Archives des articles tagués hiver

Impro en écriture automatique ou presque. Pas d’écrit : qu’un dictaphone et une fille bored au bras dérinché.

Écoutez ici.

La nuit la plus longue sera une autre cavale de l’esprit.

L’esprit en tant qu’énergie coulant à travers les montagnes, la neige et la poudrerie, et laissant croire au spirituel parce que tant de beauté.

Tant d’arrêts du coeur. Tant de larmes figées.

L’esprit en tant qu’essence des choses, en tant que son sourdant des vibrations des côtes.

Oui, cette nuit la plus longue sera longue, parce que par la fenêtre fermée j’oserai lancer un appel, une suite de mots entrelacés en une guirlande de Noël improbable, une série de lumières clignotant au rythme des doigts sur un clavier miniature.

Par la fenêtre fermée j’oserai entendre un appel, celui du vent d’un avenir devenu proche de ma poitrine, serré comme seul un vent peut l’être.

À travers le ronronnement du lave-vaisselle et de l’actualisation des objets (sapin, odeur d’aiguilles, couette, thé vert, etc.), à travers le brouhaha de ma tête en fleur, un chant perce.

Une étoile filante vacille dans mon regard (fermé, vers l’intérieur).

Un chant perce. J’entends le soliste d’hiver. Sa voix apaise, coule autour de moi, épouse ma forme, flanellette. J’y perçois l’éraillement du voyage, mais aussi la lueur du matin qui viendra un jour, le jour.

Parce que c’est déjà le jour, et déjà plus le plus court.

Le soliste est reparti. Son écho persiste toutefois, neige après neige; le froid a figé son courant, parsemé mais parfait.

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Le premier jour de l’hiver, j’ai eu une tempête.

Quand je me suis réveillée, l’appartement était tout blanc et froid. Le bonhomme de neige à mes côtés avait été éparpillé au vent. Mon corps était sans marque, comme par magie. Mais ma tête était dans un blizzard terrible.

Je me suis levée, enroulée de flanellette, et j’ai mis mes mitaines rouges d’enfant. J’ai déterré Ce Chat, qui s’était creusé un fort sous la couette. Il y avait des glaçons de pris dans ses moustaches, mais il était intact, c’est-à-dire miaulant. Sa plainte se perdait dans le vent.

J’entendais un crépitement de radio dans mes oreilles piquantes : travail… fermé… aujourd’hui… maison… dodo. Mais mon appartement enneigé, je devais trouver mon cocon ailleurs, à l’extérieur, le temps de laisser fondre tout ça. Braver le froid qui déchire et met à nu. Perdre mes pensées une à une au rythme de mes orteils. Trouver une sorte de paix dans la grisaille miroir pour pouvoir mieux affronter le blanc perçant, ici, en dedans.

Aller voir ailleurs où je suis.

J’étais dans le bus, surchauffée. J’étais dans un café, branchée. J’étais dans une salle de spectacle, bondée de bonshommes sans neige. J’étais dans une pizzeria, cassée. J’étais sur le trottoir, errée. J’étais dans un salon de thé, noyée. J’étais dans un bar, empêtrée. J’étais dans le métro, trouvée.

Oui, j’étais là, dans le métro. C’était bien moi que tu as vue derrière la vitre plastique, celle sur laquelle j’ai cogné de ma mitaine rouge. Oui, cogner m’a réveillée. Oui, tu m’as souri, tu m’avais reconnue. Oui, je m’en allais chez moi.

La tempête s’était calmée. J’avais eu une tempête.

Je suis rentrée dans mon appartement nickel. La neige avait fondu avec le chauffage au fond. Il restait des flaques d’eau que Ce Chat léchait avec application. J’ai enlevé mon manteau et mes mitaines rouges pour poser mes doigts et mes cuisses aussi rouges dans les couvertures. Mes vêtements avaient été gris. Tout le reste de mon corps était blanc. Tout le reste de mon corps n’était pas de glace.

Le premier jour de l’hiver, il y a eu une tempête.

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Ai délaissé le blogue, trop de moments, trop de vie, peut-être. En ai capturé quelques-uns – les voici.

1.
Raquette en solo
je reprends mon souffle et vois
mes poumons dans l’arbre

(J’aurais donc dû prendre une photo de ces poumons de neige… Le lendemain, ils n’étaient évidemment plus là, emportés par le souffle de la tempête.)

2.
Dans l’instant présent
un seul battement; il n’y a
aucune arythmie possible.

3.
C’est facile, la vie :
qu’une seconde
à traverser

(N’est-ce pas?)

