Archives de la catégorie Français

Un eye-contact à la bibliothèque
un peu trop long pour être vrai
et déjà tu rêves de pirates et de singes au gros postérieur rouge

Son corps sent le vieux papier poussiéreux
c’est sûr
les livres qu’il laisse
un muséum nature de sa vie
et de celle que vous aurez
à vous faire la lecture

Pour l’instant
des centres de la terre, des lieux sous les mers
où le retrouver
et d’étranges marques de doigts en trois rangées
dans la fenêtre
ces signes qu’il laisse
un dossier policier de sa vie
et de celle que tu auras
à le traquer
des cernes gras, des majeurs il semble

Pour qu’il te trouve
tu y ajoutes des tiennes
une par rangée
et l’observes le lendemain
ouvrir son livre, compter, feuilletter, recompter, refeuilletter, refermer son livre
quitter

Tu as voulu aller trop vite
son livre ne va pas jusqu’à la page 384.

Session d’écriture avec contraintes, avec étudiants contraints. Résultats wow, peut-être en raison du relâchement de la pression de la session.

(Sérieux, il faut aller les suivre sur Twitter, @PoesieChamplain.)

J’ai joué le jeu (j’avais de la pression aussi, autant sur moi qu’en dedans). Voici un cinq-minute poème, lu à voix haute après les leurs, pour les envoyer jouer dans les champs.

***

Fin de session :
sur ma grosse montre s’écoulent
pas ben ben vite
les minutes qui me séparent de dehors

dans ma gorge s’égoutte
un peu plus vite
l’eau vitaminée qui me tient en dedans
qui me tient occupée -

tiens
au lieu d’un trait sur ma carte de géo
une goutte d’eau jaune
sur ma prochaine destination

Fin de session
j’suis en cours mais j’sais pas pourquoi
j’suis pas déjà partie
faire tinter mes clés au vent

***

(Contrainte : intégrer les 4 objets que sont une grosse montre, une bouteille d’eau vitaminée à moitié vide, une carte de géo et un porteclés, et ce, en 5 minutes. Poème non retravaillé.)

Des biscuits chinois apportés au lit,

de la sagesse à déguster au lit.

Un message me demande où est mon coeur,

et un autre me dit de pleurer au lit.

Tombent autour de moi des larmes et des miettes,

que le chat s’en vient ramasser au lit.

Bouche pleine et yeux pleins d’eau, je me dis que

j’ai toujours voulu déjeuner au lit.

Mon chat et moi, nous dormons en cuillère,

parmi celui que j’ai aimé au lit.

Here are a few more (see yesterday’s post) micropoems (haiku… or most probably senryu) in French. Tonight, at dVerse Poets Pub, we are allowed (even encouraged!) to write in another language than English. I then decided to write in my first language, French… and added a few Japanese words to them.

(I guess I should record myself reading them out loud like… right now and join the file, so that you can at least hear the sound of them. Sorry I didn’t provide an English translation this time.)

My reading out loud (open in a new tab)

Voici :

1.
Dans la ruelle
derrière le bar
l’odeur des croissants

2.
Ce monde
toujours plus blanc
il neige

3.
Deux adolescents
se racontent
leurs voyages imaginaires

4.
Le chawan* de mes rêves
imparfait
trop cher

5.
Lecture de haiku
au salon de thé :
issa nomi**

6.
Soir de tempête
les néons du cinéma
ciel orangé

7.
Sous la lune
impossible de mentir :
je suis une femme

8.
Il y eut une neige
il y eut une pleine lune
superpositions

9.
La théière vidée
puis remplie
un autre invité

10.
Dans l’arbre gelé
les pépiements redoublent
aware ari***

11.
Gomme balloune
qui attrape la langue
couleur de pantalon

* A chawan is a bowl made especially for tea-drinking.

** Issa is/was a haiku master. His nickname literally means ‘one tea’, ‘one cup of tea’. The noun nomi means ‘drinking’.

*** Aware is a feeling of compassion, or sensitivity to the ephemeral nature of things. I thought it interesting that it writes the same as the English word aware. (Ari simply means that it’s there.)

Ai délaissé le blogue, trop de moments, trop de vie, peut-être. En ai capturé quelques-uns – les voici.

1.
Raquette en solo
je reprends mon souffle et vois
mes poumons dans l’arbre

(J’aurais donc dû prendre une photo de ces poumons de neige… Le lendemain, ils n’étaient évidemment plus là, emportés par le souffle de la tempête.)

