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Une autre de ces journées qui durent des journées. Une autre.

Puis une autre de ces nuits qui ne sont pas vraiment des nuits, nuits écourtées qui craignent les douches froides.

Ça sent la nuit de redondance, de récursivité presque. Pourtant l’appli météo dit que c’en est une d’étoiles filantes.

Woodkid, lui, dit que c’est une nuit de conquête d’espaces. Passés, présents, futurs, entremêlés, trop forts dans les oreilles, tout ça.

Une nuit de conquête de clubs vidéo par l’autre bord, celui qui n’existait pas avant, le seul qui existe maintenant.

Une nuit de film à rapporter vite mais seulement pour ce soir, seulement pour ce soir.

Une nuit de rattrapage de bus en un jet de lettre d’amour pas trop tard. Un sourire du chauffeur parce qu’on souriait pas pour lui.

Une nuit de râpage d’étoiles pour en garder plus longtemps les traces sur les doigts. Une nuit de gout de patate douce.

Une nuit de demi-lune, de demi-portion, de double chat. Une nuit de mars et vénus félins, une nuit de même affaire.

C’est aussi une nuit de restes
de mains de coudes de viande
de touchers à distance
d’une fourchette
un peu sale

Une nuit de recyclage de chemins et de bourrage de vieux reflets de lune dans des sacs bleu nuit.

Puis un matin vient, et on y survit en rêvant d’une nuit dans une autre nuit.

*** Rédigé à partir de tweets publiés le 9 avril 2014 et modifiés ***

parce qu’il ne se passe rien.

je suis l’une des seules vivantes ici la musique est encore matérielle
j’assiste au test de projecteurs-marées comme celles que tu jettes dans mon corps
il est sept heures, le bar n’a pas vu la lumière du jour depuis longtemps
et les spectateurs sont trop visibles, trop individuels encore
ils ne boivent pas, ils sont bus par leurs écrans dévastateurs
outils à poésie ou autres
deux gars replacent leur mèche en popping dans le vide
une femme en sac à dos à pois est trop fan
de rien, pour l’instant
et je me dissimule derrière une paroi de façon à n’être pas vue du bar
je pense à toi et aux endroits où tu repasses sans mitaine rouge à tenir
et je vis dans mon monde-colonne comme celui des autres
contre celui des absents
la poubelle est dans mon champ de vision, étrange
car pourquoi aurais-je un champ de vision ici
et même d’espace pour me casser les cheveux une cent-trentième fois aujourd’hui

j’aligne des images de Peter Doig dans l’espace béton
celui-là c’est l’homme penché à la piscine, mais noir et vêtu
et ce couple discute du jeu de couleurs rectangulaires en renversant sa bière
sur ses chaussures de musée

stag.
nation des hommes
silence
et projecteur sur un peu de fumée blanche, c’est tout

adonis.
ça y est, tu y es
tandis que mes pieds ne font pas mieux que des ombres chinoises
d’acouphènes à la sauce de poisson
de clamato au navet mariné
de wulong vieilli à l’aurevoir pétrole
doux

j’ai une journée dans le corps
et l’envie infinie de danser contre les murs
j’ai l’estomac qui a envie de résonner de beats fauves
et le coeur qui touche tout depuis deux semaines

plus les gens entrent plus je suis seule
plus je suis bien
les colonnes enflent et restent hermétiques
comme seuls les seuls savent le faire
la marée de voyants ne monte plus le niveau est atteint
ça y est.
tu y es
j’y suis.

Le coeur à ciel ouvert.
Le coeur, ce malaise incessant.

Le coeur, cause à la fois de cet étranglement et de ma vie.
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui bat deux tempos différents. Le coeur pluriel.
Le coeur, (le coeur), …, le c-c-coeur, (le coeur).
Le coeur et sa demi-pilule rose quotidienne.

Le coeur, as-tu aimé?
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui brise par en-dedans. Les éclats des côtes qui encaissent.

Le coeur et sa nausée. Le coeur et ses lèvres.
Le coeur qui tire jusque dans le bas du dos.
Le coeur, raison et victime des élans catastrophiques.

Le coeur sous la main.
Le coeur qui survit comme un grand.
Le coeur qui passe à travers le corps.

Le coeur en fumée.