4.
La lune
reflet de ma beauté
satori

(d’il y a trop longtemps)

5.
Raquettes sur la neige
crissement
silence
crissement
immobilité

6.
De sous le four
deux sursauts
deux cris
la souris
bourrée d’herbe à chat

7.
Fragments de vie :
rien ne se perd,
tout s’écrit.

(Me semble que je l’avais déjà fait, celui-là. Bon, il était vrai dans ce moment-là aussi, ok?)

8.
Un jeu de Tetris
que je laisse aller :
les évènements s’empilent.

9. Ichigo, ichie :
une fraise,
une rencontre.

(Ça va du moins au plus absurde. Ou du plus au moins sain…)

chouette_lune

Je m’incline sous les charges de travail et décline la fatigue sous toutes ses inflexions.

- Sous mes yeux, des demi-cercles dont les pointes tendent vers le haut, certes, mais qui au fond me creusent et m’évident. Des sourires qui m’évitent… ou plutôt, que j’évite.

- Sous mes cernes, des joues qui se serrent, des dents qui compriment de l’air au rythme des allées… et des allées. Les venues n’en sont que trop courtes.

- Sous mes joues, un cou penché vers l’avant (la fin de semaine) ou vers l’arrière (la fin de semaine) dans une rotation sans fin. Le poids et les craquements, l’éclatement.

- Sous mon cou, des épaules qui se tendent pour le saut, comme si le coeur allait exploser et qu’il fallait s’y tenir préparée. En flottement, l’indifférence.

- Sous mes épaules, une poitrine serrée de caféine et de manque de, puis une poitrine desserrée par le flot – le flux – le chosy chose là. Du mouvement perpétuel.

- Sous ma poitrine, un ventre qui a peur – de lui, de moi, des autres ventres. Des cris. Du prix des choses. Des choses de la vie.

- Sous mon ventre, le rejet de la journée de la femme.

- Sous le rejet, il y a moi. Il y a l’amour tapi qui se manifeste dès qu’il peut, dès que mes yeux sont ouverts. Il y a le sol aussi, et mon chat qui s’y tient à coeur de jour. Il y a des morceaux de coeur que je balaie le matin avec la litière. Il y a tout un réveil à construire.

Je me lève. Bon matin.

Bursting as birches do
I am left on my own
Moss
Out of town
Most of my life has just passed away in a bonfire

Blurrying as blushes do
I am staying here in the mess of woods
I’ll build myself a house out of
Myself
A sky so blown
As a rooftop under which I’ll carry on
Picture after picture

I guess I’ll just pour myself some tea
Under leaves and heaps
Over lush
Let me disappear in between
Branches
Let me connect until I liquefy into mud

Dust
Spread on a bark with a brush

Ash
Blent in with moist



(Reena’s whole article here)

This poem has been prompted by Reena Walkling’s picture – thanks to dVerse Poets Pub and their prompt of today.

Elle avait envie de retrouver, au fond d’elle-même, cette intuition qu’elle avait bourrée de soucis futiles et de vaines litanies. Elle tentait d’écrire pour poser les mots quelque part, pour faire passer son stress le long de son bras jusque sur quelque chose qui ne lui appartenait pas – du moins, au départ.

Elle ne cherchait pas à se remplir mais à se vider, à dégoutter – la plénitude ce n’était pas pour elle, la plénitude c’était un subterfuge pour les imbus.

Elle n’aimait pas la buée.

Elle voulait que ne subsiste que ce lien à la fois ténu et fort qui existait entre les gens, qui les tenait ensemble à la surface. Elle voulait que son regard soit nappé de blanc comme la ville qui gisait devant elle – une série de réflexions sur la neige – car "vivre en ville est un hiver permanent", disait Claude Chambard. Tant mieux; elle aimait l’hiver.

Elle sentait les moments forts venir, lorsqu’elle se maintenait juste à la frontière de l’aveuglement. L’urgence de dire "Je t’aime" à sa façon l’avait presque étranglée, parfois. L’urgence de dire "Je ne t’aime plus", d’autres fois.

Elle veut ne rien regretter. En fait, elle ne veut pas ne pas; elle veut. Elle veut tout embrasser – surtout les gens. Les vapeurs noires qu’elle laisse s’échapper chaque jour en elle ne lui disent plus rien – que des conneries.

Les vapeurs font fondre la neige, montent en murs de buée. Murs qu’elle nappera de blanc dans sa folie glacée.

Winter has started at last, and so has my life, or so it seems.

November had stretched and stretched for too long – hibernation had to end. And the child heart had to come back – the one that’s pushing colleagues in the snow, jumping over snow benches, not caring about borrowing phrases from one language to another, not caring about anything at all, in a way.

