Archives de la catégorie Sur prose / Breaking Prose

16 ans, toutes mes dents dehors

et la sagesse à moitié à l’air,

à chaque pas la taille basse en marteau-piqueur

et les seins strappés en une seule poitrine

faussement dure,

laissant dans sa trainée

une poudre de mia

 

je m’en allais à la maison je m’en allais à la perte

d’un bout de moi

 

quand les poules auront des

orgasmes dans mes oreilles parfaites

quand les gars cesseront de

remplir leurs briquets de pets je

serai belle;

plus le monstre auquel on lance

des jetons de casino

dans sa propre tête

va jouer

dans le trafic

poudrée en parchemin

roulée

pour l’instant je craque

claque grasse dans’ face

que je suis donc laitte et

que j’ai donc ben envie de biscuits

 

peut-être m’en allais-je plutôt au gain

d’un bout de ventre

 

de mon futur diplôme

de bonne vivante avertie

 

verre de lait, biscuits

après le dur gardiennage

redevenir enfant

 

2 heures, 24 biscuits et 1 bleu nuit

plus tard, le mal de ventre

comme quand je m’étais dit

"plus tard, le mal de ventre",

avec les affres des tampons-cactus

prises

blanc plâtre ou blanc souris

toutes griffes dedans

plus tard, les larmes

pour la part

de gâteau

des anges qui ne me revient pas.

ce que je crache a des ailes, a du ciel,

a du mont en neige

 

non je ne suis pas enceinte d’un playtex

noir de monde,

ni d’une boite de biscuits

oblongue

et d’un ange short cake

mais ce que j’ai au ventre

est dur pour vrai

 

sous anesthésie

on peut enlever bien des choses

même quelques biscuits

 

pris dans un appendice.

je le sais, le médecin me l’a soufflé

en même temps que mon guts

 

je ne m’en vais plus à ma perte j’y rentre 

et j’ai déjà quelque chose

de moins que tout le monde

 

***

Ce poème a été écrit à partir de deux listes d’objets perdus énoncées dans des sketchs des Appendices ici et ici (Objets perdus 2 et 5… à voir!). Je voulais essayer de passer par-dessus le caractère absurde de ces objets et les introduire dans un poème racontant une histoire qui fait sens (en elle-même et avec l’absurdité des objets). Voici les listes rassemblées :

x deux poèmes sur le thème des biscuits
x un cactus dans le plâtre
x les larmes de Michel Dumont quand qu’y a appris que La Part des Anges ça revenait pas
x une impression de déjà vu (x 2)
x des outils habillés en putes
x de la poudre de hip-hop
x une brassière monoboule
x un certificat de l’académie du bon vivant
x des jetons d’un casino qui existe juste dans la tête d’un monstre
x un CD d’orgasmes de poules
x un vieux parchemin sur lequel c’est écrit "t’es laitte!"
x un briquet rempli de pets

***

 

 

Une autre de ces journées qui durent des journées. Une autre.

Puis une autre de ces nuits qui ne sont pas vraiment des nuits, nuits écourtées qui craignent les douches froides.

Ça sent la nuit de redondance, de récursivité presque. Pourtant l’appli météo dit que c’en est une d’étoiles filantes.

Woodkid, lui, dit que c’est une nuit de conquête d’espaces. Passés, présents, futurs, entremêlés, trop forts dans les oreilles, tout ça.

Une nuit de conquête de clubs vidéo par l’autre bord, celui qui n’existait pas avant, le seul qui existe maintenant.

Une nuit de film à rapporter vite mais seulement pour ce soir, seulement pour ce soir.

Une nuit de rattrapage de bus en un jet de lettre d’amour pas trop tard. Un sourire du chauffeur parce qu’on souriait pas pour lui.

Une nuit de râpage d’étoiles pour en garder plus longtemps les traces sur les doigts. Une nuit de gout de patate douce.

Une nuit de demi-lune, de demi-portion, de double chat. Une nuit de mars et vénus félins, une nuit de même affaire.

C’est aussi une nuit de restes
de mains de coudes de viande
de touchers à distance
d’une fourchette
un peu sale

Une nuit de recyclage de chemins et de bourrage de vieux reflets de lune dans des sacs bleu nuit.

Puis un matin vient, et on y survit en rêvant d’une nuit dans une autre nuit.

