Archives mensuelles de janvier, 2011

J’ai envie de vous partager un texte que j’ai écrit alors que j’étais encore au Japon. Question de mélanger les inattentifs. Question de croire que j’y suis encore. Question de remplir du blanc de blogue avec du recyclage de textes. Question d’avoir l’air prolifique.

Ce texte étant plus long que d’ordinaire, je vais le publier en plusieurs coups pour ne pas vous écoeurer. Voici.

« Ah, le Japon. L’exotisme, l’incompréhension, le hors-de-soi. La fonte.

Le japonais a beaucoup de mots : mots sucrés criés de tous les comptoirs des cafés, mots englués dans les pages du Japanese Language Proficiency Test, mots qui collent tous invariablement à la même traduction anglaise ou française. J’avais envie de posséder tous ces mots, comme si le seul fait de les prononcer me ferait apparaître des réalités toutes neuves. Bien sûr, ils l’ont fait, parfois. Mais trop souvent, ils n’ont réussi qu’à me toquer et à me donner envie de vomir. Des mots, évidemment. Je ne peux vomir rien d’autre.

Parce que mon histoire d’amour-haine avec le Japon court main dans la main avec celle qui sévit entre la bouffe et moi. Une longue course à obstacles où excès succèdent forcément à effacements. Le Japon sera toujours là, la bouffe aussi. Que cela me plaise ou non.

Je voudrais être capable de commencer par le début, par mes yeux de jeune fille émerveillée, par le retour au point zéro qui devrait suivre tout bon foreshadowing, par les débuts et non les fins de parenthèses, mais je n’y arrive pas. Veuillez donc pardonner, je vous en conjure, chers lecteurs, le fil inconducteur de mes propos. Il finira bien par nous mener quelque part, j’ai confiance, si vous ne l’avez pas. »

Suite la semaine prochaine, où lorsque ça me chantera.

Ce blogue doit retrouver une raison d’être.

Le Japon m’aime-t-il toujours même si je l’ai lâchement abandonné ? L’aimé-je encore autant ?

Loin des yeux, loin du coeur, clameront certains d’un air de défi. Loin des yeux, près du coeur, répliqueront d’autres, plus larmoyants.

Je n’ose pas user d’un proverbe d’une façon aussi tranchante. Bien sûr, la neige et le froid de Montréal occupent ma vue et mes muscles depuis mon retour, mais le Japon revient souvent, tel un frisson parfois doux, parfois désagréable. En fait, un frisson qui réchauffe parce qu’il est ce qu’il est, soit une contraction quelque peu déplaisante.

Le Japon est partout, que je le veuille ou non : dans ma bouche qui le raconte sans cesse, dans ma théière qui en infuse les feuilles, dans mon Internet qui me rappelle les amis là-bas, et même dans ma recherche d’un emploi qui y fasse honneur.

Le Japon est dans mon coeur, quoi. Même si la dure vie japonaise n’est pas ce que je cherche, et que j’y préfère le croustillant et la mollesse de la vie montréalaise, le Japon que j’aime peut rester en moi. Je n’ai pas besoin de le nier; de toute façon, ce serait comme renier une part de moi.

Mes mille projets parleront d’eux-mêmes.

 

Distance Makes the Heart Grow Fonder

This blog needs a new raison d’être.

Does Japan still love me even if I’ve left it so cowardly? Do I still love it even so?

Some will dare defy me and proclaim, “Out of sight, out of mind”. Others will let go between their tears, “Absence makes the heart grow fonder”.

I can’t use such sharp sayings. Of course, since I came back to Montreal, my sight and muscles have been busy dealing with snow and frost, but Japan has kept showing up a lot, making me shiver in a sometimes sweet, sometimes unpleasant way. In fact, this shivering, just because it is a shivering – not so pleasant a contraction – has actually warmed me up.

Japan is everywhere, whether I like it or not: in my mouth when speaking endlessly about it, in my teapot while steeping its leaves, in my Internet when remembering friends are alive and well there, even in my search for a job that would honour this country.

Right, Japan is in my heart. Even though I’m not looking for the harsh Japanese life, and I prefer the crispier but mellower Montreal life, Japan as I love it can still stay in my heart. I don’t have to deny it; anyway, denying it would be like denying a part of myself. From now on this blog’s tone may be different, but the main thema will stay unchanged in essence: how a foreigner’s sensitivity feels Japan. I may feel it from a distance now, but I am confident that this love-hate relationship will endure. I’ll keep you posted on how I get a foothold in this shifting relationship.

A thousand projects will speak for me.

Pas facile, rester. Rester quelque part. Rester soi-même. Rester en vie. Si j’avais pris une résolution pour 2011, ça aurait été ça, me planter quelque part et ne plus partir.

Mais bon, les résolutions, c’est pas ma tasse de thé. Et de toute façon, ça me prend plus que ça, une théière en général.

Mais bon, c’est pas ça que je voulais dire, j’ai encore perdu mon fil. Je voulais dire que cette fois-ci, même sans résolution, je sens que j’arriverai à rester. Je suis bien. Je pigrasse dans la neige puis, le soir, je m’endors avec les pieds au chaud. Et avant de m’endormir, ce soir, je suis la neige des yeux de mon 9e étage, des nuages perdus dans le ciel pourpre jusque sur les lumières calmes ou mouvantes de Montréal.

J’ai fait il y a quelques jours le même itinéraire qu’elle.

Seulement, je ne fondrai pas au printemps. Mon coeur fond déjà. Et je me fonds dans le paysage.

Même mon livre est à Montréal pour y rester : http://bit.ly/fcqkf8

Les livres ont toujours raison. Toujours raison de rester.

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