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Ce poème est un ramassis (augmenté) de tweets sur le coeur, composés une nuit de mal de coeur, entre le 7 et le 8 mars 2014.

on fly
au sommet de Montréal
en bus bardé
de pub qui blesse les yeux

je ride un seul pied
à terre
toujours à moitié su’l’brake
– shake me

Montréal. ma couleur
"regardes-y le smug de béton
à la madame"
belle et brune

on vole
et revole sur ses courbes cassées,
dos encore au lit
et yeux couleurs de nuits

sur Saint-Laurent.
toujours ciel et terre
de la même estie de teinte
un homme étalé entre les deux

on touche
deux extrémités d’ile mais
ça connecte pas
le bus est vide

d’essence. cheap
parfum de coconut
bonne couleur, baby,
but now bum it back

– your back to me
on fly
chacun dans l’moment

puis on vire.

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Qu’est-ce qu’y m’a fait, au fait? Y a rien fait. Pis c’est dans ce rien-là que je me suis perdue.
- Suzanne, dans Le Météore, de François Delisle

***

entre mes deux yeux
ce beau rien plat,
la base du nez où reposent
les rêves de tombée
dans le vide du matelas —

ça glisse.
que le dos d’un canard
serait doux à flatter
mouillé et bleu
comme le poil d’une loutre

studieuse.
c’est là mon totem
et mon fardeau,
lourdeur du bois
qui encercle mon regard
et mes yeux noirs

si
seulement ma douceur de chat
pouvait être partagée
flanellette pour trois
soirs en ligne –

en attendant rien
ne passe(nt)
que des rêves massues
où je mets le feu avec douceur
et me réveille trempée
de sucre tendresse -

je reviens
adolescente, réussie
seule et vide et
épuisée, un bouton de rose
sec
dans une feuille de papier

je bois.
mes verres filtrent
le monde en bleu,
et le temps d’une hibernation
les hommes deviennent
des poupées en carton.

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Impro en écriture automatique ou presque. Pas d’écrit : qu’un dictaphone et une fille bored au bras dérinché.

Écoutez ici.

Ou sagesses ancestrales pour le gouter, placées simplement en ordre croissant.

1. "Tirer ou pointer la folie qu’elle revient au dalot. – Proverbe pétanque"

2. "Définition de la factorisation : processus par lequel on décompose toute en deux choses qui se reproduisent."

3. "Patate, banane ou madade : même combat syllabique."

4. "L’élégance (interminable) (de l’effeuilleuse) du rhododendron : je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, comme pas pantoute finalement, etc., etc."

5. "Bouillon de cinq-épices pour l’âme du sapeur."

Cet exercice d’écriture absolument peu sapide a été réalisé grâce aux gens et aux livres qui m’ont donné à intégrer les mots suivants : patate, banane, pétanque, biscuit, simplement, toute, comme, élégance, définition, gouter, bouillon, folie, rhododendron, factorisation.

Ceux qui me connaissent bien ou me suivent de près savent que mon été dernier a été marqué par un voyage en Europe, le voyage de ma vie, puis-je affirmer. Parce que commencer une nouvelle année n’aurait pas de sens pour moi si je ne revenais pas sur les évènements qui ont formé celle qui vient de finir, j’avais envie ce soir de me replonger dans mes carnets de voyage et de vous en livrer des extraits décontextualisés. Peut-être que mes lectures constantes et mes tirages de citations n’y sont pas étrangers.

27 juin, 22 h 46, train Köln-Dortmund
"La vie me montre qu’il n’y a pas qu’un chemin pour aller quelque part – et il y en a plus encore quand on n’a pas de destination précise."

30 juin, 15 h 36, Tisnov, Café Siesta
"Regretter a le gout du Fernet. Se brosser les dents avant et après les repas n’y changera rien.
Je dois m’acheter une bouteille de Fernet avant de quitter la Tchéquie.
Mais regretter a aussi un gout de Bryan Adams ou de Police. Juste un peu, c’est toujours mieux."

3 juillet, 18 h 43, Brno, rue Cejl
"Je suis là, en Tchéquie, pimpante dans le danger sans nom, sans odeur. Sans regard, surtout; [ceux qu'on appelle] les Roms sont évitants [dans cette rue].
Je prends le thé, la tête me fait mal à la base du nez, il ne m’arrivera rien."

