Archives de la catégorie Both langues

I no longer write / long poems
Je peux pus / écrire au long

Je redouble d’intensité / je vis
I intensify / I live / I see

the open field / of my dreams
le champ s’ouvre / je rêve

de thé / et d’eau fraiche
tea flows / as fresh as water

I run / to this poem’s fall
toute bonne chute / a une fin

la mienne n’est pas / écrite
so many ends / left to write

ciel_sale

PIS UN AUTRE

mon coeur s’emballe / pour moi
and then my heart / unwraps itself

ciel_propre

PIS UN DERNIER

I thought the clouds / would fit
Suis-je trop / pour les nuages

"I am not going to list buckets, since I am not planning on dying soon", lança-t-elle mi-fake mi-raison.

La syntaxe n’était pour elle qu’un artifice, et ses expressions idiomatiques devenaient idiosyncratiques… ou tout simplement idiotes. Elle aimait à aligner les mots de cette façon particulière qu’elle avait, à aligner les voyelles en les entrechoquant de coups de glotte aussi.

Elle n’était pas polyglotte : elle était polyvalente, voilà tout. Ou du moins le paraissait-elle; mais lorsqu’on scrutait son registre au cornet, qu’on plantait celui-ci bien creux dans ce foisonnement métallique qu’est l’oreille, on percevait un masque de cire, une étendue sirupeuse bouchant tous les trous. Et des trous, il y en avait : incapable de traduire quoi que ce soit d’une langue à l’autre, ni d’une oreille à l’autre d’ailleurs, elle avait créé deux partitions superposées où toujours un seul des instruments jouait.

En fait, toujours jouait l’instrument qui lui tombait dans les bras en premier, que ce soit le tuba des profondeurs de l’amour newyorkais ou la flute des politesses japonaises sans conséquence.

"I’m not stepping in and out of voice, I’m not stepping in and out of love. Voice and love are the ones stepping out of me. And only out."

Elle laissait tomber ainsi, de temps en temps, une perle de sagesse dans le grand seau refroidissant le vin. Parfois, on aurait dit une dent cariée; d’autres fois, il s’agissait plutôt de son oeil brillant et brulant de larmes.

"When will I stop losing my body?", gémit-elle. "Everytime I let my own words out, it feels like I set free a part of me, and it never comes back. Soon I’ll have departed -"

Tôt ou tard les trous vinrent à apparaitre. Elle parlait mais s’arrêtait constamment, laissant toujours exactement l’espace nécessaire pour le mot qu’elle voulait prononcer mais ne trouvait pas. Ses paroles s’égrenaient sur la serviette posée sur ses genoux, roulaient puis tombaient une à une sous sa chaise, dans un fracas métallique. Bientôt la cadence de la perte augmenta, changeant le fracas en rythmes percussifs entrainants.

S’effaçant, elle avait trouvé sa nouvelle voix.

Et cela, grâce à celui qui l’avait entendue mais pas écoutée, et qui avait placé le grand seau sous sa chaise.

On est allées faire un rallye dans le quartier chinois we rallied to Chinatown
that was a Scavenger hunt with no treasure

No treasure except for the tapioca pearls
it read pearls
you read peerls
you laughed at my
Rs

On est allées voir les gens se purifier dans Chinatown we saw purist people
there was a pure basement with no chest

No chest except for our moving hearts
hands rested
les mains restaient
immobiles dans les
airs

On est allées faire les allées and the aisles we sorted through allies
that read goddesses or godnesses

Il ne nous manquait que quelques lettres
quelques mots
pour tinter dans le vent
doucement comme des
ailes

***
Photo modifiée avec Instagram

In the subways I
I learnt to thrive
and you told me we’d never survive
grab your town’s handles we’re leaving

(we’re living
in a song
we’re living
in an arcade that’s out loud
that’s in there down there)

We’re moving past
we’re already passed

(there’s no such thing as staying
open
doors close anywhere around you
beware
of tripping fingers)

And all of the walls they built in the sixties never fall
and all of the art they built in the sixties never fall

(we fall on them
stick to them as flies attracted
primarily by colours)

Sometimes I can’t believe it

(and I don’t)

I’m moving into the night

(and as we fade we become
the same exact hue as
every other passenger)

BONUS TRACK (from 57,5 [ajku])
Ciel couleur métro
mes pas me mènent encore là
où je ne vais pas

*This poem was inspired by today’s dVerse Poets Pub and their inspiring prompt: Subway. As I am fond of my own town’s metro -Montréal- I wanted to share these poems and pictures (modified with Instagram) that represent it well. Please put some Arcade Fire and move to their sounds… as you wonder if you should fall asleep with the rumble or wake up with bright colours. And don’t forget to read other poets’ poems as well!*

(This poem integrates a few modified quotes from the song The Suburbs, by Arcade Fire.)