*** Rédigé à partir de tweets publiés le 9 avril 2014 et modifiés ***

parce qu’il ne se passe rien.

je suis l’une des seules vivantes ici la musique est encore matérielle
j’assiste au test de projecteurs-marées comme celles que tu jettes dans mon corps
il est sept heures, le bar n’a pas vu la lumière du jour depuis longtemps
et les spectateurs sont trop visibles, trop individuels encore
ils ne boivent pas, ils sont bus par leurs écrans dévastateurs
outils à poésie ou autres
deux gars replacent leur mèche en popping dans le vide
une femme en sac à dos à pois est trop fan
de rien, pour l’instant
et je me dissimule derrière une paroi de façon à n’être pas vue du bar
je pense à toi et aux endroits où tu repasses sans mitaine rouge à tenir
et je vis dans mon monde-colonne comme celui des autres
contre celui des absents
la poubelle est dans mon champ de vision, étrange
car pourquoi aurais-je un champ de vision ici
et même d’espace pour me casser les cheveux une cent-trentième fois aujourd’hui

j’aligne des images de Peter Doig dans l’espace béton
celui-là c’est l’homme penché à la piscine, mais noir et vêtu
et ce couple discute du jeu de couleurs rectangulaires en renversant sa bière
sur ses chaussures de musée

stag.
nation des hommes
silence
et projecteur sur un peu de fumée blanche, c’est tout

adonis.
ça y est, tu y es
tandis que mes pieds ne font pas mieux que des ombres chinoises
d’acouphènes à la sauce de poisson
de clamato au navet mariné
de wulong vieilli à l’aurevoir pétrole
doux

j’ai une journée dans le corps
et l’envie infinie de danser contre les murs
j’ai l’estomac qui a envie de résonner de beats fauves
et le coeur qui touche tout depuis deux semaines

plus les gens entrent plus je suis seule
plus je suis bien
les colonnes enflent et restent hermétiques
comme seuls les seuls savent le faire
la marée de voyants ne monte plus le niveau est atteint
ça y est.
tu y es
j’y suis.

Le 14 mars dernier a eu lieu la troisième aube des mots-vivants au collège John Abbott. Alors que des cégépiens au crayon en feu se proposaient d’écrire toute la nuit dans une ambiance pour le moins zombie, je profitais de mon titre de poétesse en résidence (gracieusement attribué par Daniel Gosselin) pour gribouiller, jaser avec les invités (dont Simon Boulerice et Alain Farah) et prendre des photos pour alimenter la page Facebook de l’évènement. Je préparais également mon atelier "poésie français/anglais inspirée du rap de Dead Obies et de Loud Lary" (genre, quoiqu’il était simplement intitulé "poésie"), lequel était à 3 h 15 du matin.

À intervalles réguliers entre les ateliers, j’intervenais pour leur lire des extraits de Michaël Trahan, de Madeleine Gagnon, de Yolande Villemaire, de Bertrand Laverdure; je leur faisais rédiger un peu en fonction des poèmes lus; enfin, je leur lisais mes créations rédigées auparavant ou sur le spot. Voici ces deux créations : une suite de haïkus qui font parfois inside jokes, et un poème (retravaillé in brin) avec référence à un canard promptée par Daniel Gosselin et dont on ne se rappelle plus la raison.

 

Haïkus pour des mots-vivants

1.

Kit-kats et jujubes

tout auteur qui se respecte

nourrit son esprit

 

2.

L’amour s’écrit bien

se chante les yeux dans les yeux

dans les yeux d’un autre

 

3.

La pleine lune, pourtant

zombies accrochés aux planches

étudiants, aux textes

 

4.

On vient pour écrire

on repart avec le sac

plein des mots des autres

 

5.

Il fait froid cette nuit

le vent souffle nos barricades

mais les morts n’osent pas

 

Le canard et le camion de plumes

 

Avec ton containeur vivant tu m’as

avancé dedans

un camion de plumes contre

le dos d’un canard

coulant

 

Un camion de plumes fesse-t-il moins fort

dans une cervelle d’oiseau

qu’une enclume jetée par un coyote

de toute la force de la falaise?

Une tonne de plume permet-elle

d’écraser un canard

fait de la même matière?

ou le noie-t-elle seulement

dans un rêve édredon

de rivières sur son dos

qui lui fait tout

le plaisir du monde?

Lorsque la tête de linotte a absorbé le choc

des mots doux renversés

lesquels retient-elle au fond

de son sommeil rouge brique?

 

Elle retient toute la nuit

le même mot, le même x

comme une plume qui chatouille la cire

et a au bout du bec la même goutte de rêve

de viande, de chair

surgissant de sous le tas de plumes

comme un oiseau émergeant

d’une tonne de mots

d’amour qui sonnent

et éclatent les brakes

 

Le canard déchainé

verse la nuit

des larmes

de lacs

et se réveille dans les ailes

de l’autre, camion pimpant

au ronronnement tight

 

dans un seul

respir

sous l’eau.

 

 

Le coeur à ciel ouvert.
Le coeur, ce malaise incessant.

Le coeur, cause à la fois de cet étranglement et de ma vie.
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui bat deux tempos différents. Le coeur pluriel.
Le coeur, (le coeur), …, le c-c-coeur, (le coeur).
Le coeur et sa demi-pilule rose quotidienne.