2.
Dans l’instant présent
un seul battement; il n’y a
aucune arythmie possible.

3.
C’est facile, la vie :
qu’une seconde
à traverser

(N’est-ce pas?)

4.
La lune
reflet de ma beauté
satori

(d’il y a trop longtemps)

5.
Raquettes sur la neige
crissement
silence
crissement
immobilité

6.
De sous le four
deux sursauts
deux cris
la souris
bourrée d’herbe à chat

7.
Fragments de vie :
rien ne se perd,
tout s’écrit.

(Me semble que je l’avais déjà fait, celui-là. Bon, il était vrai dans ce moment-là aussi, ok?)

8.
Un jeu de Tetris
que je laisse aller :
les évènements s’empilent.

9. Ichigo, ichie :
une fraise,
une rencontre.

(Ça va du moins au plus absurde. Ou du plus au moins sain…)

chouette_lune

Je n’ai pas les mots pour décrire tout ce qui me flotte dans le ventre depuis quelque temps. Il y a bien sûr de l’amour, beaucoup d’amour, de la douleur, du soulagement, de la peur, et une émotion en particulier qui se laisse effleurer, mais pas énoncer.

Elle est motion : imaginez un sac rempli de sarrasin (du type de ceux qui vous laissent chaud ou froid) sur lequel vous passez votre main avec une pression suffisante pour l’écraser un peu. Eh bien, il change de forme. Vous pouvez même y tracer des cercles du bout de votre doigt; ils s’effaceront, en quelque sorte, lorsque le tissu reprendra sa place. Seules les billes sont disposées en rond, mais vous ne les voyez pas. Vous ne pouvez pas leur toucher, sauf oh si doucement, puisque vous en changerez ainsi la disposition… et tout serait à recommencer.

Vous êtes Judas qui ne peut pas croire s’il ne voit pas qui est de l’autre côté de la porte, ou ce qui est de l’autre côté du tissu.

En fait, non, vous n’êtes pas Judas : vous avez une certaine conscience du fait que vous avez délibérément passé votre doigt à la surface du Sac magique, et ce, il y a à peine quelques instants. Donc ce geste doit avoir eu un impact quelconque sur cet objet, parce que vous croyez à la loi de cause à effet et que vous avez des notions de biologie et de physique rudimentaires, vous semble-t-il. Les nerfs sensoriels, les propriétés des corps ronds… Vous les avez testés à maintes reprises en allant jouer dans les boules chez McDo.

Cependant, vous n’êtes pas assez calé en physique pour pouvoir modéliser les mouvements des grains de sarrasin et voir apparaitre, en trois dimensions dans votre tête, leur place respective dès le retrait de votre main.

Vous êtes un – minuscule – judas finalement. Vous savez que ça a sonné à la porte, vous êtes pas con, donc qu’il y a quelqu’un derrière la porte. Ça a toujours été ainsi : un bruit de sonnette, vos pas jusqu’à la porte, un coup d’oeil dans le petit trou, et voilà, quelqu’un se tenait là.

Votre raisonnement est irréprochable.

Et voici que je suis vous. Je remue des pièces dans mon estomac, je les modèle un peu comme j’aimerais qu’elles soient placées (imaginez votre mère qui fait son casse-tête sans prendre la peine d’allumer la lumière, et que la noirceur tombe) et quand j’enlève ma main, je sais pas vraiment ce que j’obtiens. Je sais que ça a bougé, par contre, et c’est ça qui compte. Je pense.

Des fois, c’est mon estomac qui bouge tout seul, qui cogne contre ses propres parois. Et là, j’aimerais ben ne pas voir, mais j’ai laissé le judas ouvert pour vous expliquer tantôt.

Parce que je me croyais pas moi-même.

Note : On me fait remarquer que l’incrédule dans la Bible, c’est Thomas, et non Judas. On voit toute l’étendue (sic) de ma culture biblique… Un morceau de robot à ceux qui auront trouvé l’erreur pendant la lecture. Ahem.

New York, plus tôt aujourd’hui.

C’est le calme avant la tempête. "Est-ce que ça va être comme ça dans l’oeil du cyclone?" as-tu demandé. "Pas tout à fait," a-t-il répondu avec son stoïcisme habituel.

Il a une façon de te rassurer qui te plait bien : il expose les faits, prépare pour le pire, ne tombe pas derrière les oeillères que tu te mets habituellement.

"Un moteur qui roule sans moi / en acier dur et froid / et je cours et j’enchaine / que la chute me surprenne"

Ça, c’est la tempête qui souffle dans tes oreilles avec la voix d’Ariane. C’est ton esprit d’aventurière du dimanche qui te fait regarder droit devant en tremblant.

