Archives de la catégorie Français

ça prend une mer de monde
pour élever un enfant
et un estuaire de savoirs
pour qu’il puisse en repêcher
tous les noms

tout ça pour ça
aptement nommer
ses cellules
jusqu’à la fin

ce qui se construit de neuf
se creuse
entonnoir cerné
à lunettes

il réalise qu’il est autant la femme
que l’homme, autant
le nom de ses amis que celui
qu’il porte, autant

d’arbres en dimensions
multiples accrocs aux habits
de celles des arbres environnants
les filets s’enchevêtrent
les oiseaux veulent remonter

tout ça pour être
pas plus unique
un oiseau étouffé
tombé pas loin

le cri des cellules
est un écho
de pages graissées
par des étrangers

tout ça pour ça
cesser de driller
sa tête un instant
sortir dans l’histoire

20140725-142329-51809713.jpg
Photo : Street art par Roc514 dans le Vieux Montréal

un coin de terre du bas-saint-laurent logé au coeur de la main droite
ma ligne de vie pointe et pique
les racines à l’air
sombre des ancêtres
je surnage sur le cul en plein bois glauque lichen
main dans la main dans un plaster
je suis infiniment plus bien que je pensais ici
mais en même temps moins bien que je le laissais croire

les phoques ne se seront pas pointés pour me saluer
seul un faon égaré reviendra nous voir
une langue de sable
pour les animaux marins
je compte les goélands les cris de frédéric par jour
retour dans le sentier du retour
ce n’est pas moi qui passe le plus aperçu ici
mais je ne suis pas non plus la meilleure camoufleuse

une volée de cartes à la main les meilleures de la table
je tire je pointe le coeur à l’air
les ongles plus jamais impec
une fois attelés
je ne sais plus qui gagne je suis dans le vin ou dans le flow
impossible à vérifier l’impossible
j’ai déjà plus de blessures qu’en arrivant
mais je m’en fous plus que je ne le laisse voir

certaines choses comme chez nous tes yeux denses ma blouse de cerfs
une rose des thés à la main
les pétales en couronne
de crevettes rose bonbon
d’autres comme chez moi avant que je me refasse
la peur en surplus de la peur
mais il m’aura fallu l’éloignement pour qu’enfin je
trouve comment me fondre dans le paysage.

20140706-232922-84562851.jpg

temps, autres moeurs
comme entrée en matière
papier plastique ampoules
et vitamine E en couches blanches sur
les bobos de deux semaines, un mois
traces de journaux intimes
indélébiles dans le recyclage

tu penses que tu as assez déchiré
de mots en leur plein coeur
mais tu continues à rapetisser
tout sauf les muscles de tes épaules
taillés exprès sur le bottin
le fond de tes armoires blanc
comme une camisole au vent

comme un de ces journaux que tu n’as pas su
meurtrir avant de redonner piteux
neufs après cinq déménagements
tu as de l’expérience vois-tu
en ramassis en classage poubelle
ou recyclage recycler c’est poser
un geste ça tu le sais bien

toujours trois sacs par semaine ça
parait pas les trous dans les meubles
tu ronges ta vie de papier tu fais
du vide pour une autre après
ventilo courir après des parallélogrammes
cartonnés surlignés jaune rouge
mottes de poils ça ça se recycle pas

les deux mains dans le vide
tu te demandes pourquoi ne pas
avoir retourné tes armoires
direct dans le sac blanc
fouillé dans la transparence
pêché le compte d’hydro impayé
à la pince à épiler

l’épuration totale mardi matin
sortie complète des matières
enterrables sans remords
papier plastique verre
appareils en fouillis sur les bras

ton casse-tête 2005-2010 pièces
dans les mains d’un badaud peut-être
épuré

20140615-210342-75822080.jpg

20140601-183854-67134926.jpg

je suis la fille aux animaux. je porte sur les pointes du cou
des cerfs brodés et sur les seins
je porte le cri
de la souris qui monte
sur deux orteils aux toilettes
parfois je porte l’absence
de cri du jaseur d’Amérique
mort pour rien au bout des pieds
dans la ruelle trop sale pour son plumage pâle.

