anime
le matin ou le soir
tu acceptes

ce moment où la douleur se raccroche à toi
comme à un tronc d’arbre salvateur
tu touches du bois
sans le vouloir
tu traces sur l’écorce quelques mots
un sacre dans la terre

tu revoles

tu es aux commandes malgré le saut
de quelque chose d’intangible
ton souffle reste à la surface
des cascades
des bougies
et balaie ta tasse de thé
avant que tu ne deviennes

l’automne
et toi
dans ton corps en jeu.

*Photo instagrammée*

Comme plusieurs, j’aimerais avoir le beurre et l’argent du beurre. Ou plutôt, le gout et l’argent du beurre. Car le produit dans mon corps ne m’intéresse pas; seule la saveur m’importe.

(Mais l’odeur du beurre qui reste imprégnée tout autour de ma bouche après le blé d’Inde, je sais pas.)

Le Bi Luo Chun que je bois est tout en beurre. J’y goute les après-midis de fous rires arrosés de P’tit Beurré (en chinois, Dayulin). J’y goute aussi les deux biscuits Petit Beurre qu’on pouvait manger chez grand-maman, avec une salade de fruits en canne – et si on pognait une cerise, le jack pot!

Attendez, je pense que c’était plutôt des Social Thés. L’esprit est un serpent qui se mange la queue, pensai-je en me reversant une tasse.

Le gout du beurre : Montréal, toutes les théières vidées, les fous rires répandus, les crèmes glacées testées, les belles personnes checkées, les danses transées, les cafés-clopes pris sur le coin de la rue en se pensant (plus hot qu’) à Paris.

(Wait… did I just make this last one up? Oh well.)

L’argent du beurre : New York, la vue sur le pont Geo Washington Br, les cerisiers dans le parc, le marché aux puces hip de Brooklyn, les lucioles, toutes ces photos pas encore prises, et même du bon thé, maintenant.

New York, et toutes ses insécurités. New York qui veut apparemment que je reste, lui qui me bombarde d’Arcade Fire et de Bi Luo Chun.

New York, c’est l’argent qui brille sur la table comme un couvercle de théière qui nous renvoie notre sourire. Qui nous rappelle qu’on existe, et qu’on peut donc bouger, aussi. Explorer. Gouter.

Le gout du beurre s’altèrera peut-être un peu – surtout si on le laisse sur le comptoir – mais il restera là, un réconfort un peu tourné à laisser fondre dans sa bouche pour se donner du courage.

To my dear Arman & Mélodie

1.
Cancelled vacation waved like a form
a disease, Montréal-like vibe.

2.
His Copenhagen waved like a flag
a regret, Oslo-night colour.

3.
Their Berlin, vibrant still like a wave
regretted, cemetery days.

Poems written for FormForAll, dVerse Poets Pub. Photos taken at Camellia Sinensis teahouse, and modified with Instagram.

Bursting as birches do
I am left on my own
Moss
Out of town
Most of my life has just passed away in a bonfire

Blurrying as blushes do
I am staying here in the mess of woods
I’ll build myself a house out of
Myself
A sky so blown
As a rooftop under which I’ll carry on
Picture after picture

I guess I’ll just pour myself some tea
Under leaves and heaps
Over lush
Let me disappear in between
Branches
Let me connect until I liquefy into mud

Dust
Spread on a bark with a brush

Ash
Blent in with moist



(Reena’s whole article here)

This poem has been prompted by Reena Walkling’s picture – thanks to dVerse Poets Pub and their prompt of today.

Ceci est un poème qui n’en sera pas un qui aura un titre qui n’en sera pas un

Ainsi le thé coule le long des parois puis des mêmes parois
de la tasse
ainsi va
le train des gens qui ne vont nulle part mais ne font que
revenir
le train de ceux qui ont des titres mais qui n’en sont pas

Je suis assise à la gare celle où je connais tout le monde
qui va
ça va
et je regarde les épaules se tendre les lèvres se crisper
j’entends les pas aller venir s’égrener
le long des courbes des croupes dessinées

Le thé fait naitre chez les uns ce qu’il soulage chez les autres

Des fardeaux s’écoulent que d’autres repêchent
une ligne lancée au fond de la théière
une ligne
puis deux
j’avais commencé à tracer des pensées noires pour les autres
blanches

Et la nuit tombe déjà m’enfermant dans le carcan des respirs
celui où rien ne se passe
qui n’arrivera pas

J’étire le liquide jusqu’à ne plus m’entendre penser
la douleur
je remballe mes nerfs avant de partir les effondrer
dans une poubelle
stoïque
statique

L’électricité me meut dans la coulisse jusqu’à la tasse
jusqu’à la prochaine
gare

Ceci est un voyage qui n’en aura pas été un

Et hop! Catché le relais de lubidineuse, et caché le mot final de son pouème Tempête dans le pouème qui suit.

(Vous assistez actuellement au défi à relais institué par lubidineuse. Ce relais part dans tous les sens, donc si vous avez envie de partir avec mon ou son dernier mot vous aussi et d’en faire un pouème éclair, courez-y, et auto-promeuvez vous ici.)

Si la vie dégoutte
Un thé et je ne redoute
Que mes doutes si tendres

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