4 juillet, 15 h 39, Brno, salon de thé Chajovna
"La gorge me pique; je bois pour me protéger, comme toujours. Dans ma vie, le thé est une certitude."

7 juillet, 18 h 56, Budapest, bains Szechenyi
"Je suis heureuse de retourner entre deux mondes, la nuit, là où personne n’appartient. Je me laisserai bercer et rêverai que mon train est poussé sur les rails, dévale une pente et explose dans mon sommeil."

8 juillet, 21 h 21, Prague
"Sortir seule, quand y a pas de chaises devant le bar, c’est dur. Surtout quand t’as tendance à répondre aux regards par un reniflement ou un geste inutile, comme tasser une paille de quelques millimètres."

14 juillet, 3 h 30, Paris
"Putain, j’suis trop fière d’être française."

16 juillet, 20 h 44, Paris
"À quoi ça sert de revenir sur ses vieilles traces? À rien. Mais il fallait revenir pour le savoir. [Et] tout sauf marcher directement dessus, dans le même ordre. Faire les choses différemment, à tout prix. S’étourdir pour ne plus l’être, étourdie.
Ou bien l’être et puis fuck, hein."

18 juillet, 6 h 28, avion Smartwings, CDG
"L’aventure encore. Je me sens vivante. […] Même si je ne sais pas ce qui va arriver. Parce que je ne sais surtout pas ce qui va arriver."

22 juillet, 21 h 1, un quai, Paris
"Le saut dans le vide comme hygiène de vie."
//
"C’est facile de toucher au bonheur, un verre de vin dans le nez."

25 juillet, 18 h 59, Barcelone, bar à vin Monvinic
"[N]otes empyreumatiques, vous me frappez toujours quand je ne m’y attends pas, comme un soleil catalan fait suer toute l’eau d’un corps. […] Le caoutchouc dans toute sa sensualité."

26 juillet, 10 h 43, Barcelona-Sants, train
"[Q]uand on part, on a le meilleur des deux mondes, on ne manque rien : ni la nouveauté et l’excitation de la découverte, bien sûr, ni le train-train à l’endroit qu’on a quitté… parce que lui, il se rattrape facilement. À moins d’être partie vraiment longtemps."

29 juillet, 9 h 14, train Madrid-Puerta de Atoche / Barcelona-Sants
"[R]etourner a toujours un gout de facilité, un gout de tapas & pintxos avec un brin trop de mayo."

29 juillet, 20 h 2, Barcelone, bar à vins Monvinic
"Mon vin sent le coco (celui [que Ramiro] m’a suggéré et versé un peu plus que). L’autre était un concert en bouche, un truc classique dont je ne comprends pas la mélodie. J’ai besoin des noms."

Puis plus rien d’intéressant. Ou de partageable. Sauf peut-être un fond de verre de vin.

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(Carnet sur la photo : par Mélodie Vachon-Boucher, alias Cheval-Marcel)

Nouvelle année, nouveaux problèmes à résoudre en un tas de mouvements (plus de trois). Rien de grave : que des chiffres, pas de grands nombres. Du concret, de l’uni, des pierres retournées une à la fois.

Go.

2. En 1996, un conteneur arrimé faiblement au toit d’une Dodge Caravan blanche a lâché les amarres sur la 132 près de Cacouna et a rebondi 5 fois sur l’asphalte avant que le père de famille ne gare la van sur le côté, en descende et aille ramasser ledit conteneur en fulminant. Il attacha celui-ci à un poteau en se promettant de le ramasser à son retour, ce qu’il ne put pas faire puisque les gars de la voirie furent plus vites que lui (oui, vites l’adjectif, quins) : 32 minutes au lieu de 3 jours. L’asphalte a depuis été refaite 2 fois, dont une fois par pe beau-frère d’un de ces gars de la voirie, Gilbert Duguay. Si l’asphalte n’avait pas été arrachée puis reposée, a) qui serait Gilbert Duguay : le gars de la voirie ou son beau-frère? b) combien de fois Même aurait-elle pu passer sur cette trace pendant son aller-retour Montréal-Rimouski, en supposant qu’elle n’est pas sortie du tout de la maison lors de son séjour?