Voici le texte prononcé au micro libre hier soir (25 mars 2012) à la soirée Last Chance Slam & Open Mic feat. Sophie Jeukens , présentée par Throw! Poetry Collective au Divan Orange. I was really thrilled (and also scared, I confess) to perform it on stage. It was an experience I’ll definitely try to repeat!

Bubble

C’est rien qu’une p’tite bulle innocente
que tu t’es gonflée
un bloc
qu’est devenue à force de souffler
fort
jusqu’à t’en vider les tripes
until you tripped on… but that’s not to be told yet.

You built yourself a cage out of gum
out of your gums
fell your teeth
une tite fille que tu voulais rester
une tite fille qui a pas besoin d’mordre
une tite chique qui a jus’ un gout d’mort
mais t’es jus’ devenue
une chique qui a pus d’jus.

Tu te pensais invincible
mais tu t’es
tue
et… t’as perdu la voix qui t’distinguait
des échos
you lost your voice that set you apart from
the echoes
t’as perdu la voix qui te distinguait des
échos
echoes
and you became just another pink spot
pis t’es devenue qu’un autre spot rose
une adolescence de plus
de perdue.

10 livres de perdues
rien d’autre de r’trouvé qu’une balloune de tête enflée
qui se cache en dessous d’la mer
de monde
"please don’t see me" you say from your deepest
but your hunger is diggin’ its way out
you’re appearant
t’est épeurante.

Mais
c’tait rien qu’une p’tite bulle innocente
que tu t’étais gonflée
rien qu’une cachette
dans une napkin s’es genoux
c’tait pas un bloc opératoire
au départ.

20 livres de perdues
rien d’autre de r’trouvé qu’une pognée d’ch’veux sur l’oreiller
where has your hair gone?
where has your air gone?
t’as l’air de rien.

Ta balloune a crevé, ma belle
j’sais pas si c’tait l’soluté
ou une coupe de doigts tendus où tu t’es agrippée
you tripped on those feet but you got up
somehow
your trip was over
for now
un nouveau trip pourrait p’têt commencer
un jour
le jour où t’es devenue un autre spot rose
une adolescente en plus
y a rien de perdu.

10 ans de perdus?
tu vas en r’trouver
t’es déjà en train d’infuser
drip by drip
grip by grip

and your voice could finally build up
when you stopped chewing gum
for a living.

Aujourd’hui a eu lieu la lecture de poésie de Yolande Villemaire, Claude Beausoleil et moi-même dans un espace qui m’est cher, soit l’école CLC.

La lecture venait dans le cadre d’un vernissage qui réunissait plusieurs artistes de la région de Montréal et dont le thème était l’amitié (I saw my reflection come right off your face).

Reculant devant les oeuvres afin de mieux en apprécier les couleurs, nous avons relevé le défi de nous inspirer d’une d’elles pour l’intégrer à nos lectures. Le tableau suivant de Chantal Khoury (son site Gallerish ici) m’a enlevé les mots de la tête et me les a fait poser sur un papier (ou plutôt, un écran). Voici l’oeuvre en question et le poème qui ne l’est pas moins :

I saw my colours come right off your face
And I didn’t know what to do but
Leave
them on you
Leave
purple stains in my vision field

I saw them peel off
stains
and all was left was a purple crow
all was
left

I saw your colours come out
right
and you were left wearing nothing
but
friendship is a clear thing,
isn’t it?
You were transparent
I was left
stared at

There I was
transparent
too
transparent

Titre qui ne dit rien, s’il en est un. Surtout pas sur le contenu, qui ne sera pas qu’anglais, n’en déplaise à mes lecteurs occasionnellement unilingues.

