Archives mensuelles de juin, 2011

J’aime à accumuler des morceaux de vie, d’envies, de vides, et à les retrancher de ma vie comme de vulgaires voyelles qui se suivent de trop près.

Chaque journée est une suite de moments découpés dans un carton de couleur, puis collés sur un fil qui fuit.

Ensuite les morceaux glissent et prennent le bord de la nuit.

A-t-on jamais une impression d’ensemble d’une vie, ou n’a-t-on au final (de chaque jour ou du total) qu’un ramassis de points saillants et faillants?

La seule façon d’en empreinter le sens ne reste-t-elle pas d’en concentrer l’essence dans une seule phrase, du type réponse à la sacro-feinte question "Qu’est-ce que tu fais dans la vie"?

Le scrapbook demeure selon moi la meilleure version qu’il me soit possible de donner de mon existence.

(Entrecouper ici cette lecture d’une paire de ciseaux – d’une visite de votre fil Twitter – d’un carton à défaire qui vous appelle – d’une phrase quelconque.)

Je ne fais ici que lancer des boulets dans les airs en espérant qu’ils retombent sous forme de confettis.

Finalement, les phrases et les phases se succèdent et se ressemblent peut-être, mais je ne m’en souviens pas.

Qu’est-ce que la constance si tous les paramètres ont déjà changé alors que j’avais le dos déjà détourné?

Chercher à se découvrir est peut-être voué à l’échec, surtout si on veut tirer sur le bout qui dépasse pour en extirper plus.

Ce qui sortira du sable pourrait n’être déjà plus, pas plus qu’un reste sans intérêt de nulle part.

L’amoncellement de morceaux est une course sans fil d’arrivée, un tricot sans fil d’achevée.

Une chance que j’aime la course.

(Placer, en point final de cette lecture d’un moi qui vient de disparaitre, une photo d’un moment beaucoup trop souriant – une citation sous forme de haiku fuyant – ou encore une parole de chanson qu’on a eu l’illusion de comprendre pendant un bref instant.)

 

 

Un peu de pathétisme ne me tuera pas.
J’écris de ma terrasse au soleil couchant comme si je n’y étais pas. Les gorgées de vin ont bien meilleur gout en pesanteur… car la nostalgie fait le poids, y a pas à dire. Se refaire Paris, la larme de vin au verre, le motton de poil de chat à la gorge, c’est comme quitter le carcan pour me replonger dans un autre.
Un carcan prémoulé, encore chaud d’espoirs de plus de temps, de plus de vie, de plus d’art de larmes.
Je viens d’entrer au musée de la nostalgie, et je me découvre dans les toiles que je perce. Au jour le soir, je cours comme jamais, je suis bien.
L’accent sent le déjà-vu, le déjà-senti par procuration. Un autre moi, celui que tu n’as pas connu, s’élançait vers toi sans le savoir, vers où tu es maintenant dans ces vers qui nous réparent.
J’ai plié la distance en quatre et l’ai glissée entre deux mots. La trouveras-tu? Moi, je l’ai déjà et perdue et reprouvée.
Je cherche l’ivresse parisienne mais ne trouve que pas. Il ne suffirait pourtant que d’un peu plus de mal de vivre, de solitude, de tourment. Un pas et j’y suis, pourtant, presque revenue. J’arpente en pensées et rubans toutes les rues menant au malaise, au malaise de ne pas y être justement.
J’embrouille sans doute tout mais ce mal-être nécessaire. M’as-tu trouvée errante et trainante, comme un Gil francophone mais tout aussi décalé? Non, car j’avais déjà fui la salle de ciné. Et toi, tu n’y étais pas, car tu vivais en chair et en prose.
Et moi, je ne vis qu’un poème, un poème comme pari.

De retour à la mer et aux terres d’origine, je me sens rafraichie. Deux jours de retraite en pleine civilisation trop connue mais à redécouvrir.
Premier arrêt : moi. Je revêts d’anciennes froques et des murs d’antan, et pourtant, rien n’est là que je reconnais. Le spleen pèse léger cette fois, et j’en suis fort aise.
Jadis, et même pas tant, le vent me battait du large au long, m’envoyant toutes sortes de culpabilités, de stress, de nombrilismes en tête. Aujourd’hui, l’air s’est tu et s’est mis au soleil. Le contrôle ne me sort plus par les narines. Le vent se pointerait que je me laisserais pogner dedans, enfin.
Les deux pieds sur terre, enfin? Je n’irais pas jusque-là, j’ai déjà fait ma part de route hier. Mais ça fait du bien de ne pas être alourdie de la peur d’un passé sans relâche.
J’ai un vide en dedans, qui ne m’effraie ni m’émeut.
(Ou alors si peu. Sinon cet article ne serait.)
Si grandir n’était ni se construire ni se détruire? S’il n’y avait que ça?
Devant mon sencha plus grillé que la mer, devant le sel sur mes lèvres, devant les absences et les présences, je tape des mots qui n’ont pas à se justifier. Je m’étale devant et je vis, sûre d’être déjà moi, Aimée.
Et dire que c’est là que tout a commencé.

Ces temps-ci ma vie n’est pas prose. Elle est faite d’un collage, d’un enchevauchement (copieright @freinque) de moments blisses, d’éclisses de trois lignes chacune, de doigts manquants et manqués.

Ma concentration s’efface dans tous ces instants à la fois – rien de neuf – et je ne peux que vivre des poèmes. En voici donc un échantillon, inspiré et respiré comme un air pressé – mais doux – de plateau ensoleillé. (C’est quand même mieux qu’un deux par quatre enfoncé dans la main.)

 

Entravalés

Trois bouts du monde

Passent par nos plumes

 

Mots de chaleurs

Cupcakes fondants

Dans les bouches des voyages

 

L’attente du vide

Le vide latent

Jusqu’au bout du banc

 

Péchés clairés par la pluie

Lattés jaunis sous les rayons

Deux journées en une

 

Une alarme se languit

De la droite se boucher l’oreille

Refaire le silence

 

Quand les tuyaux et cigarettes tracent

La légèreté de l’été

Je fais face aux apparitions

 

Je me suis posée

Un peu ici un peu ailleurs

Mais tout à fait là

 

Ton absence me cherche

Trouve au fond malgré moi

Ce centre égaré

 

Et je ne conclus pas.

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