Archives mensuelles de mars, 2011

Regarde, même le français, langue puriste par excellence, me permet pas de me donner des ordres.

Mais des fois, faut croire qu’avant d’être française, ma tête est humaine. Langagière. Vidangière. Parce qu’elle tient à frapper quelque part, sur quelqu’un qui porte des lunettes même, sur quelqu’un qu’elle maintient debout en perpétuelle vacillance.

Va, parle-moi au tu, tête. Le français te le permet. Tu peux continuer à crier… mais tu ne m’auras pas. Tu ne me seras pas, car je suis je. Et toi, tu es tue.

Encore faut-il que cette distance soit réelle, que ce dédoublement ne soit pas psychiatrique. Après tout, avec la perte du -s à la 2e personne du singulier de l’impératif, les verbes n’en deviennent-ils pas étrangement proches d’une 1re personne? Le tu étant sous-entendu, qui a dit qu’il était bien tu?

C’est le -e final, le euh de la distance et de l’hésitation. Comme dans : "Attends minute, euh… Parle-moi pas de même, toi[moi] là."

Pour ma santé mentale et mon sens de complétude, je préfère croire à ma grammaire sans (plus) poser de question. Me fier à l’expérience, quoi.

Et quand cette voix du mauvais sens m’exhorte sans sens, je lui réponds au lieu de la prendre pour moi. Et quand elle s’évertue à me dire de pouvoir à l’impératif, j’use de mon pouvoir et lui réponds calmement, du plus fond que je le puis.

Puisse cette journée vous être aussi bienveillante que la mienne.

Jeu de mots poche. J’assume; j’ai pas la tête à ça. Ni ici.

Hum, ça commence trop bien, comme d’hab. Je ne sais pas encore où cet article ira. Je ne sais pas où ce blogue ira, non plus. Il est le fil infiniment long, fibre optique démodée bandée au milieu de la terre, qui relie le Japon à mon poignet.

Dernièrement, oui, je me sens loin, ailleurs, hors, mais certainement pas au Japon. Je suis juste à côté. Tombée. Zombie.

Mon emploi me laisse le temps de baigner dans trop d’histoires à la fois. Des morceaux et des monceaux de vies où je plonge dans toute ma fragilité. Je m’étale partout, dans le métro, dans l’autobus, une musique de mort lente pulsant dans ma tête filée.

Se dévouer à la langue, au texte, au mot, c’est s’avouer une lourdeur à l’intérieur. Prendre le poids de toutes ses humanités qui grouille dans le coeur, dans la tête, puis le jeter convulsant sur le papier. Être soi-même le fil qui va dans toutes les directions.

Je me sens nouvelle chaque jour. Toujours un peu moins, toujours un peu plus moi ou les autres. Un peu plus quelque chose, quoi.

C’est dur, écrire. Ce pourrait être la thérapie qui me laisse pour morte.

J’attends vos tripes. Je veux du nu, et non plus de l’aseptisé. Exposez-moi.

I recently wrote a comment on a mouth-watering blog about how taking care of both our inside space and the others’ is something I value. In this sense I was only putting emphasis on Kate’s choice to pick Japan for her post, a topic that has not – at least recently – been related to women and their body image.

It turned out that inside and outside are linked more than I had thought, though. Sometimes my well-worn escape routes are blocked and full of fumes. Japan is no more passable. If in need of a geographic cure, please turn to your own basement and duck.

That’s where I found purposes I knew for this new, frightening guilt – of not being there to help by catching some rays – and this new, guilty fear – that the ones I love over there are going to suffer.

How I made this guilt and fear useful, are you going to ask? By using them on me, on what I’ve always felt guilty/afraid of: Eating. Japan is uncontrollable? I’ll manage myself, then. And shiver and shake like a quake myself.

Am I going to shed pieces too? No. I want to be as strong as a wave. And I don’t want to play self care when my whole body is in fact self hate in disguise.

My words and meanings are shaky. Maybe because I feel responsible for Japan. Could my waves of hate towards it have created such a monster?

First, it would be really egoistical of myself to believe that I, by myself, could have had such an impact on a country in another hemisphere. Second, I don’t hate Japan: I hated myself when I was in Japan. And that I couldn’t bear anymore, so my body sent me out of it.

I guess that want it or not, there’s a whole force inside me thriving for self love. And I can’t help but thank it for having brought me back in time close to the place where I – first – belong.

Now all I’ve got to do is keep sending waves of different loves in all directions.

(This post has also been inspired by the #StopSelfHate movement VoiceinRecovery has just started.)

Ouin.

Ça me brasse, tout ça. Le Japon est malmené de côte en côte, et je me sens loin. Moi qui écrivais hier sur mes pauses de Japon tout en y pensant… je ne l’avais pas vu venir. Ni le tremblement de terre, ni la forte vague, ni l’inquiétude.

Si, j’avais senti une inquiétude. Ou plutôt, la quiétude d’être ici et pas là-bas. Ce n’était peut-être pas prémonitoire, mais ce pouvait l’être aussi. Peu importe : je ne suis pas assez forte pour bloquer une vague. Elle passerait à travers moi comme une vulgaire émotion. (N’allez pas croire que j’ai quelque chose contre le vulgaire. Plus maintenant.)

Je n’ai jamais vécu de tremblement de terre pendant mes séjours au Japon. Tout était interne. Comme maintenant.

Et je me sens enveloppée dans ma bulle de thé, au 9e étage, seule avec tous les mondes au bout des fils. J’imagine que l’éclaircie sous les nuages est une vague qui va venir m’envelopper davantage. Je vois le béton et la brique de Montréal s’effondrer sous mes pieds. Seule demeure la Biosphère de métal, tel un dôme mémorial.