I was not made for writing tonight. But wine and Interpol have put my back to it.

Je me suis faite évitante du thème de ce blogue, récemment. J’ai tenté de (et réussi à) fuir le Japon, mais il m’avait tendu un guet-apens : me revoilà la langue dans les pattes, les mains pus faites à mais prises dedans, prepositions and postpositions all in the wrong places.

On me dit que ma passion pour le Japon ressort de mes trous, parait. (Could it be that it’s what I’m trying to hide under not-so-Japanese-at-all food, down my gulping system?) Et ça me dérange. Parce que le japonais en moi n’est même pas japonais, à la rigueur. Mais ça, tout le monde s’en fiche, puisque le québécois en moi n’est pas québécois non plus, il n’est qu’une intériorisation imparfaite, loin de l’image mais près du coeur, loin de la tête, le plus loin possible.

Mon identité est tracée à grands traits de goudrons, and I can’t get away from that.

Voilà pourquoi je me lance, peut-être : afin de me défaire de ces morceaux d’identité lourde, de ces pavés de béton.  Ce cahier sera mon excuse : "Pardonnez-moi d’être moi, c’était trop dur, maintenant c’est fait, let’s jump forward to something else." And you won’t even believe me, ’cause everything you will have seen will be new to you. Or it will fit exactly your idea of me.

Mais j’étais déjà. Et je suis… en construction. Un construit. Comme un livre. Comme une identité de personnage, qui se perd si l’auteur n’arrive pas à suivre le fil qu’il a lui-même tracé d’un chapitre à l’autre.

I got lost on the way. Where was I going already? Or: Where was I coming?

To me… Where else? To (erase, eradicate, exacerbate) the Japanese part of me.

La discussion interne semble prometteuse. Je regrette de ne vous en laisser qu’un tas de mots poétiques, toujours aussi loin de la concrétude. Je ne peux faire mieux : le vin m’achève. But don’t worry: J’aurai toujours des ressources. Toujours les mêmes, direz-vous, mais ce n’est pas parce que je n’essaie pas.

So see me come out of my shell, and try to understand, or me, or the shell. Japanese wasn’t made for me either.

Nor was I made for keeping words down.

Y a-t-il de l’espace en moi? Autour de moi? Je sais pas. 

Faut sonder le terrain, miner la planque, en tout cas autour de parce que si ça saute, autant que ce soit pas moi, ça.

Dans mon hôtel y a que moi, ah et puis peut-être un petit autel pour toi, tant que tu viens sans ta guitare.

Je fabule. C’est ça que ça donne, un cerveau soudainement plaqué de néant : on veut le meubler. Mettre des vacances en forme de tables et d’animaux, en forme d’évènements qui n’en finissent plus d’allonger le bras. Quelques dollars par ci, quelques rebords par là, quelques tas. Et quelques mois aussi, doublés… de mois. (Ils sont vraiment doublés, quoi.)

Je suis dans ma chambre californienne, vue sur la plage de papier journal. La radio se déplie et joue la farniente, la pétanque, la gelateria. Y a toujours un risque de bombe mais ça reste la crème, donc y a pas de mal. 

On a déjà vu pire que des raisins qui explosent parce que des taureaux leur pilent dessus.

Cette chambre n’est plus libre, non, non, vous n’avez pas vu le bordel? Le papier m’encombre, quand je n’ai pas les mains dans les poches, sur un verre, sur toi.

Ou sur un livre. 

Mais pas un récit de voyage. Parce que celui-là, j’y ai pas de place. "No vacance", ça dit sur ma porte. Let’s get back and work it.

Vous connaissez cette joie de lire des mots qui sonnent, résonnent, donnent un sens à votre pensée? Cette joie de lire trop et de tomber, sous le soleil tel un projecteur, sur votre coeur dessiné à coups de mots?

Cette joie d’écrire trop, aussi. Mais ce n’est pas tous les jours qu’on trouve une justification à son blogue. (Pourquoi cette manie de toujours chercher à justifier, d’ailleurs? Ce blogue existe donc il est, voilà tout. Comme moi, même combat.)

Alors voilà cette perle. Attention, c’est en anglais, comme si j’avais besoin de vous avertir.