Vous avez fait des blagues de fin du monde. Tu n’y crois pas – tout de suite – mais tu as peur, comme toujours. Lui, il rit gentiment, et puis tu ris toi aussi.

Tu te rappelles quand tu t’es vue emportée vers la mort, la tête in and out d’un courant sans merci. Tu as lutté, tes jambes étaient pleines de bleus après. Tu en as eu la preuve après, après les pleurs.

Aujourd’hui, c’est différent. À part le vent qui secoue les arbres et les torrents de gens à l’épicerie, rien ne laisse présager une mort soudaine. Pourtant, tu y penses pendant quelques minutes.

Le calme avant la tempête… à moins que la fin ne soit pas la tempête attendue?

Au creux de toi, ce même calme, ce même oeil bienveillant qui te fait dire : "Ça se peut que je meure en fuyant." Et qui te fait penser, à la fois froidement et chaudement, aux messages que tu laisserais à tous ces amours.

La paix.

Entre Albany et Saratoga Springs, présent

L’urgence n’est plus, la paix est toujours là.

Tu as fui juste à temps, il est en sécurité, barricadé avec ses chandelles et son caviar.

Mais tu sais très bien qu’une autre fin du monde est possible. Qu’à cela ne tienne, ton âme est prête.

Mon âme aujourd’hui, une feuille d’érable
tombée, certes, mais aussitôt envolée
un appétit de terre et d’air
planté sur un corps de rosée

Il y a de ces jours où le coeur
veut aller plus vite que le respir
et s’enfarge dans la feuille sur le tapis
et ébrèche le bec de sa théière

Avec l’automne mon souffle est revenu
à la base, pu-er sur feuilles
question de décanter les battements
du reste des évènements réels

Les gestes ont dû reprendre le dessus
et les autres directions, dont la grâce
d’avoir été une feuille parmi tant d’autres
et peut-être aussi le chat

Mes mots coulent d’un coup, trois doigts
d’eau au fond du bol, et frappent
les parois pour rendre vert
ce qui reviendra à mon essence

Photos instagrammées. Suivez-moi: @meme_aimee.

Ce moment où tu prends une gorgée et ne chokes pas
ton moment avec toi-même
ta feuille empruntée
ta capacité à réfléchir
les lanternes à ta surface

tu es une gorge profonde
un puits aux parois rocheuses
mousseuses
presque moelleuses
selon la saison
tu acceptes

ce moment où tu relies les couleurs entre elles
d’une coulée de bouette sous les feuilles
au bec de ta théière
tu collectionnes les tons d’orangé
et les nuages complémentaires
tu réfléchis
les sourires sur tes lèvres

tu es une langue de feu
plus ou moins vivante selon la pluie
et le vent qui t’anime
le matin ou le soir
tu acceptes

ce moment où la douleur se raccroche à toi
comme à un tronc d’arbre salvateur
tu touches du bois
sans le vouloir
tu traces sur l’écorce quelques mots
un sacre dans la terre

tu revoles

tu es aux commandes malgré le saut
de quelque chose d’intangible
ton souffle reste à la surface
des cascades
des bougies
et balaie ta tasse de thé
avant que tu ne deviennes

l’automne
et toi
dans ton corps en jeu.

*Photo instagrammée*

Face à l’adversité
du poids d’un dix-roues lancé
d’un chuintement aigu
contre ton moyen-petit orteil maintenant

flasque

jette l’éponge et l’alcool
sois le bouddha
qui boit la vie à même une jarre de vinaigre
ou un sachet de ketchup
lorsque la nécessité

tire toute ta douleur à la paille
et recrache-la
face contre terre

en miettes

de biscuit au beurre de pinottes
collées au sac de glace
pour qu’au moins cela tienne à quelque chose

zip
loque

ton pied aux côtés du papier
cul contre terre

cherche le rose du bout des ongles
vinaigre rose, dissolvant
laisse le vernis t’ancrer
t’instagrammer les doigts
une couche à fois

dans la lourdeur passée.

* Ce texte a été rédigé dans le cadre du Labo in situ à la Nuit blanche d’Ottawa, le 22 septembre dernier. Il a été écrit lors d’un atelier de création avec les contraintes suivantes : intégrer les objets choisis – bouddha, sachets de ketchup, papier de toilette rose – et la phrase suivante – "Pour qu’au moins cela tienne à quelque chose." J’y raconte une mésaventure vécue le soir même, à savoir un écrasement d’orteils par un triporteur. Heureusement, mon orteil a survécu.*

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