The weight of the snow is slowing me down when I’m walking, leaving me more time for a few reflections. A few dances, too, hidden under pretended slips on the coat of ice.

Winter has reminded me that I was happy. Winter has reminded me that I could choose my happiness. That I had to choose it, somehow.

What does that mean? I need to say yes to what makes my heart pump. I know I need both extremes to live; I’d already come to that conclusion earlier. Today, it meant dream through two extra hours of sleep – sip through a latte made by loving hands – stumble upon great poetry I don’t understand and love the fact that I don’t understand it – and later, go dancing in the snow, under starry and city lights.

But I’m not only saying yes to the weekends. I say yes to the purpose I’ve had for a year full-time now: My job as a French teacher, and the numerous connections revolving around it. My life is not about looking perfectly white and brilliant in front of a blackboard; It’s about giving whatever I have – knowledge, patience, empathy, encouragement – to students and see them move forward. (Even see them cut through a snow bench sometimes.)

Thanks to Sui Solitaire and her book the thing about thin for that smooth reminder. (A book review coming up on this blog!)

It may all be about jumping out from oneself and see things differently. For my part, I’ll step into the snow, where the cold bites… and brings back to life.

Maybe I was just meant to make angels. I’ll make mine, and then help a couple angels make themselves.

Let’s help each other, OK?

Vous attendiez du frais, vous en aurez, même s’il ne sera malgré tout que du réchauffé. J’ai décidé de recycler mon article le plus populaire, celui sur lequel tombent tous les infortunés qui googlent "noel hemisphere sud", à la recherche d’information véridique : voici.

Je l’actualiserai tellement que vous n’y verrez que du feu. Sérieux, vous aimerez, tout comme moi, faire un retour dans le temps pour voir où était cet avant-Noël passé.

Go.

Sérieux, on s’y croirait, dans l’hémisphère Nord. Une promenade de magasin en magasin sur les plateaux sous le soleil pétillant, et me voilà bien gelée. Charriée. Puis, finalement, dans un autre port.

(Je sais que ça ne fait pas très sérieux de commencer un article par “Sérieux…” Les probabilités que le mot suivant soit “doude” sont élevées. Mais ne vous inquiétez pas, je ne suis toujours pas rendue là. Enfin presque.)

Une semaine avant Noël 2011 à Montréal : -15 degrés sous le soleil ; une visite de 25 boutiques dont le Mondou (le chat au ventre en l’air, souvent ronronnant, si accueillant à l’entrée de mes bottes renversées, est désireux de se faire faire un cadeau) ; deux lattés dans une boulangerie avec vue sur un tas d’îlots de cuisine industrielle et de robots nippons ; un déambulage à pas de chats dans la ruelle glacée et un captage de bas à l’appareil iPhoto ; une erreur de jour qui me fait croire trop tard que nous sommes samedi alors que c’est dimanche ; un souper de pizzas réchauffées (boulange chaude pour mon estomac) et de gâteau pas gouté ; une radio sur le divan comme une île dans une mer froide ; une révélation.

Oui oui, j’ai bien dit une révélation. J’ai compris ce qui m’anime, ce qui fait ma particularité, ce qui pourrait être mon middle nom si la loi le permettait : Dimanches. Avec un D majuscule. Hé oui, je suis une profiteuse pur-sang. Mes dimanches préférés ne sont qu’une accumulation de courts moments, de prises de conscience inespérées, de tweets isolés, de trouvailles improbables, de tasses de plaisir. Pour moi, attendre le dimanche est difficile ; je commence immanquablement à imaginer un ou deux détails que j’ai glanés dans un des dimanches précédents et qui, pour moi du moins, suffisent à rendre à l’attente de la beauté toute son importance.

Cette révélation m’est venue alors que je prenais une photo de trois bas. En fait, je cadrais les bas en plein centre, et ces seuls bas évoquaient le plaisir simple de Noël. La lumière aussi. Parce que cette charmante mise en scène de trois bas rouges suspendus à une corde à linge suffisait sans doute à donner à une poignée de grands enfants ronds des expressions faciales étonnamment simplistes.

Cette révélation s’étire, reste dans mon esprit sous la forme d’un rayon de chaleur que j’aimerais qu’il s’éternise jusqu’à minuit. Elle me fournit le fil conducteur de bien des écrits.

Une image s’impose à moi alors que je vais regagner ma chambre froide : une rangée de verres de vin, de gros ballons rouges sur un fond sombre, qui garderont leur chaleur jusqu’à ce qu’ils fassent doucement sombrer les grands enfants dans le rêve du prochain dimanche.

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