Le coeur, as-tu aimé?
Le coeur, ce ramassis de déchirures.
Le coeur qui brise par en-dedans. Les éclats des côtes qui encaissent.

Le coeur et sa nausée. Le coeur et ses lèvres.
Le coeur qui tire jusque dans le bas du dos.
Le coeur, raison et victime des élans catastrophiques.

Le coeur sous la main.
Le coeur qui survit comme un grand.
Le coeur qui passe à travers le corps.

Le coeur en fumée.

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Ce poème est un ramassis (augmenté) de tweets sur le coeur, composés une nuit de mal de coeur, entre le 7 et le 8 mars 2014.

just like i’m gonna swallow tons
of snowflakes in the white night.

the city’s so wide and bright tonight
i know i’ll completely disappear
in it, and reappear lively in my bed,
in someone-i-don’t-know-yet’s arms,
in yet’s arms

i’ll be wet with snow
-men dreams, covered with
invisible messages the someone traced
on my sleeping skin, while i was busy
waking up
every single breath fainting in my dream.

then this someone’ll fade into the morning
whiter than the night if that’s possible
at all, after not finding egg whites in the
blinding and blinking refrigerator.
i’ll rise from this no someone’s land
that’s my bed. my cat’ll make cookies
on me just like i’m a piece of sheet
or something.

i’m a piece of snow, man, can’t you see?
can’t you see
me – rolling in crispy snow, yet to discover
this someone’s message on my skin that screams,
i wanna see you
AGAIN.

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*** This poem has been written for dVerse Poets Pub, tonight about invisibility. Context: tonight is the Nuit blanche in Montréal (literally white night, a series of cultural events that last all night long in the city, and prevent its inhabitants from sleeping – as this is what the expression faire une nuit blanche means: to not sleep at all during a night. I cheated and slept in my poem, somehow.***

on fly
au sommet de Montréal
en bus bardé
de pub qui blesse les yeux

je ride un seul pied
à terre
toujours à moitié su’l’brake
– shake me

Montréal. ma couleur
"regardes-y le smug de béton
à la madame"
belle et brune

on vole
et revole sur ses courbes cassées,
dos encore au lit
et yeux couleurs de nuits

sur Saint-Laurent.
toujours ciel et terre
de la même estie de teinte
un homme étalé entre les deux

on touche
deux extrémités d’ile mais
ça connecte pas
le bus est vide

d’essence. cheap
parfum de coconut
bonne couleur, baby,
but now bum it back

– your back to me
on fly
chacun dans l’moment

puis on vire.

20140225-120227.jpg

Qu’est-ce qu’y m’a fait, au fait? Y a rien fait. Pis c’est dans ce rien-là que je me suis perdue.
- Suzanne, dans Le Météore, de François Delisle

***

entre mes deux yeux
ce beau rien plat,
la base du nez où reposent
les rêves de tombée
dans le vide du matelas —

ça glisse.
que le dos d’un canard
serait doux à flatter
mouillé et bleu
comme le poil d’une loutre

studieuse.
c’est là mon totem
et mon fardeau,
lourdeur du bois
qui encercle mon regard
et mes yeux noirs

si
seulement ma douceur de chat
pouvait être partagée
flanellette pour trois
soirs en ligne –

en attendant rien
ne passe(nt)
que des rêves massues
où je mets le feu avec douceur
et me réveille trempée
de sucre tendresse -

je reviens
adolescente, réussie
seule et vide et
épuisée, un bouton de rose
sec
dans une feuille de papier

je bois.
mes verres filtrent
le monde en bleu,
et le temps d’une hibernation
les hommes deviennent
des poupées en carton.

20140209-224737.jpg

"on the other hand", she wrote
that’s easy to write
when you’ve got more
than one arm
to your clock

(am I being)
wise
or counter-clock
wise now?

or most probably just
right,
I mean just dead inside
my right arm,
with this heavy limb to extract
from under my pillow and
throw like
tons of feathers

but don’t worry death’s left
five tweeting fingers
with their right to live
and typing fever
tapping on the right
hemisphere

/it’s as if life took a turn,
freeing one half of me while running
to the other side/

(am I plainly
suffering or rather
discovering unused paths
from mind to sheet,
from wrong to right?)

I am.

20140125-172334.jpg

*** This poem has been written for dVerse Poets Pub; you will have noticed that this week’s theme is "on the other hand", or seeing both sides of the coin. Don’t worry, I haven’t lost an arm, I simply sprained my shoulder almost 2 weeks ago, and therefore have had to find new ways to do things without my right arm.***

Impro en écriture automatique ou presque. Pas d’écrit : qu’un dictaphone et une fille bored au bras dérinché.

Écoutez ici.

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