je suis celle qui accorde son ramage
à celui de ses hôtes, celle qui
échappe ses histoires en ouvrant trop
le bec, les pupilles radar qui se posent
sur les animaux sacs de billes -
casques de poil
morts, éléphants dans jardin zen -
et peaux tracées sur murs -
chats de rue, oiseaux
listen!
aux pieds levés
hors de leur tourtière.

je suis la femme aux chats crailleurs
et au corbeau botté Converse
je porte au ventre les dents
d’une panthère noire
de monde, les plumes d’un lion
à la griffe véloce, la douceur des peaux
de renard arctique et des fesses
de rat, les bois de cerf
in fur wrapped
et confettis début 80

quand je n’étais pas encore née
humaine.

20140601-183815-67095621.jpg

20140601-183816-67096335.jpg

une série de haïkus dont plusieurs ont été publiés aujourd’hui sur Twitter (@meme_aimee)

1.
vacances
je prends 15 livres
à la bibliothèque

2.
vacances :
va donc jouer dehors!
j’apporte un livre.

3.
vacances
je me brule
les rétines sur les pages

4.
vacances
le ventilateur tourne
les pages trop vite

5.
vacances
quelle chaleur
dans nos cartes postales

6.
vacances
les pieds sur le sable
les yeux dans l’eau

7.
1er juillet
des boites et des boites
de livres à lire

8.
1er juillet
je déménage
mes poèmes sur papier

9.
1er juillet
je lègue un mur mauve
à la postérité

10.
1er juillet
visité l’appartement
et la bibliothèque

*** (Ah, et j’ai aussi mis un petit texte, écrit il y a quelques jours dans le bus, sur mon tumblr.) ***

le jour se déploie comme un ruban lent
tenu par une gymnaste aux bras ballants
en vain j’attends qu’il claque drapeau fier
mais ce monde est résolu à demeurer lent

même le soleil ballon en suspens dans l’air
le temps file mais les objets n’en ont pas l’air
peut-être comme le vin ne s’agite qu’à l’intérieur
mes pensées ne créent nul bouillon dans l’air

je lis un vers en monte le parfum d’une fleur
plus je vieillis plus je m’émeus des fleurs
quand le jour n’offre rien de grand à voir
je sens la beauté de ce qui vit puis meurt

la gymnaste laissera tomber son ruban au soir
elle ira vivre portes closes comme tous le soir
je boirai un verre pour faire tourner le monde
car rien de plus immobile que la nuit noire

je cherche un rythme qui pulse les secondes
du vide de la nuit je crée mon propre monde
où de ma coupe de vin en fleurs s’élèvent
en rubans toutes les effluves du monde

coupe tiens bon jusqu’à ce que le jour se lève
dans les vapeurs de vin que des bras s’élèvent
qu’ils tiennent en l’air sans tremblement
un ballon rouge rubis en bons élèves

*** Je viens de lire Rubayat d’Omar Khayam (trad. Armand Robin chez Gallimard) et j’ai eu envie d’écrire des quatrains perses moi aussi.***

Une autre de ces journées qui durent des journées. Une autre.

Puis une autre de ces nuits qui ne sont pas vraiment des nuits, nuits écourtées qui craignent les douches froides.

Ça sent la nuit de redondance, de récursivité presque. Pourtant l’appli météo dit que c’en est une d’étoiles filantes.

Woodkid, lui, dit que c’est une nuit de conquête d’espaces. Passés, présents, futurs, entremêlés, trop forts dans les oreilles, tout ça.

Une nuit de conquête de clubs vidéo par l’autre bord, celui qui n’existait pas avant, le seul qui existe maintenant.

Une nuit de film à rapporter vite mais seulement pour ce soir, seulement pour ce soir.

Une nuit de rattrapage de bus en un jet de lettre d’amour pas trop tard. Un sourire du chauffeur parce qu’on souriait pas pour lui.

Une nuit de râpage d’étoiles pour en garder plus longtemps les traces sur les doigts. Une nuit de gout de patate douce.

Une nuit de demi-lune, de demi-portion, de double chat. Une nuit de mars et vénus félins, une nuit de même affaire.