J’imagine mes amis hiroshimiens en pèlerinage à Tôkyô, savourant toutes sortes de poissons, de foules et de mangas vivants, et j’espère qu’ils s’en sont sortis, avec plein de poissons dans le ventre et de mangas secs dans les poches. J’espère que cela demeurera de l’ordre des souvenirs de voyage dont on parle avec fierté. J’espère mais je ne sais pas.

Et dans de pareils moments de confusion, j’ai envie de citer – tout croche – du Nelligan : "Qu’est-ce que le séisme de vivre?"

Je ne sais pas non plus. Mais quand je m’arrête à penser après ces chocs et séismes, petits et grands, j’ai chaque fois l’impression de mieux comprendre la vie. De comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, mais tout à accepter… et, parfois, à remercier.

Surtout quand les seules vagues qui nous poursuivent sont des vagues à l’âme.

Je me sens un peu déconnectée du Japon depuis que je n’y suis plus. À moins que je ne l’aie jamais été. À moins que je n’y aie jamais été.

Mais le Japon m’habite, je n’y peux rien. Surtout quand je l’infuse en moi, l’ingurgite chaque jour. Et je le bois fort, mon Japon; "viril", comme diront certains. Mais je mélange tout : le thé qui colore mes veines n’est pas toujours vert. Et même lorsqu’il l’est, il n’est pas toujours japonais.

Parce qu’avec le Japon, la modération a souvent meilleur gout.

Je lisais ce matin – tout en engouffrant une base de thé vert non identifiée – un article sensé sur les femmes japonaises qui apprivoisent peu à peu la solitude – et sur le Japon qui apprivoise peu à peu la solitude des autres.

Au Japon, on n’est pas le seul à s’ostraciser lorsqu’on le fait : les autres en ajoutent une couche et peuvent nous garder la tête dans cette solitude dans laquelle on s’était – volontairement – plongé. Du moins, c’est ce que je sentais, mais je croyais que la cause de cette ouate de solitude était mon étrangeté.

Pas seulement ça. Mais mon individualisme me vient peut-être de ma culture d’étrang(èr)e, d’alién(ée).

Je devais prendre des pauses de Japon de temps en temps pour cuver. Mon thé à la bouche, j’observais, je m’oubliais tout en sachant que je prenais ainsi soin de moi. Que je prenais assez de recul pour être capable de boire seulement. Et de penser, parfois, dans les trous.

Je prends des pauses de Montréal, aussi, à tous les jours. Des pauses de vie, des poses de vide. Des pleins de thé et d’énergie. Des pleins d’inspiration et d’expiration. Je me suspens un peu.

Je surprends peut-être un peu, ce faisant. Tant pis : la surprise me rendra plus attachante, dans tous les sens.

Et si j’ai pu avoir une influence dans ce mouvement d’acceptation de la femme seule en public – et si heureuse de l’être! – au Japon, tant mieux. Quoique… on a le poids qu’on a.

Bons thés. Bons solos.

I got tired of being negative about Japan. After my boyfriend told me I was the best hater of Japan ("la meilleure détesteuse de Japon") he knew, and after a recovery advocate I feel so much admiration for, Voice in Recovery, declared March the Embrace Joy Month, I felt compelled – propelled by my helixes inside – to be part of it too.

After all, have I not always been the girl you hated because she was so optimistic? "Oh, it’s fine; I missed my plane because of this strike, but that will just give me more time to read these crappy magazines I usually don’t have time for." Have I not always been hated because everything seemed to work so well for me? Lucky, or talented, or blessed, or good at controlling things; whatever you may call it, you’re right. It’s hard to find something to complain about when things flow so smoothly…

…Would you say. But I won’t.

‘Cause whatever the circumstances, it might be easy to give in to criticism… Much more easy than to feel gratitude for the positive aspects – even though we’re almost drown in the positive, like I feel I’ve always been.

Got it? The slightest problem feels overwhelming… when compared to the usual situation, i.e. no problem whatsoever.

And follow me in this roller coaster ride of mine! Euphoria! Down. Euphoria! Down. In the air! On the ground. Spread on the ground, should I say. Stomped on. Not "grounded"; this I can’t fully feel yet, ’cause that’s too "middle", "balanced" an emotion.

And Japan… I hate it AND I love it. Lately, I have been hating it for having put me down. (But is it really Japan’s fault? Or mine, for not listening to my aspirations? Or is there a fault in the first place? After all I did end up listening to my heart, so where’s the problem?)

The problem is that EVERYTHING did not go well. It was not an escalation of pure moments of glory, always more and more glorious. So I felt it as a failure.

Did I say "glory" instead of "joy"? I’m sorry, it’s a typo.

When I don’t get my daily intake of glory, euphoria and the all-transcending happiness, I feel like something’s missing… so I feel down. After all, "febrility is a state of art" (quoting myself here, upcoming book of poetry), and if we’re not doing art, then we’re doing nothing worth…

Hum. Could I just be content? Satisfied? Grateful? And… joyful? Yes. Sometimes I get tired of playing extremes in my internal drama, and I find the balance (really? yes.) to look at the now. Then I can’t really feel dissatisfied. Not bad, my life, hey?

It’s just that drama is a state of art, too. Too bad inspiration comes best when I am in a melancholic mood. Sweet, blue melancholy… Sweet, creative hate… Sweet, cold irony…

I commit to writing about positive things as well. To share positivity in order to have more of it. More of these blessed moments of free dancing. Of this unending learning. Of this air biting my lungs. Of these Aimee-times steeped in inspiring words and tea.

Why would I still be such a hater of Japan? Am I not in Japan anymore?

Ô Joy! Ô sweet, sweet Irony…

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