"Happiness is much more difficult to write about than sorrow, just as the longing for love is easier to describe than its fulfillment. Still, I suspect that many writers secretly wish they could write from a deep well of happiness at least once just to know how it feels. (…) But the reality is when a writer’s happy, the last thing she wants to do is dissect the ephemeral; she wants to exult in her euphoria, not explain the miracle." (Sarah Ban Breathnach, Moving On, p. 262)

J’ai déjà écrit de la beauté, de l’amour en barre. Mais l’ironie en moi craint de me fondre dans la guimauve si j’y reste enfoncée. Elle m’accroche donc par le mordant à quelque chose de croquant, dur, solide : la mélancolie des montagnes dépaysées, la peur du roc noir sans tain, le sarcasme de la chute acérée.

Mais bon, y a pourtant des jours où la vie just gives you smores. When your legs burn in the sun, and tea picks you (and your delight) up. Quand de petites touches d’espoir et d’expectatives se profilent dans le pétillant du bouillon. Quand même les plans qui se retracent au gré de la journée n’apportent que ravissement.

Je pourrais élaborer une liste de gratitudes sous forme de métaphores pendant des heures – et vous ne vous rendriez même pas compte que je parle toujours de la même chose étant donné mon langage évaseux. Mais à elle seule, la trouvaille de ces mots familiers vaut bien une journée – et, qui sait, quelques minutes de votre temps. Comme Céline le chantait, je suis avare de mots, je veux qu’on m’en écrive pour ma musique. Des fois. Quand j’en écris pas.

Il y a de ces journées où je suis. Et il y aura de ces articles, aussi.

Ce blogue doit retrouver une raison d’être.

Le Japon m’aime-t-il toujours même si je l’ai lâchement abandonné ? L’aimé-je encore autant ?

Loin des yeux, loin du coeur, clameront certains d’un air de défi. Loin des yeux, près du coeur, répliqueront d’autres, plus larmoyants.

Je n’ose pas user d’un proverbe d’une façon aussi tranchante. Bien sûr, la neige et le froid de Montréal occupent ma vue et mes muscles depuis mon retour, mais le Japon revient souvent, tel un frisson parfois doux, parfois désagréable. En fait, un frisson qui réchauffe parce qu’il est ce qu’il est, soit une contraction quelque peu déplaisante.

Le Japon est partout, que je le veuille ou non : dans ma bouche qui le raconte sans cesse, dans ma théière qui en infuse les feuilles, dans mon Internet qui me rappelle les amis là-bas, et même dans ma recherche d’un emploi qui y fasse honneur.

Le Japon est dans mon coeur, quoi. Même si la dure vie japonaise n’est pas ce que je cherche, et que j’y préfère le croustillant et la mollesse de la vie montréalaise, le Japon que j’aime peut rester en moi. Je n’ai pas besoin de le nier; de toute façon, ce serait comme renier une part de moi.

Mes mille projets parleront d’eux-mêmes.

 

Distance Makes the Heart Grow Fonder

This blog needs a new raison d’être.

Does Japan still love me even if I’ve left it so cowardly? Do I still love it even so?

Some will dare defy me and proclaim, “Out of sight, out of mind”. Others will let go between their tears, “Absence makes the heart grow fonder”.

I can’t use such sharp sayings. Of course, since I came back to Montreal, my sight and muscles have been busy dealing with snow and frost, but Japan has kept showing up a lot, making me shiver in a sometimes sweet, sometimes unpleasant way. In fact, this shivering, just because it is a shivering – not so pleasant a contraction – has actually warmed me up.

Japan is everywhere, whether I like it or not: in my mouth when speaking endlessly about it, in my teapot while steeping its leaves, in my Internet when remembering friends are alive and well there, even in my search for a job that would honour this country.

Right, Japan is in my heart. Even though I’m not looking for the harsh Japanese life, and I prefer the crispier but mellower Montreal life, Japan as I love it can still stay in my heart. I don’t have to deny it; anyway, denying it would be like denying a part of myself. From now on this blog’s tone may be different, but the main thema will stay unchanged in essence: how a foreigner’s sensitivity feels Japan. I may feel it from a distance now, but I am confident that this love-hate relationship will endure. I’ll keep you posted on how I get a foothold in this shifting relationship.

A thousand projects will speak for me.

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