0. Le soir du 30 décembre, une famille un peu élargie fit une fondue chinoise à l’aide de bouillon Canton pour la sans-gluten, de propane et de jeux questionnaires pour réchauffer l’atmosphère. Deux cousines et une tante portaient chacune une couleur primaire sur elle. Les deux plus éloignées de la famille éloignée ont mangé deux assiettes de viande, puis elles ont fait bouillir le reste pour un sandwich ou un sauté chinois, de sorte qu’il ne restait plus de viande rouge – seulement un chandail.

1. Sous le sapin, entre les tas de cadeaux et les boutiques anglaises engluées dans la fausse neige en mousse trônait une crèche en bois, construite par l’oncle ébéniste (le même qui a construit la moitié de la maison). Dans cette crèche (ou à côté) figuraient des bonhommes démesurés, ceux de la Nativité. Tous regardaient avec amour et miséricorde un trou au centre, là où le berceau du petit n’était pas, puisqu’il était caché sous le divan quelques pieds plus loin, à la demande du jeune vénézuelien ayant habité cette maison dix ans auparavant. Cela aura pris une décennie à la famille pour arrêter de s’entêter que le petit Jésus était né avant le 25 décembre. Sachant cela, combien de Vénézueliens y a-t-il dans cette histoire?

4. Deux filles et leur mère faisaient les desserts pour le réveillon par un bel après-midi froid du 24 décembre. La mère avait retapé les recettes tachées de sa propre mère dans Word et les avait imprimées, pas toujours une par feuille. Une fille n’osait plus licher la cuillère de bois à cause du Crisco, l’autre mesurait puis échappait une bonne part de chaque ingrédient sur le sol, dont beaucoup de cacao sur la céramique blanche. Elles firent des recettes traditionnelles : dominos (aussi appelés "nanaïmos" par les gens qui n’en ont jamais vus au large), rouleaux de chocolat Baker’s et de guimauves pastel, macarons-pas-fancés (les tas à la noix de coco et au chocolat), gâteau froid aux biscuits Village et café instant. À la demande répétée d’une soeur, elles préparèrent aussi des biscuits au beurre de pinne, suivant pour ce faire la recette imprimée sur le pot de beurre léger, "parce que hein". Considérant qu’au réveillon, le père et une amie se joindront à elles et qu’une soeur ira se coucher sans manger de dessert, a) dans quelle région du Québec habite la famille? b) pourquoi manque-t-il une soeur pour le réveillon? c) qui a installé le logiciel Word sur l’ancien ordinateur de la maison, un Pentium 486? d) combien de personnes ont gouté à l’un ou l’autre de ces fabuleux desserts de Noël ce soir-là, sachant qu’il n’y a pas eu la visite d’un voleur?

Solution :
"Toutte est dans toutte" qui est dans toutte.

Bonne fin d’année 2013 et bon début de 2014. Je vous souhaite une année de folie et de niaiseries. Trempées dans le chocolat Baker’s fondu.

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La nuit la plus longue sera une autre cavale de l’esprit.

L’esprit en tant qu’énergie coulant à travers les montagnes, la neige et la poudrerie, et laissant croire au spirituel parce que tant de beauté.

Tant d’arrêts du coeur. Tant de larmes figées.

L’esprit en tant qu’essence des choses, en tant que son sourdant des vibrations des côtes.

Oui, cette nuit la plus longue sera longue, parce que par la fenêtre fermée j’oserai lancer un appel, une suite de mots entrelacés en une guirlande de Noël improbable, une série de lumières clignotant au rythme des doigts sur un clavier miniature.

Par la fenêtre fermée j’oserai entendre un appel, celui du vent d’un avenir devenu proche de ma poitrine, serré comme seul un vent peut l’être.

À travers le ronronnement du lave-vaisselle et de l’actualisation des objets (sapin, odeur d’aiguilles, couette, thé vert, etc.), à travers le brouhaha de ma tête en fleur, un chant perce.

Une étoile filante vacille dans mon regard (fermé, vers l’intérieur).

Un chant perce. J’entends le soliste d’hiver. Sa voix apaise, coule autour de moi, épouse ma forme, flanellette. J’y perçois l’éraillement du voyage, mais aussi la lueur du matin qui viendra un jour, le jour.

Parce que c’est déjà le jour, et déjà plus le plus court.

Le soliste est reparti. Son écho persiste toutefois, neige après neige; le froid a figé son courant, parsemé mais parfait.

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