C’est aussi une nuit de restes
de mains de coudes de viande
de touchers à distance
d’une fourchette
un peu sale

Une nuit de recyclage de chemins et de bourrage de vieux reflets de lune dans des sacs bleu nuit.

Puis un matin vient, et on y survit en rêvant d’une nuit dans une autre nuit.

*** Rédigé à partir de tweets publiés le 9 avril 2014 et modifiés ***

parce qu’il ne se passe rien.

je suis l’une des seules vivantes ici la musique est encore matérielle
j’assiste au test de projecteurs-marées comme celles que tu jettes dans mon corps
il est sept heures, le bar n’a pas vu la lumière du jour depuis longtemps
et les spectateurs sont trop visibles, trop individuels encore
ils ne boivent pas, ils sont bus par leurs écrans dévastateurs
outils à poésie ou autres
deux gars replacent leur mèche en popping dans le vide
une femme en sac à dos à pois est trop fan
de rien, pour l’instant
et je me dissimule derrière une paroi de façon à n’être pas vue du bar
je pense à toi et aux endroits où tu repasses sans mitaine rouge à tenir
et je vis dans mon monde-colonne comme celui des autres
contre celui des absents
la poubelle est dans mon champ de vision, étrange
car pourquoi aurais-je un champ de vision ici
et même d’espace pour me casser les cheveux une cent-trentième fois aujourd’hui

j’aligne des images de Peter Doig dans l’espace béton
celui-là c’est l’homme penché à la piscine, mais noir et vêtu
et ce couple discute du jeu de couleurs rectangulaires en renversant sa bière
sur ses chaussures de musée

stag.
nation des hommes
silence
et projecteur sur un peu de fumée blanche, c’est tout

adonis.
ça y est, tu y es
tandis que mes pieds ne font pas mieux que des ombres chinoises
d’acouphènes à la sauce de poisson
de clamato au navet mariné
de wulong vieilli à l’aurevoir pétrole
doux

j’ai une journée dans le corps
et l’envie infinie de danser contre les murs
j’ai l’estomac qui a envie de résonner de beats fauves
et le coeur qui touche tout depuis deux semaines

plus les gens entrent plus je suis seule
plus je suis bien
les colonnes enflent et restent hermétiques
comme seuls les seuls savent le faire
la marée de voyants ne monte plus le niveau est atteint
ça y est.
tu y es
j’y suis.

Le coeur à ciel ouvert.
Le coeur, ce malaise incessant.

Le coeur, cause à la fois de cet étranglement et de ma vie.
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui bat deux tempos différents. Le coeur pluriel.
Le coeur, (le coeur), …, le c-c-coeur, (le coeur).
Le coeur et sa demi-pilule rose quotidienne.

Le coeur, as-tu aimé?
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui brise par en-dedans. Les éclats des côtes qui encaissent.

Le coeur et sa nausée. Le coeur et ses lèvres.
Le coeur qui tire jusque dans le bas du dos.
Le coeur, raison et victime des élans catastrophiques.

Le coeur sous la main.
Le coeur qui survit comme un grand.
Le coeur qui passe à travers le corps.

Le coeur en fumée.

20140309-173544.jpg

Ce poème est un ramassis (augmenté) de tweets sur le coeur, composés une nuit de mal de coeur, entre le 7 et le 8 mars 2014.

on fly
au sommet de Montréal
en bus bardé
de pub qui blesse les yeux

je ride un seul pied
à terre
toujours à moitié su’l’brake
— shake me

Montréal. ma couleur
"regardes-y le smug de béton
à la madame"
belle et brune

on vole
et revole sur ses courbes cassées,
dos encore au lit
et yeux couleurs de nuits

sur Saint-Laurent.
toujours ciel et terre
de la même estie de teinte
un homme étalé entre les deux

on touche
deux extrémités d’ile mais
ça connecte pas
le bus est vide

d’essence. cheap
parfum de coconut
bonne couleur, baby,
but now bum it back

– your back to me
on fly
chacun dans l’moment

puis on vire.

20140225-120227.jpg

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 1 516 autres abonnés